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Émissions d’arsenic de la fonderie Horn | Une proposition qui se rapproche de la norme

La fonderie Horn pourrait réduire ses émissions d’arsenic à un niveau qui permettrait d’atteindre une concentration de 20 nanogrammes par mètre cube (ng/m⁠3), beaucoup plus près de la norme de 3 ng/m⁠3 que le gouvernement du Québec.

Posté hier à 16h26.

Jean-Thomas Léveillé La Presse

Le bureau du premier ministre François Legault a indiqué lundi dernier que l’entreprise avait proposé un seuil de 60 ng/m⁠3 dans la demande de renouvellement de son permis ministériel déposée en mai; une proposition que le Québec s’est dit rejetée.

Or, “les propositions de l’entreprise sont contenues dans un plan d’action présenté par la fonderie en février 2022 et non dans la demande de renouvellement de l’autorisation ministérielle”, a reconnu jeudi le ministère de l’Environnement et de la Lutte contre le changement climatique (MELCC).

Fonderie Horne a transmis à La Presse le document en question, qui ne mentionne pas de seuil de 60 ng/m⁠3; il fait plutôt référence à une “gamme de concentration potentielle” d’arsenic comprise entre 20 et 64 ng/m⁠3.

Cette grande différence est due à plusieurs facteurs, explique le document : la précision « à plus ou moins 50 % » du modèle de dispersion atmosphérique, les performances réelles des solutions proposées, les interrelations entre les différentes solutions, et la « variabilité » des vents. qui affectent les concentrations mesurées dans l’air.

Les calculs ont été affinés depuis le dépôt de ce plan et la Fonderie Horne a fait parvenir au gouvernement une proposition révisée, qu’elle ne veut pas rendre publique pour le moment, a déclaré à La Presse Alexis Segal, une porte-parole.

Le cabinet du ministre de l’environnement responsable du changement climatique Benoît Charette a affirmé jeudi que la limite de 60 ng/m⁠3 “avait été évoquée comme une valeur moyenne lors d’ateliers avec la fonderie”.

Réductions… jusqu’en 2027

Horne Foundry précise dans son plan d’action que les réductions d’émissions pourraient se concrétiser « d’ici 2027 », délai de mise en œuvre des solutions proposées.

Cet échéancier correspond à l’expiration prévue de son prochain permis ministériel, qui devrait théoriquement couvrir la période de 2022 à 2027 — ce document, qui permet de déroger à l’interdiction de polluer prévue par la Loi sur la qualité de l’environnement, auparavant appelé “certificat de décontamination” .

Outre la réduction des émissions d’arsenic, le plan d’action de l’entreprise détaille les réductions attendues des émissions de dioxyde de soufre (SO2), qui pourraient atteindre 40 %, et des émissions totales de poussière, qui pourraient atteindre 10 %.

Cependant, il ne propose pas de limite spécifique pour les autres métaux lourds rejetés par la fonderie, tels que le mercure, le nickel, le plomb, l’antimoine, le chrome, le cadmium ou le béryllium.

Le certificat de décontamination de fonderie actuellement en vigueur n’impose pas de limites spécifiques pour les métaux autres que l’arsenic.

Neuf décisions

Le plan d’action de la Fonderie Horne est une exigence stipulée dans le certificat d’assainissement de l’entreprise, actuellement en vigueur, a indiqué à La Presse la porte-parole du MELCC, Sophie Gauthier.

Il décrit neuf solutions proposées par l’aluminerie pour réduire les concentrations de polluants qu’elle génère, ce qui représente un investissement total de 500 millions de dollars.

De tous, le projet PHENIX a le plus grand potentiel de réduction des émissions d’arsenic ; ce nouveau procédé, qui réduit le nombre d’étapes nécessaires à la conversion du cuivre, peut à lui seul réduire les émissions de 10 à 15 %.

La poursuite de l’aménagement d’une « zone de transition » entre la fonderie et les premiers logements du quartier Notre Dame devrait entraîner une réduction de 5 à 10 % des concentrations d’arsenic dans l’air.

L’acquisition de ces résidences par l’entreprise lui permettra de retirer la station d’échantillonnage d’air « légale » de ses installations en la déplaçant vers la nouvelle limite de sa propriété.

Cette décision créerait un problème méthodologique, déplore l’avocat Philippe Beaucy du Centre québécois du droit de l’environnement.

“Vous ne pourrez plus comparer les données prises au point A avec les données prises au point B”, explique-t-il.

D’autres propositions de l’entreprise pour réduire les émissions comprennent l’augmentation du stockage intérieur des concentrés qu’elle fond pour “réduire l’entraînement de la poussière par le vent”, le pavage des voies de circulation et la zone de déchargement du concentré, l’amélioration des dépoussiéreurs existants et le piégeage et le traitement de l’air de certains évents de toit.

Quelle est la norme de 3 ng/m⁠3 ?

La norme de 3 nanogrammes par mètre cube (ng/m⁠3) est souvent présentée comme la limite acceptable de l’entreprise pour les émissions d’arsenic, mais ce n’est pas le cas. C’est une “norme de qualité de l’air ambiant, pas une norme d’émissions dans l’air à la source”, explique Sophie Gauthier, porte-parole du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, qui explique que la norme est tirée du Règlement sur la qualité de l’air. Ainsi, la norme précise que la concentration d’arsenic dans l’air aux limites du site de la Fonderie Horne ne doit pas dépasser 3 ng/m⁠3, quelle que soit la quantité d’arsenic émise.

En savoir plus

  • 100 ng/m⁠3 Limite spéciale de concentration d’arsenic dans l’air accordée à la Fonderie Horne, alors que la norme québécoise est de 3 ng/m⁠3

    Source : Ministère de l’environnement et de la lutte contre le changement climatique