Le symbole est saisissant : à trois semaines du premier tour des élections législatives, le chef de file des députés LR Damien Abad a claqué jeudi la porte du parti, spéculant sur un rapprochement avec la majorité.
“Je décide aujourd’hui de quitter la présidence du groupe LR à l’Assemblée”, a déclaré au Figaro Damien Abad, également en congé de son parti Les Républicains.
Est-il possible d’entrer au gouvernement ?
Ce départ n’est pas une surprise, tant les appels à sortir de l’ambiguïté se sont multipliés dans les rangs de LR depuis la présidentielle. Jeudi matin, le patron de LR Christian Jacob lui-même l’a sommé de quitter le chef du groupe, furieux de le voir reporter les éclaircissements à nouveau demandés par ses collègues députés.
Pour justifier sa décision, Damien Abad invoque des soucis de “cohérence et de responsabilité”, mais aussi une volonté de clarté dans [ses] futures élections. Qu’est-ce qui alimente les spéculations sur une éventuelle entrée au gouvernement ? Abad, qui “ne se prononce pas” sur la question, rejette également l’argument selon lequel l’absence de tout opposant à LREM dans sa circonscription (5e Ain) le serait.
“Il n’y a pas d’analogue” et “je ne suis pas dans la logique du marchandage”, insiste-t-il. Mais, explique-t-il, “les divergences” avec son parti “se sont accélérées ces dernières semaines”. Il a notamment trouvé “malheureux” qu’une partie de sa famille “ait fait d’Emmanuel Macron son adversaire numéro un” et l’a assuré : “Je ne me reconnais plus dans la démarche de LR”.
Peu de dissidents jusqu’à présent
Bien qu’attendu, le coup n’en est pas moins sévère pour Les Républicains, jusqu’ici fiers de la bonne résistance aux tentatives de braconnage de la majorité. “Nous avons été informés par une soixantaine de députés qui rejoindront la majorité présidentielle. On est passé à 40, 30, 10”, a déclaré Christian Jacob sur franceinfo jeudi matin, estimant que “ça pourrait finir dans 4 ou 5”.
Parmi les rares dissidents figuraient la députée sarkozyste Constance Le Grip et le député perekiste Robin Reda. Avec Damien Abad, c’est la tête des députés LR qui franchit le Rubicon. D’autres suivront-ils ? “Ma ligne politique (…) n’est pas que minoritaire dans ma famille politique”, a-t-il succinctement répondu au Figaro.
“indigne”
Damien Abad, qui s’enorgueillit des “nombreux messages de soutien des députés LR” à sa démarche, prévient : “D’autres personnes pensent comme moi, comme Nicolas Sarkozy, Jean-François Copé ou Philippe Jouvin.”
Ces trois figures de droite ont plaidé sous diverses formes pour un pacte de gouvernement avec la majorité. En particulier, l’ancien président Nicolas Sarkozy, qui n’a jamais soutenu Valérie Pecres durant sa campagne, a appelé à voter Emmanuel Macron deux jours après le premier tour, non seulement pour bloquer l’extrême droite mais aussi sur des arguments de fond. Damien Abad, qui affirme qu’il “reste un homme de loi”, prône également une “ligne de clarté et de responsabilité à la mesure de la force du gouvernement”.
Première personne élue en situation de handicap à siéger à l’assemblée
Son parti n’a pas attendu pour réagir. Condamnant “l’attitude indécente et méprisée”, Eric Chotti, qui tient la droite ligne, a assuré sur Twitter que “nous soutiendrons Julien Martinez contre lui”, qui était membre de l’équipe de Xavier Bertrand lors des primaires pour LR à l’automne dernier. A la tête du groupe LR, l’intérim sera assuré par l’actuelle vice-présidente, Virginie Duby-Mueller, députée de Haute-Savoie.
Damien Abad, 42 ans, a pris en novembre 2019 la tête du groupe LR au Palais Bourbon, avec une centaine d’élus, succédant à Christian Jacob, devenu président du parti. Amical et cordial, il a été en 2012 la première personne handicapée à être élue à l’Assemblée.
Petit-fils de mineur né à Nîmes (Garde), diplômé de Sciences-Po Paris, il rejoint l’UDF, puis le Nouveau Centre, avant de rejoindre l’UMP (devenu LR) en 2012, au grand dam du président du NC Hervé Maureen . Soutien à Bruno Le Mer lors de la primaire de 2016 avant l’élection présidentielle, après quoi il a fait campagne pour François Fillon. Damien Abad a également été vice-président de LR sous Laurent Walkiez.
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