Le verdict a été lancé comme une blague. Et pourtant, il incarne toute l’ambiguïté du moment.
“Je me sens comme Al Pacino dans Le Parrain.” Je veux m’en sortir, et ils m’entraînent encore là-bas », a lancé Bernard Drainville lorsqu’on l’interroge sur son passé souverain au Parti Québécois.
Mais Bernard Drainville ne veut plus parler de souveraineté. Les Québécois sont ailleurs, dit-il. C’est un nationaliste. Il retourne en politique pour servir le Québec. Et c’est tout.
Si seulement c’était si simple. Si seulement son propre chef n’avait pas ravivé les flammes d’une éventuelle indépendance en provoquant la « survie de la nation québécoise ».
L’épée
Cette survie de la nation, le carcan fédéral, le statut de la minorité québécoise dans un « parlement contrôlé par une autre nation que la nôtre », Bernard Drainville n’en parle plus.
Sa passion servira le nationalisme plutôt que la souveraineté. La fin des chevauchements avec le gouvernement fédéral, il tentera de les négocier à l’intérieur du Canada, au lieu de les obtenir à l’intérieur de la République du Québec. Maintenant, il se battra pour de nouveaux pouvoirs, pas pour l’indépendance.
“Je ne veux pas mener cette bataille.”
Pas le goût, mais y croit-il encore ? Bernard Drainville ne dira jamais cela.
À la CAQ, les fédéralistes ont le droit de se présenter, mais pas les souverainistes.
Il est maintenant clair que c’est le prix à payer pour un emploi avec le Premier ministre le plus populaire depuis des décennies. Le prix de son troisième vote.
Pour adhérer à la CAQ, il ne faut pas se baiser la main, il faut renier le projet souverain.
Le vrai parrain
François Lego dicte les règles du jeu.
Il a fait assez d’efforts pour ouvrir puis imposer sa troisième voie nationaliste, il ne permettra pas que le cheval de Troie de la souveraineté la mette en danger.
Puisque le jour où ses ministres se montreront ouvertement souverainistes, quelle confiance auront-ils quand viendra le temps de critiquer Ottawa? Comment seront-ils entendus par leurs homologues fédéraux?
Imaginez un instant un ministre québécois ouvertement souverain tentant de persuader son homologue fédéral de lui donner les pleins pouvoirs en matière d’immigration. Franchement souverain ministre de la santé, réclamant des financements inconditionnels.
La réponse serait rapide, simple et cohérente. Non merci. François Lego le sait.
C’est pourquoi il a voulu libérer le Québec du balancier stérile entre fédéralisme et souveraineté. En évacuant cette menace, il défie le Canada d’honorer une fois pour toutes sa reconnaissance de la nation québécoise.
Est-ce possible du tout?
Un éventuel second mandat de la CAQ nous le dira. En espérant que la Cour suprême sur le projet de loi 21, comme la mafia new-yorkaise dans Le Parrain 3, le ramènera dans le tourbillon d’anciennes querelles, dont il veut si désespérément se débarrasser.
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