France

Deux policiers “intimidés” pour avoir dénoncé des collègues

Deux policiers du service de police de la Villa de Montréal (SPVM) ont été « intimidés » après avoir dénoncé un collègue qui tentait d’atteindre son quota d’avis d’infraction avec de faux documents.

Posté à 5h00

Delphine Belzil Presse

La Commission de déontologie policière a récemment décidé de suspendre l’agent du SPVM Pierre-Olivier Guilbeau pour une période de 15 jours pour avoir rédigé un « rapport [d’infraction] qu’il savait fausses et inexactes”. On apprend cependant que ses collègues qui ont dénoncé la situation ont subi des insultes et même des “violences physiques”, selon la décision de la commission, rendue publique le 16 août.

En 2015, l’agent Guilbault a eu du mal à respecter les quotas de rapports sur les crimes fixés par ses supérieurs. Le jeune policier, qui a moins de deux ans d’expérience, a déclaré qu’il n’était pas à l’aise de délivrer des citations d’infraction à des “citoyens honnêtes”, selon le rapport.

Une collègue, Marie-Ève ​​Lamoureux, lui propose son aide pour augmenter son “rendement”.

Elle a donc rédigé un constat d’infraction au nom de l’agent Guilbault le 6 février 2015, alors qu’il n’était pas présent. Il lui avait donné ses coordonnées personnelles afin qu’elle puisse apposer sa signature électronique sur le document officiel.

En plus du “faux document”, l’agent Guilbault aurait roulé devant le véhicule incriminé en question sans s’arrêter, mais l’a remarqué, précise le rapport.

Les policiers disposent d’un pouvoir discrétionnaire indépendant qui ne les oblige pas à imposer une amende pour chaque infraction qu’ils constatent. Seul « l’exercice du pouvoir discrétionnaire doit être équitable et transparent et fondé sur des motifs valables et raisonnables ».

En fin de compte, l’agent Guilbault « a déraillé de son devoir d’agir honnêtement », selon le Comité.

Peur d’être exposé

Le 8 février 2015, deux jours après l’incident, l’agent Benoit Boiselle a signalé au sergent José Paquette que « l’agent Lamoureux s’est vanté d’avoir écrit des déclarations de violation pour améliorer la performance de l’agent Guilbeau ».

Le chef de l’équipe de patrouille confirme l’incident après avoir vérifié la base de données du Centre de renseignement policier de Québec. Elle révoque l’acte de violation et signale le cas au commandant de poste.

L’affidavit est “censé être fait sous serment”, comme si l’employé témoignait oralement devant le tribunal, selon le rapport. « Le rapport est un document légal, pas seulement un morceau de papier. »

Aujourd’hui à la retraite, le sergent José Paquette et le constable Benoit Boissel ont été victimes d’intimidation parce qu’ils avaient condamné leur collègue, indique la décision de la commission. Des insultes par SMS ont été envoyées à plusieurs postes du SPVM à leur insu. L’agent Boisselle, ancien porte-parole du SPVM, a lui aussi subi des “abus physiques”, apprend-on sans plus de détails. On ne sait pas si ces actions ont conduit à des accusations ou à des mesures disciplinaires.

“Nous prenons au sérieux toute situation de violence ou d’intimidation pouvant survenir sur le lieu de travail. Lorsque de tels incidents sont signalés au service des affaires internes, une enquête est immédiatement déclenchée et des sanctions peuvent être imposées à la fin de l’enquête », a déclaré le SPVM à La Presse.

L’agent Guilbault n’aurait pas contribué aux actes d’intimidation, mais “ne pouvait pas les ignorer”, a indiqué la commission dans sa décision. Il a dit qu’il était “désolé” et a fait semblant de ne pas connaître l’origine des SMS. Selon le Comité, Pierre-Olivier Guilbaud a pu “appeler au calme” et en profiter pour “influencer positivement son entourage” malgré l’acte commis.

Pierre-Olivier Guilbault et Marie-Ève ​​Lamoureux admettent leurs erreurs, précise la commission dans sa décision. L’agent Guilbault a admis qu’il s’agissait d’une stratégie pour “augmenter ses statistiques”. Pour sa part, l’agent Lamoureux s’est entendu avec le commissaire à la déontologie policière pour une suspension de dix jours sans solde.

Rappelons que l’incident a été révélé avant l’audience d’octobre 2021 lorsque le sergent Paquette a dénoncé les deux agents en 2015, deux jours après les faits. La décision a été rendue publique la semaine dernière, plus de sept ans plus tard.