France

Guillaume Pepi reconnaît la “responsabilité morale sans bornes” de la SNCF dans l’accident ferroviaire

Guillaume Pepi, ancien président de la SNCF, devant le tribunal d’Evry (Essonne), le 28 avril 2022 EMMANUEL DUNAND / AFP

C’est un numéro d’équilibriste auquel Guillaume Pepi s’est livré pendant quatre heures devant le tribunal correctionnel d’Evri (Essonne). Sous le feu nourri des avocats civils, l’ancien patron de la SNCF (2008-2019) a été entendu comme témoin jeudi 28 avril, au quatrième jour de l’accident ferroviaire de Brettini-sur-Orge (Essonne), qui a fait sept morts dans juillet 2013 et fait plusieurs centaines de blessés.

Tout comme “moi”, un costume sombre, l’ancien dirigeant de 63 ans a reconnu, à la barre, la “responsabilité morale sans fin” de la SNCF, jugé jusqu’au 17 juin, comme SNCF Réseau et un ancien dirigeant local, pour “homicide involontaire” et “blessures involontaires”.

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Dans ses propos au bureau, M. Pepi a déclaré n’avoir “aucune opinion personnelle” sur la “responsabilité pénale” de la SNCF ni sur la “qualité du travail de telle ou telle personne sur le site de Brétigny”, pour laquelle il ne recevrait “aucune rapport ou information spécifique » avant l’incident.

“C’est plus facile de criminaliser le matériel que les hommes”

La voix rauque, l’ancien numéro un de la SNCF, raconte s’être rendu sur les lieux du drame “en moto-taxi” le 12 juillet 2013 et avoir inspecté le tronçon au début du déraillement de la rame Paris-Limoges à un vitesse de 137 km / h. Il a regretté devant le tribunal d’avoir affirmé dès le départ, “en toute confusion”, que le sinistre avait été causé par un “problème de maintenance”.

“Au fur et à mesure de l’enquête, j’ai acquis la conviction que la traçabilité n’était pas bien faite en Bretagne, que l’organisation de la maintenance n’était pas optimale. Mais ce sont malheureusement des éléments de contexte. “Ces erreurs de travail ne remplacent pas la vérité technique, l’arbre des raisons solides et scientifiques”, a-t-il déclaré.

Pour expliquer cet “accident sans précédent en France depuis cent cinquante ans d’histoire ferroviaire”, M. Pepi s’est plutôt appuyé sur la “thèse” soutenue par les experts mandatés par la SNCF. A savoir, “un dommage dû à un défaut métallurgique” est susceptible d’être à l’origine de “renversement et démontage de l’éclisse”, cette pièce métallique qui assure la liaison entre deux rails.

Contrairement aux juristes, qui ont évoqué des lacunes en matière de maintenance, M. Pepi a crédité le “scénario alternatif” construit par les ingénieurs “rémunérés” par la SNCF.

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“Sept des plus grands experts en ingénierie ferroviaire mandatés par la SNCF, des scientifiques qui n’ont aucune raison de mentir, ne croient pas à la cinétique du dispositif ferroviaire proposé, à la thèse du manque d’entretien et de surveillance”, a-t-il déclaré. De plus, l’observation a été réalisée dans des conditions discutées par un jeune spécialiste compétent, cet appareil ferroviaire n’est pas perdu dans la brousse, est visité par des experts techniques nationaux et fait l’objet d’inspections. »

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