France

Françoise Rudetsky, infatigable porte-parole des victimes des attentats, est décédée

Françoise Rudetsky, la figure des victimes du terrorisme, est décédée dans la nuit de mardi à mercredi à Paris à l’âge de 73 ans.

“Femme extraordinaire” qui a mis sa vie au service des victimes du terrorisme après avoir elle-même été grièvement blessée dans un attentat en 1983, Françoise Rudetsky est décédée dans la nuit de mardi à mercredi à Paris, à l’âge de 73 ans, a indiqué la famille. mu.

Parents de rescapés de la Seconde Guerre mondiale, Françoise Rudetsky a été victime le 23 décembre 1983 d’un attentat à la bombe contre le restaurant du Grand Véfour, sous les arcades du Palais-Royal à Paris, où elle fêtait son dixième anniversaire de mariage. avec son mari. L’explosion a projeté une porte métallique, qui a écrasé les jambes de la jeune femme d’affaires.

“Jusqu’au bout, elle mène une campagne d’identification et de prise en charge des victimes d’attentats”, a déclaré sa fille, Deborah Rudetski, contactée par l’AFP.

Le président de la République Emmanuel Macron a salué sur Twitter “la vie de douleurs, de combats et de victoires” de la “figure tutélaire de toutes les victimes d’attentats”, qui puise “sa sensibilité dans son histoire personnelle”.

Une vie de douleur, de batailles et de victoires. Françoise Rudetsky est décédée. Puisant sa sensibilité dans son histoire personnelle, elle était une figure tutélaire pour toutes les victimes d’attentats. Je pense à ses proches, à tous ceux qu’elle a défendus. Nous continuerons.

– @EmmanuelMacron (18 mai 2022)

L’avocate Françoise Rudetzky a fondé SOS Attentats, la première association de protection des victimes d’actes terroristes, en décembre 1985, date qui marque le début d’une vague d’attentats meurtriers liés au conflit au Proche-Orient.

Dès 1986, elle reçoit la création d’un Fonds de Garantie des Victimes d’Actes Terroristes, financé par une petite taxe sur chaque contrat d’assurance de biens, garantie prévue en 1990 pour toutes les victimes d’actes criminels (viols, agressions, vols).

Elle restera membre du conseil d’administration de l’organisation “jusqu’à sa mort”, a précisé sa famille dans un communiqué.

Une autre avancée a été pour les victimes du terrorisme la reconnaissance du statut de victimes civiles de la guerre et la capacité des associations à intenter des actions civiles lors des procès.

Françoise Rudetsky a également travaillé à l’érection d’un mémorial à toutes les victimes du terrorisme. Ce monument, une femme anonyme décapitée, a été dévoilé par Jacques Chirac aux Invalides à Paris en 1998.

En 2018, elle a défendu la création du Centre national des ressources et de la pérennité (CN2R), destiné à améliorer la prise en charge des victimes d’événements traumatisants.

ATTENTION ET Enthousiasme

Opérée des dizaines de fois pour soigner ses blessures, elle a été infectée par le VIH et le virus de l’hépatite C lors d’une transfusion sanguine. Elle décrit cette épreuve dans une biographie parue en 2004, La Triple Tribulation (Calmann-Lévy), faisant allusion à l’attentat, son infection, longtemps tuée et la disparition d’une partie de sa famille dans la Shoah, drame survenu au cours de sa hospitalisation. .

“A cette époque, on ne parlait jamais des victimes”, a confié plus tard Françoise Rudetski à l’AFP. “Le mot +victime+ était un peu comme un mot qu’il ne fallait pas prononcer et seuls les médecins s’occupaient des victimes.”

Par la suite, les sténographes judiciaires croiseront souvent cette femme élégante aux boucles brunes lors des audiences du tribunal de Paris, où elle roulait avec des béquilles puis en fauteuil roulant électrique.

“Nous mesurons la perte que cela signifiera pour les victimes”, a déclaré Frédéric Bibal, avocat de plusieurs dizaines de victimes des attentats du 13 novembre 2015, en annonçant sa mort dans le procès en cours à Paris. .

L’association Life for Paris, qui regroupe de nombreuses victimes de ces attentats, a salué dans un communiqué la “grandeur d’âme unique” de cette “femme extraordinaire” qui “a fait de la France un exemple de prise en charge des victimes” et apporté “une aide fondamentale “. de l’association à ses débuts.

Femme à “l’énergie inépuisable” malgré ses “difficultés physiques”, “sa dernière grande cause” était que les victimes de catastrophes naturelles puissent aussi être bien indemnisées”, a déclaré à l’AFP le président de cette association Arthur Again.

Elle a également été membre de la mission de préfiguration du Musée Mémorial du Terrorisme, qui doit voir le jour en 2027 et qui « lui tenait particulièrement à cœur », a-t-il ajouté.

“Sa voix ne s’éteindra pas”, a tweeté le gardien du sceau Eric Dupont-Moretti, tandis que Frédéric Calendra, délégué interagences à l’aide aux victimes, a salué son “affirmation de soi” et son “enthousiasme” au combat. “Son ambition doit être notre héritage et notre boussole”, a-t-elle ajouté.

Ses obsèques se dérouleront dans le plus strict secret familial, ont indiqué ses proches.