France

Comment lutter contre les attaques contre les pompiers ?

L’image, prise en marge de la traditionnelle marche du 1er mai dans la capitale, a été partagée plusieurs milliers de fois. Diffusé sur le compte Twitter du compte officiel des sapeurs-pompiers de Paris, on y voit un pompier une lance à incendie à la main, agressé à deux reprises par un manifestant alors qu’il travaillait sur un feu de palette. Rapidement interpellée, la jeune femme a été placée en garde à vue.

La scène, qui a immédiatement provoqué une vague d’indignation au sein de la classe politique, est loin d’être anecdotique. Cette vidéo fait partie d’un phénomène qui touche de plus en plus de pompiers. Depuis la dernière grande mobilisation de la profession en 2019, les pouvoirs publics et les représentants des sapeurs-pompiers professionnels et volontaires tentent de renforcer les outils de lutte contre ces agressions verbales et physiques.

Réduire la violence en un an

A la rentrée 2020, il a fallu une autorité nationale pour centraliser les statistiques sur ce sujet. Promis par l’ancien ministre de l’Intérieur Christoph Castaner, cet observatoire national des violences faites aux pompiers a été mis en place par son successeur, Gérald Darmanin, il y a deux ans. Présidée par le préfet Alain Tyrion, cette instance a pour objectif de recenser les faits d’agressions – verbales ou physiques – et les blessés au sein des différents SDIS (services départementaux d’incendie et de secours) sur l’ensemble du territoire.

Le porte-parole de la sécurité civile, Alexander Juasar, a déclaré que “2018 actes de violence ont été enregistrés en 2021 en 2021 contre 1764 en 2020”. “S’il y a une baisse générale, le nombre de pompiers blessés liés à ces actes de violence a augmenté l’an dernier. “572 blessés ont été recensés, contre 468 en 2020. Globalement, le phénomène a été maîtrisé, mais ce dernier chiffre montre qu’il s’agit d’un sujet important”, a-t-il poursuivi. Pourtant, parmi les membres de l’observatoire, certains syndicats, comme l’Unsa-Sdis, réclament que ces chiffres soient « nuancés ». Si davantage de SDIS signalent désormais ces faits au ministère de l’Intérieur, 30% ne le feront pas, a indiqué l’organisation professionnelle à l’issue du comité exécutif, qui s’est tenu en février dernier.

Formation et réponse pénale

Outre cet outil statistique, l’Observatoire tente également de centraliser les “bonnes pratiques” recensées dans les différents services en matière de prévention des “comportements agressifs”. Préparés à intervenir dans un contexte particulièrement à risque ou en situation de crise, les sapeurs-pompiers professionnels ou volontaires n’ont pas toujours été formés pour faire face à de telles violences. “Pourtant, nos agresseurs sont nos victimes dans 90% des cas”, a déclaré Yannick Tenesi, secrétaire général du SNSPP-PATS. “Lors de la formation initiale, les sapeurs-pompiers sont déjà formés à la posture spécifique et à l’évaluation des risques avant d’intervenir. On sait que lorsqu’on intervient auprès d’une victime qui a certains troubles mentaux ou dans le cadre de violences conjugales, il y a un risque d’agression », explique Alexandre Juasard.

Le “Plan de Prévention et de Lutte contre les Incendies”, signé à l’été 2020 par le ministre de l’Intérieur, prévoit également de renforcer l’accompagnement des professionnels dans le dépôt de plainte. A Evelyn, le département où travaille Yannick Tenesi, “un agent nous accompagne au commissariat si nous le souhaitons”, a précisé le responsable syndical. “Nous aimerions aussi que nos employeurs puissent porter plainte lorsque l’un d’entre nous est agressé, mais ces plaintes sont déposées presque systématiquement par des magistrats qui pensent qu’elles ne sont pas fondées”, a-t-il déclaré. Malgré ce soutien et des consignes fermes du ministère, certains sapeurs-pompiers hésitent encore à pousser la porte d’un commissariat ou d’une gendarmerie. “Ils minimisent, surtout quand ils sont insultés pendant l’intervention. Et pourtant cela reste une attaque. Cela dénote aussi une forme de banalisation du phénomène », a déclaré le secrétaire général du SNSPP-PATS.

Dès 2019, les sapeurs-pompiers pourront expérimenter un dispositif de caméra piéton à l’initiative de leur encadrement. Si cet outil peut avoir un effet dissuasif contre un individu isolé et violent, son utilité dans un contexte où plusieurs individus agissent de concert doit être sous-estimée. Pour Yannick Tennessee, ces situations “d’embuscade” appellent une nouvelle réponse pénale. Appelée à plusieurs reprises par certains syndicats de police, l’instauration d’une peine minimale obligatoire ou “peine minimale” semble “nécessaire” selon le syndicat. Une mesure difficilement prévisible, tant le Conseil constitutionnel l’a jugée inconstitutionnelle à plusieurs reprises.

Sensibiliser les plus jeunes

Pour les professionnels, cependant, ces actes de violence ne sont pas nouveaux. “On pense que ce problème remonte à une décennie”, a déclaré le commandant Jeffrey Cassu, conseiller technique de la brigade nationale des pompiers. Selon lui, cela s’inscrit dans une évolution sociale plus large : « Ces attentats traduisent la remise en cause du pouvoir et des institutions en général. Les cibles de ces attaques sont la police et la gendarmerie, mais aussi les élus. Les pompiers ne dérogent pas à la règle, hélas, l’uniforme ne suffit plus.

Cependant, les enjeux sont élevés. Selon le commandant Kasu, ces violences ne doivent pas remettre en cause l’engagement volontaire des milliers d’hommes et de femmes qui rejoignent les pompiers. “Le but n’est pas de transformer ce phénomène en un obstacle à ce volontariat”, a-t-il déclaré. C’est pourquoi “le sujet n’est pas réservé qu’aux pompiers”, insiste Yannick Tenesi. Parmi les axes proposés par le plan du ministère de l’Intérieur, un volet « information » a été développé. “Nous essayons de développer la prévention et l’éducation dans les lycées et collèges pour expliquer aux jeunes quelle est la vocation du sapeur-pompier. Ce sont nos meilleurs relais”, conclut Alexander Juisar.