“Je suis excité et bouleversé, je vous l’avoue”, a déclaré vendredi 17 juin à franceinfo le journaliste et réalisateur Philippe Labro, après le décès de Jean-Louis Trintinian à l’âge de 91 ans. L’acteur a joué dans le deuxième film de Philippe Labro, Sans mobile apparent, en 1971. “J’étais en admiration et en respect constants pour son talent et son intelligence”, se souvient le réalisateur. Si « les dialogues sont là », Jean-Louis Trintinian, lui, « les prend et les sublime ». “Sa filmographie est l’une des plus complètes de sa génération”, a déclaré Philippe Labro.
franceinfo : Quels souvenirs gardez-vous de votre collaboration avec Jean-Louis Trintinian dans “No Mobile Ghost” ?
Philippe Labro : Un souvenir inoubliable. Grâce à lui, ce film policier tout à fait classique, écrit par Jacques Lanzman et moi, a pris une autre dimension. Son interprétation est étonnante. D’ailleurs, il faut dire que sa filmographie est étonnante. Il a tourné tous les rôles ou presque tous les réalisateurs. Il a tout fait. Il a réussi à s’adapter à tous les personnages avec quelques éléments très forts. Evidemment il y a cette voix extraordinaire, ce charme un peu subtil, un peu mystérieux, parfois un peu ironique, en même temps capable de tendresse. Et son mouvement à l’écran, sa capacité à nous faire croire au héros. Je suis ému et émerveillé, je l’avoue. Il a été ma grande chance en tant que réalisateur. C’était mon deuxième long métrage. Il est sorti de The Conformist, ce chef-d’œuvre de Bertolucci. Et grâce au talentueux producteur Jacques-Eric Strauss, il a accepté de jouer dans ce thriller, mon deuxième long métrage. J’étais en constante admiration et respect pour son talent et son intelligence.
Traverser la route avec Jean-Louis Trintinian vous a-t-il changé et changé votre vie ?
En tout cas, ça a changé ma voie de réalisateur, car avec ce succès j’ai réussi à faire L’Héritier avec Jean-Paul Belmondo. Avoir Trintinian et le voir interprété par l’inspecteur Karella dans ce thriller se déroulant sur la Côte d’Azur m’a sans doute fait gagner un peu plus de confiance auprès d’autres acteurs ou d’autres producteurs. . Mais ce n’est pas la question. L’important, c’est que j’ai eu la chance d’avoir quelqu’un en face de moi qui comprend si bien le personnage qu’il l’interprète si bien. Quand on dit “diriger un acteur”, on ne dirige pas des gens comme Trintinian. On leur donne trois ou quatre indications et ils savent très bien et très intelligemment interpréter le rôle écrit. Et Jean-Louis, la seule vraie consigne que je lui ai donnée c’est “pensez à Humphrey Bogart !”
Il y a une expression qui dit : transformer, changer les choses en or. C’est ce que Trintinian a fait avec le rôle ? D’un rôle qui aurait pu être médiocre, avez-vous réussi à lui donner une profondeur et une chair que d’autres n’auraient peut-être pas ressenties ?
C’est vrai, le texte est là. Les dialogues sont là, très brillants, très forts. Mais il les prend et les sublime. Notamment, il y a de la cohérence lorsqu’il interroge Stefan Odran dans une voiture. Ce n’est pas seulement sa voix, c’est son visage, ses yeux, ses expressions. Il est l’acteur suprême. Il sait parfaitement transmettre ce que nous essayons de transmettre en écrivant ce texte. Je suis très heureux de vous en parler. Je m’en suis rendu compte surtout au montage.
Quand je me suis retrouvé devant ma table de montage pour voir le trésor qu’il nous offrait, j’ai été émerveillé toute ma vie. Je lui ai redemandé un rôle, qu’il a aussi joué avec beaucoup de talent, dans “Crime” avec Claude Brasseur, où il incarne un ministre qui se rend compte que sa vie est gâchée et qui se suicide subitement au couteau après avoir épluché une orange. C’était du jamais vu. Il y avait quelque chose d’unique, d’inhabituel. Voir sa filmographie. On parle de Piccoli, Bouquet. Mais si on regarde bien, il me semble que sa filmographie est l’une des plus complètes de sa génération.
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