France

comment accélérer la deuxième campagne de rappel ?

« Il faut vacciner quand on est fragile, et il faut le faire maintenant. » Le nouveau ministre de la Santé François Brown connaît bien les urgences. Dès son entrée au gouvernement, le médecin urgentiste a dû faire face à une situation brûlante : la nouvelle vague d’infections au Covid-19. Elle menace de faire dérailler les vacances d’été, mais surtout de resaturer les hôpitaux, qui souffrent déjà de pénuries de personnel sans précédent. Présenté devant les députés de la commission des affaires juridiques mardi 5 juillet, François Browne n’a pas annoncé de nouvelles mesures mais a encouragé les Français à remettre leur masque et à se faire vacciner à nouveau contre le Covid-19.

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Plus de 18 millions de Français ont droit à un deuxième rappel (qui est généralement leur quatrième après deux doses initiales et un premier rappel). Il s’agit de personnes dont l’immunité est affaiblie, âgées de plus de 80 ans en mars et de plus de 60 ans en avril. Or, dimanche 10 juillet, seuls 3,7 millions de secondes rappels avaient été administrés, dont 3,2 millions par des personnes âgées de 60 ans ou plus. Un constat qui commence à inquiéter le gouvernement, au moment où en moyenne près de 129.526 cas positifs sont détectés quotidiennement depuis une semaine. “La dynamique doit encore être renforcée”, a déclaré mardi François Brown devant l’Assemblée.

Le 1er juillet, les directeurs d’Ehpad ont reçu une lettre alarmante de la ministre sortante Brigitte Bourguignon sur les niveaux de vaccination “apparemment insuffisants” de leurs résidents. Selon le ministère, seuls 51% d’entre eux ont alors reçu le deuxième rappel. Pascal Meywart, président du syndicat des médecins coordonnateurs et gériatres, est “extrêmement surpris” par ce chiffre. D’après les avis de ses membres en EHPAD, les refus sont rares. Comme d’autres, il soupçonne le ministère de ne pas compter les résidents récemment testés positifs au Covid-19, qui doivent attendre trois ou six mois (pour les moins de 80 ans) avant de recevoir une autre dose de vaccin. Début juillet, plus de 3 millions de personnes éligibles à un second rappel se trouvaient dans cette situation.

Cependant, la majorité des personnes concernées par cette campagne de vaccination n’ont pas sauté le pas. Les spécialistes interrogés par franceinfo sont cependant unanimes sur l’intérêt d’une nouvelle injection pour renforcer l’immunité, qui décline avec le temps. Un mécanisme expliqué par Sandrine Sarrazin, immunologiste à l’Inserm :

“En invoquant des lymphocytes dits “mémoire” qui ont été activés lors de la première rencontre avec le virus par infection ou vaccination, les vaccins actuels continuent de très bien protéger contre les formes graves de la maladie.”

Sandrine Sarazin, immunologiste à l’Inserm

chez franceinfo

Cependant, la vaccination seule ne suffira pas à endiguer la marée : les vaccins actuels destinés à cibler la souche originelle du Covid-19 sont moins efficaces pour prévenir les infections associées à des variants comme le BA.5, plus infecté et désormais majoritaire en France. France. Mais “le but n’est plus d’empêcher la circulation de ce virus, qui est souvent bénin”, précise l’épidémiologiste Yves Buisson. Il s’agit “de tout mettre en œuvre pour éviter que l’hôpital ne soit resaturé de cas graves difficiles à traiter”, a déclaré le président de la cellule Covid-19 de l’Académie de médecine.

Les Français, qui sont éligibles à ce second rappel et qui ont donc reçu les doses précédentes, connaissent d’avance l’intérêt de la vaccination. Mais sur le terrain, les médecins font face à de nouvelles résistances. « Ce matin, une de mes patientes a refusé le vaccin parce qu’elle avait peur. Cependant, elle n’a pas eu d’effets secondaires après les injections précédentes”, explique Agnès Giannotti, présidente du syndicat des médecins généralistes MG France. Selon les avis de ses confrères, des candidats “cognent à la porte” dans certaines zones rurales. Mais dans son bureau d’un quartier populaire de Paris, elle craint de devoir jeter une partie de la bouteille qu’elle a ouverte faute de bénévoles. “Les gens sont dans le déni”, acquiesce Pascal Meywart.

“Pendant les vacances, ils veulent penser à autre chose. C’est comme, ‘Je le ferai quand il le faudra.’

