France

“Emmanuel Macron ment aux Français”

23:00, 11 juin 2022, remplacé par 00:02, 11 juin 2022

Avec près de 170 économistes, vous avez signé une plateforme de soutien au programme économique de Nupes. Pourquoi? Qu’il soit clair dès le départ que je ne suis membre d’aucun parti, qu’aucun programme n’est parfait et que tout le monde se pose des questions. Nupes reste le seul à proposer un plan d’investissement dans l’écologie, la santé, l’éducation, financé non pas par l’inflation ou la dette, mais par les revenus et les héritages les plus élevés. Ce choix supposé reste le seul qui puisse limiter la hausse des prix en finançant les revalorisations des soignants, des enseignants, les bas salaires et la transition écologique. Les 500 plus grands actifs de France ont vu leur patrimoine passer de 200 à 1 000 milliards d’euros entre 2010 et 2022, de 10% à 40% du PIB ! Ceci est disproportionné par rapport à l’évolution des salaires. Nous devons équilibrer les choses.

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Que pensez-vous des critiques sur son manque de confiance ? Ce programme est un budget bien plus sérieux que celui d’Emmanuel Macron. En prétendant que personne ne paiera ce qui est dû, Macron ment aux Français. Parce que les plus pauvres le financent déjà par l’inflation. Au passage, le président affirme qu’il va baisser les impôts en prolongeant de dix ans la contribution pour le recouvrement de la dette sociale, soit 70 milliards, ce qui va peser sur les revenus des Français. L’inflation est une taxe déguisée sur Macron. Il s’agit d’une taxe de 5 % qui frappe la consommation quotidienne, mais aussi les petites économies de ceux qui ont travaillé dur. Face à cela, Nupes se montre plus transparent, déclarant un impôt progressif sur les plus riches, sur les successions, le patrimoine. Bien sûr, il n’est jamais bon de payer plus. Mais un budget sérieux oblige à dire la vérité aux Français. La dette ne peut pas être éternelle. Les priorités sociales doivent être financées par la fiscalité le plus équitablement possible.

Melanchon n’a pas créé l’inflation !

Le think tank Terra Nova accuse Nupes de vouloir prendre en otage la zone euro pour financer son programme. Que me répondez-vous, je suis frappé par leur incompétence économique. Le programme Nupes prévoit une augmentation des dépenses publiques de 250 milliards par an à la fin du quinquennat. Nous avons actuellement environ 1 400 milliards de dollars de dépenses publiques. On parle donc d’une hausse de moins de 20 % sur cinq ans dans un contexte d’inflation sans précédent, qui atteint actuellement 5 % par an. En fait, il permet simplement de maintenir les niveaux réels des dépenses publiques et d’éviter les pertes de pouvoir d’achat pour les infirmières et les enseignants. Faut-il laisser les salaires baisser ? Nous avons changé le monde, ceux qui critiquent doivent ouvrir les yeux. Melanchon n’a pas créé l’inflation !

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Le blocage des prix, alors que la mesure profitera à tous, y compris aux produits les plus riches et les plus importés, n’est-il pas controversé ? Il faut regarder la gamme de produits concernés et prévoir des négociations avec les fabricants. En matière d’énergie, nous avons depuis longtemps dû passer à un système de prix réglementés. La disponibilité des tarifs qui yoyo tous les six mois est désastreuse pour les ménages et inefficace en termes de climat. Compte tenu de sa capacité d’emprunt, l’État a les moyens de résister à ces aléas.

Nous devons créer une contribution commune à la richesse sur le modèle de la CSG

Est-il réaliste d’interdire les licenciements dans les entreprises qui versent des dividendes ou reçoivent des aides publiques ? Oui, mais plus généralement nous avons besoin de plus de négociations. Nupes propose d’augmenter significativement la présence des représentants des salariés dans les conseils d’administration en leur réservant entre un tiers et la moitié des sièges. Pour moi, c’est la mesure la plus importante du programme. Parce que ça oblige tout le monde à être constructif. L’Allemagne et la Suède fonctionnent ainsi depuis les années 1950, ce qui n’empêche pas les entreprises de bien performer, bien au contraire. Certains pleurent le bolchevisme alors qu’une telle idée incarne la social-démocratie. Dommage que les idéologues de Macron ne s’en rendent pas compte.

Augmenter les cotisations vieillesse pour financer la retraite à 60 ans, cela risque-t-il de compromettre le pouvoir d’achat ? Il est temps de diversifier le financement de la protection sociale. Il faut créer une contribution généralisée à la richesse sur le modèle de la CSG afin d’inclure le patrimoine le plus élevé. Cela permettrait de financer la dépendance et d’augmenter les pensions des plus modestes.

S’il suffisait de baisser les impôts pour devenir un pays prospère, les plus riches seraient la Bulgarie et la Roumanie

L’Institut Montaigne estime dépenser 80 milliards d’euros par an… L’éveil des peurs irrationnelles de l’arrivée de la gauche au pouvoir est un grand classique de l’histoire de France. Ce chiffre est très incertain, ignorant notamment les économies réalisées par l’assurance-chômage. L’offre Nupes nécessite 40 annuités pour avoir une pension complète. Pour ceux qui ont étudié longtemps, il faudra attendre d’avoir atteint 63, 64, 65 ans, selon l’âge d’entrée dans la vie active et les interruptions de carrière. En revanche, pour ceux qui ont commencé à travailler tôt, par exemple à 20 ans, ils pourront partir à 60 ans, ce qui est juste. Faut-il passer à 41 ou 42 rentes pour les salaires les plus élevés ? Pourquoi pas. Mais pour ceux qui ont commencé tôt, 40 rentes suffisent. Avec Macron, c’est l’inverse. Ceux qui ont commencé à 20 ans devront payer 45 annuités pour partir à 65 ans, tandis que ceux qui ont commencé à 22 ans auront leur retraite complète avec 43 annuités. La réforme de Macron est une taxe déguisée sur les Français de bas étage. Ce scénario ne pourra jamais être accepté, nous risquons une crise des gilets jaunes au niveau 10.

N’avez-vous pas peur de fuir les capitaux et les entreprises en les taxant davantage ?Les entreprises ont d’abord besoin de clarté, d’investissements dans l’éducation, les infrastructures. S’il suffisait de réduire les impôts pour devenir un pays prospère, les plus riches seraient la Bulgarie et la Roumanie, qui ont des taux d’imposition parmi les plus bas d’Europe.