France

“Il n’y a pas eu de violence, si ce n’est de saupoudrer de chantilly sur son chapeau” – Libération

Dossier législatif 2022 Christophe et Olivier, professeurs au collège de Montargis, disent ne pas s’attendre à saupoudrer de crème l’ancien ministre de l’Éducation nationale. Avec « Libé », ils vous assurent que vous voulez condamner son « parachutage » dans la Loire et la politique menée lorsqu’il prenait la direction de la rue de Grenelle.

Entre fraises, tomates et cerises, ils ont vu rouge en voyant leur ancien ministre. Alors qu’ils remplissaient leurs paniers au marché de Montargis samedi matin 4 juin, Christophe et Olivier, professeurs d’arts plastiques et de technologie au collège, âgés de 51 et 57 ans, ont aspergé Jean-Michel Spread de chantilly. L’ancien ministre de l’éducation était en campagne pour une majorité présidentielle dans la 4e circonscription de la Loire.

Les deux enseignants, qui affirment n’avoir pas agi intentionnellement, sont maintenant poursuivis “violence en réunion n’ayant pas entraîné d’incapacité totale de travail”, selon le réquisitoire de Montargis. Les deux prévenus comparaîtront devant le procureur le 4 juillet pour une audience de plaidoyer préliminaire, une procédure qui permet aux auteurs d’un crime ayant reconnu les faits d’être jugés rapidement. Olivier et Christophe ont expliqué leur geste à Sortie.

Pourquoi avoir saupoudré de chantilly Jean-Michel Blanker ?

En achetant nos fraises le samedi matin, on s’est souvenu des paroles de Sibet Ndiaye [au sujet de la polémique des instituteurs qui pourraient aller aider les agriculteurs] en s’exprimant en tant que porte-parole du gouvernement, lors du premier blocus : “Nous n’avons pas l’intention de demander à un enseignant qui ne travaille pas aujourd’hui, compte tenu de la fermeture des écoles, de traverser toute la France pour aller récolter des garnisons. Oublier l’école à distance, oublier qu’on reste pour surveiller les enfants des gardiens, des policiers, des employés des supermarchés…

On ne savait pas que Jean-Michel Blanker serait là, on n’avait pas voulu notre geste. Mais quand nous avons vu que ses équipes étaient présentes, nous avons décidé qu’il était temps de perpétuer la vieille tradition de thésaurisation pour montrer notre désaccord avec la politique menée lorsqu’il était ministre et son saut en parachute aux législatives de la Loire. Pour ne pas lui faire mal, nous avons préféré la chantilly, ce qui a rendu possible l’absence de contact physique. Il n’a pas été insulté contrairement à ce qui a été rapporté, il n’y a pas eu de violence autre que de saupoudrer de crème sur son chapeau.

Comment s’est passé votre arrestation ?

Nous avons été immédiatement interpellés, l’un par des militants LREM, l’autre par un policier en civil qui a bouclé sa ceinture de sécurité. Nous l’attendions. En revanche, nous avons ensuite été plus surpris. La réaction judiciaire a été immédiate et forte. Deux voitures de police sont arrivées et nous ont emmenés au commissariat, où nous sommes restés en garde à vue pendant sept ou huit heures, ce qui semble un peu excessif. Jean-Michel Blanker a porté plainte. Nous avons été interrogés deux fois. Après avoir admis les faits, on nous a dit que nous étions persécutés pour cela “Il a volontairement commis des violences dans cette circonstance [aggravante] que les faits ont été commis lors d’une réunion”.

De quoi accusez-vous Jean-Michel Blanker ?

Nous enseignons au REP depuis plus de 20 ans. Ces dernières années, il a fallu s’habituer à travailler dans un contexte de violences énormes : une période dramatique de Covid, des élèves dans des conditions difficiles laissés dans des classes surchargées, une éducation nationale qui embauche des intérimaires et peine à attirer les métiers, le manque de budget, gel de l’indice du personnel et baisse du pouvoir d’achat… Autant d’éléments qui ont entraîné une aggravation importante de la dégradation de notre travail.

Nous n’avons rien contre “l’homme” Blanker. Ce n’est pas l’histoire d’un individu, mais de la politique. Une politique qui fait voler en éclats une autre administration publique après avoir fait exploser les hôpitaux et la justice. Et de voir cet homme politique, ancien ministre de l’Education, sauter en parachute dans un territoire qu’il ne connaît pas de cette élection, alors qu’on sait très bien qu’il ne reviendra pas, qu’il ne s’intéresse qu’à être élu au parlement… Comment ne pas y voir de l’obscénité ?