Pascal Meyvaert, médecin coordinateur en Ehpad

chez franceinfo

Comment les convaincre de ne pas attendre ? “L’information et l’explication restent les principales solutions”, a déclaré Emmanuel Rouch, président de la Société française de santé publique. L’épidémiologiste s’étonne du “flottant” du discours du gouvernement : “On peut parler de fatigue, mais si on ne se mobilise pas, on crée le sentiment qu’on peut tourner la page de l’épidémie.” Un constat partagé par Yves Buisson : “Bien sûr, la guerre en Ukraine et les élections ont mobilisé les médias et l’attention, mais il fallait préserver l’essentiel des messages”, tant en ce qui concerne les mesures barrières que la vaccination.

L’idée de proposer cette dose de rappel à tous les âges pour maximiser la couverture vaccinale est plus débattue. “Maintenant qu’on a des doses pour tout le monde, je me demande pourquoi on suit le même ordre qu’au début de la vaccination, s’interroge Sandrine Sarazin. Il faut pouvoir l’offrir à tout le monde.”

“Je ne vais pas commencer la campagne maintenant”, répond Michael Schwarzinger, médecin au CHU de Bordeaux et auteur de plusieurs études sur les comportements vaccinaux. Il craint qu’au milieu des vacances les appels ne soient ignorés par les plus petits. “Ce n’est pas une urgence pour eux”, acquiesce Yves Buisson, qui trouve plus avantageux pour les jeunes en bonne santé d’attendre l’automne et les vaccins de “deuxième génération” destinés à lutter contre les nouvelles variantes du virus.

“En cas de retrait, avec les nouveaux vaccins adaptés au variant BA.1, les résultats montrent deux à trois fois plus d’anticorps pour Pfizer et cinq fois plus pour Moderna”, note Olivier Schwartz, directeur du département Virologie et Immunité. à l’Institut Pasteur. Mais ces résultats n’ont pas encore été confirmés par des analyses indépendantes. Et maintenant tu dois “les mettre en perspective”prévient le chercheur : depuis leur conception, le variant BA.1 a été remplacé par BA.5, encore plus résistant aux anticorps.

L’urgence est en revanche plus importante chez les personnes de moins de 60 ans présentant des comorbidités. Lors des précédentes campagnes de vaccination, les porteurs de pathologies pulmonaires ou cardiaques ou ceux souffrant de diabète étaient prioritaires. Aujourd’hui, à moins qu’ils ne soient immunodéprimés, ils n’ont pas droit à un deuxième rappel, contrairement à ce que la Haute Autorité de santé recommandait en mai. Une grave erreur aux yeux d’Yves Buisson.

« Les personnes qui ont des comorbidités devraient être éligibles ! On n’en parle pas et je ne peux pas l’expliquer. Pour moi, c’est une erreur injustifiée.”

Yves Buisson, épidémiologiste

chez franceinfo

De plus, le discours du pouvoir est ambigu. Mardi, le ministre de la Santé a également nommé des “personnes atteintes de pathologies chroniques” parmi les personnes ouvertes à la vaccination, contredisant les informations disponibles sur le site de son ministère (interrogé, son cabinet n’a pas répondu). Alain Fischer, président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, a même confirmé le 30 juin sur France Inter que “si quelqu’un veut obtenir sa quatrième dose et qu’il n’a pas 60 ans, il peut le faire”, sans jamais avoir rempli les conditions annoncées. . En pratique, certains médecins ont expliqué à franceinfo qu’ils allaient faire l’injection à un jeune patient qui en avait besoin, mais d’autres ont rappelé le risque juridique pris en cas de problème.

Une autre catégorie stratégique reste également hors de la campagne de vaccination pour le moment. “A mon avis, les volontaires qui les prennent en charge devraient être vaccinés avec le deuxième rappel, surtout en cas d’urgence”, demande Mathieu Mollard, chef du service de pharmacologie du CHU de Bordeaux. Pas tant pour éviter les spectacles que pour économiser les congés maladie dans des établissements qui, comme le sien, manquent déjà cruellement de personnel. “Ça tombe comme des mouches en ce moment”, dit-il.

Paradoxalement, une épidémie peut être le meilleur allié des vaccinateurs au début de l’été. “Quand les médias ont expliqué pendant un mois que les unités de soins intensifs étaient pleines de personnes âgées, les patients allaient chercher leur quatrième dose”, explique Michael Schwarzinger. “Ces deux dernières semaines, c’est vrai que j’ai eu plusieurs patients qui, lors des consultations, m’ont demandé une dose de rappel”, se réjouit Pascal Maivert. Fluttering qui commence à être remarqué sur les courbes du nombre d’injections. Mais qui est encore loin d’être ondulatoire.