France

entre déni et culte des armes, les républicains face à l’assassinat d’Uwalde

Donald Trump et Wayne Lapierre, président de la National Revenue Agency, principal lobby américain de l’armement, lors de sa convention annuelle à Houston, Texas, le 27 mai 2022. MICHAEL WYKE / AP

Si proche du drame, si peu inquiet. Des milliers de personnes ont afflué à Houston, au Texas, vendredi 27 mai, à l’occasion de la convention annuelle de la National Weapons Association (NRA), le principal lobby américain de l’armement. Trois jours après le meurtre à l’école primaire d’Uwalde, à 450 kilomètres de là, les participants ont été soumis à une forme de gravité sans affecter le moindre degré de leurs croyances. Ils ont célébré leur mascotte, le controversé deuxième amendement à la Constitution, qui protège le droit d’être armé. Prévu sur trois jours, le programme de l’événement est chargé : un dîner de chasseurs, un séminaire juridique, un forum pour les femmes fiancées, une grande salle d’exposition avec des pistolets, des mitraillettes et des fusils de chasse à la pointe de la technologie. Et puis, des invités de marque, à commencer par l’ancien président Donald Trump, un habitué de cette scène.

Sur le podium vendredi, une minute de silence à la mémoire des victimes d’Uwalde a duré dix secondes. Ou une courte pause entre les plaidoiries pro domo. Wayne Lapierre, le président de l’Agence du revenu national, a qualifié l’auteur du massacre de “monstre criminel”. Il a parlé de trop peu de justice, d’un système de santé mentale perturbé, d’une protection insuffisante des écoles, mais a écarté tout doute sur le “droit humain fondamental” de chaque citoyen à se défendre.

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En fin d’après-midi, Donald Trump a pris la parole. Il a commencé par énumérer les noms de ces « belles personnes » qui ont été victimes de l’école de Rob, chacune suivie d’un gong retentissant, absolument surréaliste, avant de se féliciter de ce moment de silence, qui n’était rien d’autre. Doublant les adjectifs pour dénoncer l’auteur du massacre d’Uwalde, “condamné à brûler à jamais dans les feux de l’enfer”, Donald Trump a fait écho aux recettes d’armes éculées : plus de détecteurs de métaux, plus de vigiles et de policiers armés dans les écoles. Plus de formation dans les services de sécurité pour faire face aux tireurs en action. Plus de soins psychiatriques. Il n’y a pas de limite au deuxième amendement. Dans une torsion rhétorique, l’ancien président a accusé les démocrates de pousser un “agenda politique d’extrême gauche”, ajoutant: “Les États-Unis ont 40 milliards de dollars [37,2 milliards d’euros] envoyés en Ukraine, nous devons pouvoir faire le nécessaire pour protéger nos enfants. »

Lecture doctrinale du deuxième amendement

Des centaines de manifestants en colère ont condamné le lobby pour armes devant le bâtiment du congrès. Le massacre d’Uwalde, au cours duquel Salvador Ramos, 18 ans, a tué dix-neuf enfants et deux adultes, rappelle les responsabilités des industriels du secteur et de leur principal organisateur, la NRA. Organisation puissante, malgré une influence en baisse en faveur des candidats républicains (près de 29 millions de dollars en 2020), elle n’envisage pas d’annuler son rassemblement. Confrontée à de nombreuses plaintes en justice et à la concurrence d’associations d’armement encore plus radicales, la NRA ne veut pas projeter un sentiment de vulnérabilité. Il refuse donc de discuter de l’interdiction des armes militaires, comme les fusils automatiques, au nom de la lecture doctrinale du deuxième amendement.

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