Une baleine à la surface de l’eau, dans l’Atlantique Nord, en 2018. MICHAEL DWYER / AP
Encore raté. Après deux semaines de négociations, les États membres des Nations unies (ONU) ont rompu vendredi 26 août, faute de parvenir à finaliser un traité de protection de la haute mer, plusieurs différends majeurs restent à surmonter pour aboutir à un accord crucial sur l’océan, fragile et trésor vital pour l’humanité.
Après plus de quinze ans de discussions informelles puis formelles pour aboutir à un texte contraignant visant à protéger cette vaste zone qui couvre près de la moitié de la planète, cette cinquième session devait être la dernière – comme la quatrième devait déjà l’être en mars. Malgré les discussions devenues virales vendredi soir, cela n’a pas suffi. “Nous n’avons jamais été aussi proches de la finale dans ce processus”, a toutefois noté la présidente de la conférence, la Singapourienne Rena Lee.
“Bien que nous ayons fait d’excellents progrès, nous avons encore besoin de temps pour faire avancer les choses”, a-t-elle ajouté, obtenant l’approbation plénière pour suspendre les travaux sine die. L’Assemblée générale des Nations Unies va maintenant être saisie d’une demande de reprise de cette cinquième session à une date encore à déterminer.
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Absence d’accord sur l’exploitation des ressources génétiques
“Malgré la déception que nous n’ayons pas finalisé le contrat dans ces deux semaines, nous sommes encouragés par les progrès qui ont été réalisés”, a commenté Liz Karan de l’organisation non gouvernementale The Pew Charitable Trusts, appelant à une nouvelle session d’ici la fin de l’année.
Greenpeace s’est montré plus véhément, accusant notamment les Etats-Unis et les pays de la Coalition Haute Ambition menée par l’Union européenne (UE) d’attendre le dernier moment pour manifester cette “ambition autoproclamée”. Trop tard : “Le temps est écoulé”, a déploré Laura Meller, la responsable Océans de l’ONG. “Alors que les pays continuent de parler, les océans et ceux qui en dépendent souffrent”, a-t-elle ajouté dans un communiqué.
Par exemple, les États insulaires en développement du Pacifique. En leur nom, la représentante excitée des Samoa a exprimé sa « déception ». “Nous habitons très loin et c’est cher de venir ici. (…) De l’argent qui n’est pas dépensé pour les routes, les médicaments, les écoles ». « Pacific est venu ici avec bonne volonté et continuera de le faire jusqu’à ce que nous clôturions cette conférence dans un avenir proche », a-t-elle déclaré au bord des larmes, sous les applaudissements de la salle.
Parmi les sujets les plus sensibles de ces négociations figure la répartition des bénéfices éventuels issus de l’exploitation des ressources génétiques en haute mer, où les industries pharmaceutiques, chimiques et cosmétiques espèrent découvrir des molécules miracles.
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En réponse aux demandes des pays en développement qui craignent de passer à côté de bénéfices potentiels faute de pouvoir mener ces recherches coûteuses, le projet de texte final reste sur la table, mais sans accord, la redistribution initiale de 2% – et finalement à 8% – ventes futures de produits issus de ces ressources qui n’appartiennent à personne.
“Occasion manquée”
Greenpeace a également accusé jeudi l’UE, les États-Unis et le Canada d’avoir accéléré ces pourparlers jusqu’à l’échec en raison de leur “avidité” de garder ces ressources pour eux-mêmes. Les accusations ont été rejetées par un négociateur européen.
Ces questions d’équité Nord-Sud se croisent dans de nombreuses négociations internationales, notamment celles sur le climat, où les pays en développement, victimes mais non responsables du réchauffement, exigent vainement que les pays riches honorent leurs promesses d’aide financière.
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Ce traité vise spécifiquement la haute mer qui commence là où se terminent les zones économiques exclusives (ZEE) des États, à un maximum de 200 milles marins (370 kilomètres) de la côte, et qui n’est donc sous la juridiction d’aucun État. Alors que la bonne santé des écosystèmes marins est primordiale pour l’avenir de l’humanité, notamment pour limiter le réchauffement climatique, seul 1% de cet espace, qui représente 60% des océans, est protégé.
L’un des piliers du traité sur la “conservation et l’utilisation durable de la biodiversité marine dans les zones situées au-delà des juridictions nationales” est d’y permettre la création d’aires marines protégées. “Une étape cruciale dans l’effort visant à protéger au moins 30% de la planète d’ici 2030”, a déclaré cette semaine Maxine Burkett, responsable des affaires océaniques au département d’État américain.
Certains experts craignent que si le traité sur la haute mer n’est pas conclu d’ici la fin de l’année, cet objectif sera hors de portée. Les délégations restent opposées au processus de création de ces aires protégées, ainsi qu’aux modalités de mise en œuvre de l’obligation d’études d’impact environnemental avant toute nouvelle activité en haute mer. “Quelle occasion manquée…”, a déploré sur Twitter Claudia Kremers, chercheuse à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri), qui, comme plusieurs ONG, dispose d’un siège d’observateur aux pourparlers.
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Le monde avec l’AFP
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