France

En évitant un vote de confiance, Elizabeth Bourne a plus à gagner qu’à perdre

Comme le dit une publicité célèbre : ne ratons pas les choses simples. Ainsi, en ne demandant pas ce mercredi la confiance de l’Assemblée, Elizabeth Bourne a évité le risque de la perdre immédiatement. Cette vérité étant énoncée, regardons à nouveau les chiffres : la coalition macroniste détient 250 des 577 sièges de la chambre basse. Et même seulement 229 pour le moment, à cause des députés nommés ministres et non remplacés par leurs adjoints respectifs depuis un mois. Le gouvernement ne peut pas compter sur beaucoup d’autres “oui” et pour l’emporter il faut au moins l’abstention massive de deux des trois blocs d’opposition (Nupes, RN et LR).

Dès lors, pour la majorité, les conditions ne sont tout simplement pas réunies pour passer ce vote – qui n’est pas obligatoire. “Un vote de confiance dans ce contexte n’aurait tout simplement pas de sens”, estime Maud Bregon, députée Renaissance-LREM des Hauts-de-Seine. La confiance devra se construire dans la durée, texte par texte. “Au contraire, la députée socialiste Valérie Rabeau a évalué dans la LCP lundi soir qu’Elizabeth Bourne avait commis une ‘erreur magistrale’. Pour elle, malgré la majorité relative, l’échec n’a pas été facile : « La majorité est relative et elle doit en tenir compte, c’est-à-dire mettre dans son programme des propositions qui ne viennent pas de sa majorité relative. »

Vote de défiance : la PM @Elisabeth_Borne commet une “erreur magistrale”, déclare @Valerie_Rabault. >> “Elle se trompe en tant que Premier ministre, elle se trompe en tant que femme.” #AuditionPublique pic.twitter.com/7pYG2ViDcX

– LCP (@LCP) 4 juillet 2022

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Un non-événement ?

On verra mercredi si le discours du chef du gouvernement prend en compte ce nouveau rapport de force. En attendant, il est difficile de voir un quelconque macronisme changer fondamentalement la donne. “Il n’y a pas de volonté dans l’opposition de trouver des points d’accord global”, évalue Maud Bregeon, qui rappelle qu’Elizabeth Bourne n’est pas la première à ignorer le vote de confiance. A priori, la décision du Premier ministre n’est absolument pas discutée dans les rangs des macronistes, c’est une évidence. “Il y a l’inflation, le Covid-19 qui revient, tout le monde veut se mettre au travail”, souffle un associé de la Modema exaspéré. Vote de confiance ou pas, ce sera presque un non-événement.

« Oh, par contre, chez Nupes, ils veulent essayer d’en faire un événement ! “, ajoute la même source. Car l’opposition de gauche ne veut pas laisser passer l’occasion de faire voter le gouvernement par le parlement. Si Elizabeth Bourne ne change pas d’avis, les groupes Nupes déposeront conjointement un vote de défiance mercredi. Ou, pour reprendre le lexique de Nupes, un “vote de défiance” pour compenser le vote de confiance qui n’aura pas lieu.

Motion de censure, une bonne affaire pour Bourne ?

Ce choix de la gauche n’est peut-être pas une si mauvaise affaire pour le gouvernement. Car si Nupes insiste sur le parallèle confiance/non confiance, les règles pour accepter un vote de défiance sont différentes de celles d’un vote de confiance. Et bien plus difficile pour l’opposition : bref, il faut au moins 289 députés et députées pour voter cette proposition, les abstentions ne sont pas comptées. Pourtant, RN et LR ont déjà annoncé qu’ils ne voteraient pas pour le texte de la gauche. “Si les autres groupes ne votent pas pour lui, cela mettra immédiatement en évidence le fait qu’il n’y a qu’une centaine de députés qui ont voté pour lui. Et que le Nupes est donc loin d’être majoritaire, contrairement à ce qu’ils tentent de vous faire croire », opine le proche du modem cité plus haut.

En tout cas, cela pourrait prouver que même si le gouvernement ne dispose que d’une petite majorité relative derrière lui, l’opposition est extrêmement divisée… Et offre une victoire facile à Elizabeth Bourne ? “Ce n’est pas une question de victoire ou de défaite, cela amènera chaque parlementaire à se demander s’il est dans l’opposition ou dans la majorité”, a déclaré Arthur Delaporte, député PS du Calvados et porte-parole de son groupe. Bien sûr, mais la droite et l’extrême droite semblent assez bien résister à cette pression. Et d’envoyer à gauche le mystigri du blocage politique : “Tu sais, les Français, sur le terrain, ils me disent ‘offre, bats-toi !'” (…) Ils ne cherchent pas à casser une machine ou à bloquer une institution », a déclaré Sébastien Chenou, député du RN pour le Nord, mardi matin. Les agendas controversés de l’opposition sont la meilleure assurance-vie pour un gouvernement minoritaire.

📹 Nous portons la voix de millions de Français qui nous disent “battez-vous !”. Ils nous disent de proposer, de promouvoir ce en quoi nous croyons : ils ne cherchent pas à bloquer l’institution. @publicsenat pic.twitter.com/lroJqdEOBa

— Sébastien Chenu (@sebchenu) 5 juillet 2022

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