France

Deux médecins quittent le Collège français de gynécologie pour condamner l’affaire Emile Daraï

C’est un contentieux que le Collège national des gynécologues et obstétriciens de France (CNGOF) ferait bien. Dirigé par un procès violent et accusé d’« échecs » par une enquête interne de l’AP-HP, le professeur Emil Daray, ancien chef de l’hôpital Tenon, était invité par le CNGOF jusqu’au mardi 10 mai, à l’ouverture du Symposium Santé Femmes à Paris, le congrès le plus important de France sur ce sujet.

Symposium de la honte, selon l’équipe Stop violences obstétriques et gynécologiques, qui a appelé à la mobilisation ce mercredi devant le palais des congrès de la porte de Versailles, où se tient le colloque. Dans son premier communiqué lundi, le CNGOF a d’abord justifié l’intervention d’Emile Daraï, spécialiste de l’endométriose, en invoquant la “présomption d’innocence”. Mais ce mardi, le Collège est revenu annoncer l’annulation de son intervention pour “préserver le plus grand congrès français annuel sur la santé des femmes”.

Annulation tardive, alors que la participation d’Emil Daray provoque déjà, selon nos informations, des tensions depuis plusieurs mois au CNGOF. Au point d’obliger deux membres de l’institution à démissionner. Selon nos informations, le vice-président du CNGOF Panel Pierre a annoncé son départ le samedi 7 mai. La présidente de la commission honnêteté et bienveillance, Amina Yamgnaj, avait claqué la porte en février.

Interrogé par franceinfo, le gynécologue a dénoncé la gestion “indigne” de cette affaire au CNGOF dès la publication de l’enquête de franceinfo sur le sujet en septembre dernier. A cette époque, elle est convoquée à une réunion de crise avec plusieurs membres du conseil d’administration. “Il est clair que la ligne qui se dessine en ce moment est de se dépêcher de ne rien faire”, a déclaré Amina Yamgnadzh. Elle, en revanche, a montré sa désapprobation : “Je vois que je suis bouleversée”, a-t-elle déclaré. En effet, depuis cette date je n’ai jamais été invité à aucune réunion sur le sujet. Alors à partir de ce moment-là, les mots sont forts, mais je pense avoir été excommunié de l’église. »

Quelques mois plus tard, Amina Yamgnage apprenait que le professeur Emil Daray était l’un des invités de marque du CNGOF au Symposium pour la santé des femmes à Paris, le plus important congrès professionnel de France sur le sujet, initialement prévu en janvier 2022. Elle déclare entre autres son profond désaccord. Le professeur Emil Darai a alors été déprogrammé. Mais le symposium a été reporté en raison du Covid-19. Elle découvre donc par hasard que le professeur Darai est de retour au colloque en mai. Un choix « indigne », selon elle.

« Quel est l’intérêt du collège à proposer le professeur Darai ? J’ai honte de mon métier et j’ai honte de ceux qui nous représentent.

Dr Amina Yamgnage, gynécologue

à franceinfo

La décision du CNGOF est encore plus problématique, dit-elle, au moment où l’enquête interne de l’AP-HP vient de s’achever sur les « ratés » du professeur Emil Daray. “Quand une telle institution arrive à de telles conclusions, nous devons les regarder sérieusement et ne pas les piétiner tranquillement. Pour moi, cela casse l’affaire, dit le Dr Yamgnane. “L’AP-HP licencie un tel médecin de son poste de chef de service, le Collège des Gynécologues de France doit avoir la retenue pour permettre à cette personne de continuer à transmettre [sa parole]”

Elle a alors décidé de démissionner du CNGOF en février. Comme elle, Pierre Pinel, vice-président du CNGOF, a décidé de démissionner. Il a prévenu le collège le samedi 7 mai, selon nos informations.

Suite à l’annulation de l’intervention d’Emile Daraï, l’équipe de Stop Violences Obstétricales et Gynécologiques a annoncé que le rassemblement prévu ce mercredi aura lieu car nous voulons manifester contre le CNGOF qui l’avait invité […] Le CNGOF a prouvé son mépris de la parole des patientes et son déni des violences obstétricales et gynécologiques. »

Le professeur Emil Darai fait toujours l’objet d’une enquête pour violences par personne chargée d’une mission de service public pour des faits visant au moins 25 patients. Plusieurs plaintes ont été déposées contre lui, notamment pour viol.