L’euphorie a fait place à une gueule de bois naissante. Après des années de croissance à deux chiffres, la filière bio est à la peine depuis plusieurs mois. Pour la première fois, les ventes de produits alimentaires biologiques ont ralenti l’an dernier, reculant de 1,3 %, selon des données publiées en juin par l’Agence Bio. Cette contraction du marché doit bien sûr être relativisée au regard de la baisse globale de 2,28% de la consommation alimentaire des ménages. Mais pour 2022, les perspectives semblent encore pires en raison de l’inflation.
Dans ce contexte, les acteurs du secteur s’annoncent moroses. Une morosité palpable au sein du salon “La Terre c’est notre métier” des professionnels du bio, qui s’est déroulé mercredi et jeudi à Retiers, au sud-est de Rennes. “On a heurté le mur de plein fouet car les clients sont partis”, avoue Pascal Petit, responsable technique chez Bio Direct. Dans ce groupement, qui fédère une centaine d’éleveurs de porcs bio, les ventes ont chuté “de 15 à 20 % en sept ou huit mois”. “En 2020, pendant les restrictions, on sentait que les gens luttaient pour une consommation plus saine et locale et se tournaient vers la vente directe, souligne-t-il. Mais cette tranche est fermée et les gens surveillent maintenant leurs portefeuilles.
Une crise de croissance, mais aussi de confiance
L’inflation pénalise également les industriels du secteur comme Olga (ex-Triballat Noyal), qui produit des produits laitiers bio et végétaux. “Nous avons toujours nos clients ‘bio-croyants'”, déclare Zoe Guyader, conseillère en agriculture biologique d’Olga. Mais il est certain que ces derniers mois nous avons perdu des clients plus instables qui ont abandonné la production bio. Dès lors, considérés comme plus chers, les produits bio souffrent de la flambée des prix alimentaires. Mais ce n’est pas la seule raison, et la baisse de la consommation a également commencé bien avant le début de la guerre en Ukraine.
En pleine crise de croissance, le secteur bio connaît aussi une crise de confiance, le petit logo vert d’AB a un peu moins de popularité auprès des consommateurs. Pour Sophie Chauvin, la valse des logos et des étiquettes déroute les clients. “Ces dernières années, on a vu émerger de nombreux labels environnementaux comme ‘Haute valeur écologique’ ou ‘Sans pesticides’, qui peuvent rassurer les clients, mais sont beaucoup moins vertueux que le label bio”, évalue le directeur de la Bio. Groupement d’agriculteurs (GAB) du Morbihan.
“Ce n’est qu’une crise passagère”
Dans certaines filières comme le lait, le bio connaît également une crise de surproduction. “La demande est là, mais pas suffisante pour absorber toute cette production, qui a doublé en quelques années”, souligne Stéphane Boulan, conseiller en agriculture biologique à la Chambre d’agriculture de Bretagne. Alors que le ciel s’assombrit, certains joueurs commencent à s’interroger sur l’avenir. “Si cela ne s’améliore pas, on peut vraiment craindre pour la pérennité de notre filière”, pointe Pascal Petit.
D’autres sont plus optimistes, comme Sophie Chauvin de GAB. “Ce n’est qu’une crise passagère et je ne doute pas que la consommation va reprendre”, dit-elle. En voyant l’environnement se détériorer, en voyant le climat se dérégler, les gens finiront par découvrir définitivement que le modèle que nous défendons est le bon. »
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