Publié le : 23/09/2022 – 19h10
Les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont imposé jeudi des “sanctions progressives” contre les autorités militaires guinéennes. Une annonce qui intervient dans un contexte de tensions croissantes entre les putschistes au pouvoir et l’organisation sous-régionale.
Réunis à New York, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, les dirigeants de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ont annoncé jeudi 23 septembre un régime de “sanctions progressives” contre la junte guinéenne et ses partisans.
Ces mesures comprennent « le gel des avoirs financiers » des dirigeants, assorti d’une « interdiction de voyager », ainsi que la suspension de « toutes les aides et transactions financières en faveur de la Guinée de la part des institutions financières de la CEDEAO », selon un communiqué publié le lendemain de la rencontre.
Arrivé au pouvoir il y a un an lors d’un coup d’État qui a mis fin au régime autoritaire du président Alpha Condé, le nouvel homme fort de Conakry, Mamadi Doumbuya, s’est engagé à mener un processus de transition inclusif “en étroite coopération avec la CEDEAO”. Depuis lors, les tensions se sont accumulées et la relation s’est transformée en conflit ouvert. France 24 revient sur les raisons de l’aliénation.
C’est sans doute le principal point de discorde entre les autorités de transition guinéennes et l’organisation sous-régionale. Après la prise de pouvoir des militaires le 5 septembre 2021, la CEDEAO, dont le rôle est de promouvoir la coopération économique mais aussi d’assurer la stabilité régionale, a insisté sur la nécessité d’une transition rapide vers des élections permettant à un gouvernement civil de revenir au pouvoir. L’organisation a d’abord donné six mois à la Guinée pour dévoiler “un calendrier acceptable de retour à l’ordre constitutionnel”.
Début mai, le colonel Mamadi Dumbuya lève enfin le rideau : la transition durera 39 mois, soit 3 ans et 3 mois. Alors que les critiques tourbillonnaient dans l’opposition, le Conseil national de transition (CNT), qui fait office de parlement, a finalement ratifié un délai de 36 mois. Une durée encore jugée trop longue par la CEDEAO.
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La souveraineté avant tout
Cette bataille de la période de transition illustre comment le nouvel homme fort de Conakry entend diriger les affaires du pays. Car s’il affirme vouloir maintenir le dialogue avec la CEDEAO, Mamadi Dumbuya pense que la transition est avant tout une affaire interne.
« Nous sommes très attachés à la CEDEAO, dont nous sommes membre fondateur. (…) Nous comprenons que cela montre de la fermeté face à la prise du pouvoir par l’armée, mais nous ne sommes pas des politiciens, nous venons simplement rendre le pouvoir au peuple de Guinée », avait-il déclaré en avril 2021.
Quelques mois plus tôt, le colonel avait rejeté la tentative de médiation entreprise par la CEDEAO dans le pays par l’intermédiaire du diplomate guinéen Mohamed Ibn Chambas. “La nomination d’un envoyé spécial ne nous paraît ni opportune ni urgente tant qu’il n’y aura pas de crise interne qui compromettrait le cours normal de la transition”, avait-il alors déclaré dans une lettre adressée au chef de l’organisation, le président ghanéen. Nana Akufo-Addo.
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Un soutien indéfectible à Bamako
Autre point de friction, le ferme soutien du dirigeant guinéen au colonel Assimi Goita au Mali. Alors que la CEDEAO a imposé un embargo économique contre le pays en janvier 2022, la Guinée est le seul pays membre à lui garder ses frontières ouvertes. Exclue comme son voisin des autorités de la CEDEAO après le coup d’État militaire, la Guinée a alors expliqué qu’elle refusait d’appliquer les sanctions au motif qu’elle n’avait pas son mot à dire.
Alors que les dirigeants de la CEDEAO se réunissaient mercredi à New York pour évoquer les dossiers malien et guinéen, Mamadi Dumbuya a été accueilli en grande pompe à Bamako par le colonel Assimi Goita à l’occasion du 62e anniversaire de l’indépendance.
“Ce voyage, en pleine dispute entre le Mali et la Côte d’Ivoire sur les 46 militaires toujours détenus par Bamako, tourne forcément mal pour la Cedeao”, analyse Aliun Tine, fondateur du think tank Afrikajom et expert indépendant de l’ONU au Mali. . “C’est vu comme un énième affront dans un contexte déjà très tendu.”
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Pavé dans le lac à New York
La montée des tensions entre les deux pays s’est précisée mercredi après l’interview du président de la CEDEAO Umaro Sissoko Embalo sur France 24 et RFI. Le président bissau-guinéen, qui a défendu le projet de “force contre-révolutionnaire” du continent, a provoqué la colère des autorités guinéennes en confirmant leur volonté de réduire la transition à une durée maximale de deux ans.
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Une sortie qualifiée de “honte” et de “mensonge” par Conakry, qui a critiqué la diplomatie des “Guignolas”.
“Avant même cette remise d’armes, les sanctions étaient de toute façon devenues inévitables”, juge Aliune Tine. « Les militaires guinéens savaient dès le début qu’en prenant une telle trajectoire, ils s’exposaient aux sanctions de la CEDEAO. Mais ils pensent pouvoir résister au choc car, contrairement au Mali, ils ont un accès direct à la mer et ne sont pas membres de l’UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine), qui a imposé l’embargo économique sur Bamako. Côté pays, cette opposition est un jeu risqué car l’intransigeance de Mamadi Dumbuya s’attire de plus en plus les critiques de la population.
Ces derniers mois, plusieurs manifestations ont été organisées dans la capitale Conakry par un mouvement civil réclamant plus de transparence dans la gestion de la transition. En juillet puis en août, ces rassemblements virent à l’émeute, faisant plusieurs morts et des dizaines de blessés.
De leur côté, les dirigeants guinéens continuent de se présenter comme un rempart contre les ingérences. Nous voulons travailler avec la CEDEAO, mais nos relations “ne doivent pas être soumises à un diktat” visant à “brider le peuple guinéen”, a rappelé jeudi Ousmane Gaual Diallo, porte-parole du gouvernement.
Dans son communiqué de presse, la CEDEAO a exhorté la Guinée à accepter une “période de transition raisonnable” dans un délai d’un mois, sous peine de sanctions plus sévères.
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