France

Comment les inédits de Céline ont été sauvés par un grand résistant

Le feuilleton Louis-Ferdinand Céline semble ne jamais se terminer. À l’été 2021, Le Monde révélait que près de 6 000 papiers inédits de l’écrivain, disparus depuis la Libération, avaient réapparu dans des conditions incroyables. Ils étaient entre les mains d’un ancien journaliste de Libération, Jean-Pierre Thibodat, qui, après une âpre bataille judiciaire, fut finalement contraint de les remettre aux deux héritiers de l’auteur du Voyage dans la nuit (1932). .

Depuis, le premier roman extrait de ce trésor et publié chez Gallimard en mai, Guerre (192 pages, 19 €), est devenu un best-seller (154 000 exemplaires à ce jour). Cependant, un mystère demeure : comment ce coffre de manuscrits est-il parvenu à M. Thibodat ? Et surtout, qui le lui avait donné ?

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L’ancien journaliste a refusé de le dire, y compris aux enquêteurs de la police scientifique chargés de l’interroger sur le sujet. Mais, coup de théâtre, le 10 août, en plein été, il révèle sur son blog (hébergé par Mediapart) l’identité des donateurs : la famille d’Yvonne Morandat, célèbre résistante et ancienne secrétaire d’État. de Georges Pompidou. Une hypothèse évoquée, entre autres, par Le Monde en août 2021, mais qui permet aujourd’hui de retracer le parcours du fameux “coffre à manuscrits” et au passage de nuancer quelque peu la “légende noire” propagée dans cette déclaration de Céline lui-même vous êtes Car, ironie du sort, un très grand résistant a sauvé toute une partie de l’œuvre de l’écrivain, auteur de violents pamphlets antisémites et ami des Allemands.

La résistante et gardienne de but Yvonne Moranda, chez elle, le 7 juin 1968.

L’affaire débute au printemps 1944. A l’approche du jour J et de la libération de Paris, Louis-Ferdinand Céline sait que ses jours sont comptés à la butte Montmartre, où il vit avec sa femme Lucette. Le 17 juin, après avoir cousu des pièces d’or dans la doublure de la veste, le couple, accompagné de leur chat Bebert, partit pour l’Allemagne avant de s’exiler au Danemark.

Dans sa hâte, le romancier ne peut récupérer ses manuscrits. Le cœur brisé, il les a laissés sur un placard de son appartement de la rue Girardon. C’est le début d’un feuilleton, alimenté obsessionnellement par l’écrivain jusqu’à sa mort en 1961 : dès son départ de Montmartre, les « purificateurs », comme il dit, lui en volent les pages. « Ils ne m’ont rien laissé… pas un mouchoir, pas une chaise, pas un manuscrit… », se lamente-t-il dans D’un château l’autre (1957). Il impute même ce pillage nommément à un « Juif corse », Oscar Rosembly, qui apparaîtrait comme le parfait coupable dans soixante-quinze ans.

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