Affiche contre le statut de l’Irlande du Nord après le Brexit, près du port de Larne, dans le nord de Belfast, le 17 mai 2022 (AFP / Paul Faith)
Après des mois de blocage, le gouvernement britannique est passé à l’action lundi, en présentant au parlement son projet de loi, qui remet en cause le statut de l’Irlande du Nord après le Brexit, avec le risque d’une répression par les Européens qui poursuivent le texte illégal.
Alors que l’UE a menacé le gouvernement britannique de poursuites judiciaires, estimant que son initiative porte atteinte à la “confiance mutuelle”, Londres estime ne plus pouvoir attendre au vu de la paralysie politique provoquée par le protocole d’Irlande du Nord dans la province britannique.
Après avoir menacé d’abroger purement et simplement ce traité international, qu’il a négocié et signé, le gouvernement de Boris Johnson a choisi de faire voter une loi pour le modifier unilatéralement.
“Nous sommes très clairs sur le fait que nous agissons légalement”, a déclaré la ministre des Affaires étrangères Liz Truss à la télévision.
S’il est adopté, ce qui pourrait prendre des mois, le texte “mettra fin à cette situation précaire dans laquelle les habitants d’Irlande du Nord sont traités différemment du reste du Royaume-Uni, protégera la suprématie de nos tribunaux et notre intégrité territoriale”, a-t-elle ajouté. expliqué dans le communiqué, défendant une “décision raisonnable”.
Elle a réitéré que Londres reste ouverte à une solution négociée, mais seulement si l’UE accepte de “changer le protocole” et pas seulement de l’ajuster tel qu’il est actuellement.
La ministre britannique des Affaires étrangères Liz Truss fait une déclaration sur le protocole d’Irlande du Nord le 17 mai 2022 au Parlement, à Londres (PRU / -)
Le protocole vise à protéger le marché unique européen après le Brexit, sans provoquer le retour d’une distinction physique entre la province britannique et la République d’Irlande, membre de l’Union européenne, qui pourrait menacer la paix.
Pour résoudre cette quadrature du cercle, le gouvernement de Boris Johnson a convenu que l’Irlande du Nord devait rester de facto au sein du marché européen, établissant une frontière douanière en mer d’Irlande, avec contrôles et documents.
Déplorant la démarche britannique, le chancelier allemand Olaf Scholz a assuré que l’UE répondrait “de manière unifiée”, tandis que le ministre américain des Affaires étrangères Anthony Blinken a appelé Londres à “poursuivre les négociations de bonne foi” avec l’UE.
– Colère syndicaliste –
Si le texte n’est pas pleinement appliqué, il complique les approvisionnements et terrifie la communauté unioniste, qui estime que la place de la province au Royaume-Uni est en péril.
Alors que le principal parti syndical, le DUP, bloque depuis plusieurs mois la formation de tout exécutif local, le gouvernement londonien a annoncé mi-mai sa volonté de faire voter des lois.
En particulier, le gouvernement britannique souhaite que les marchandises qui circulent et restent au Royaume-Uni transitent par le Green Channel, les libérant des démarches administratives. Les marchandises destinées à l’UE resteront soumises à tous les contrôles et contrôles appliqués en vertu du droit européen.
Un manifestant masqué tient une plaque en soutien au protocole d’Irlande du Nord après le Brexit lors d’une visite du Premier ministre britannique Boris Johnson près du château de Hillsborough en Irlande du Nord le 16 mai 2022 (AFP / PAUL FAITH)
Selon le projet de loi, la province pourra bénéficier des mêmes aides d’État que le reste du Royaume-Uni et les différends seront résolus par un mécanisme d’arbitrage indépendant et non plus devant la Cour européenne de justice, qui est le principal point de litige. entre Londres et Bruxelles.
– “Réglages” –
“Honnêtement, il s’agit d’une série d’ajustements plutôt triviaux”, a déclaré Boris Johnson à la radio LBC. “Notre principal engagement en tant que pays est l’accord du Vendredi Saint, signé en 1998, pour mettre fin à trois décennies de violence entre unionistes, en particulier protestants, et républicains, à majorité catholique, tuant 3 500 personnes.
Liz Trus s’est expliquée en appelant lundi le vice-président de la Commission européenne Maros Shefcovic, qui a assuré que l’UE avait proposé des “solutions”.
Au cours d’une conversation avec son homologue britannique, qui n’a duré que 12 minutes, l’Irlandais Simon Cowney lui a reproché à Londres de “ne pas avoir participé à des négociations sérieuses”.
A Belfast, malgré le projet de loi, le DUP refuse toujours de se présenter pour un nouveau gouvernement, qui devrait être dirigé pour la première fois par le républicain Sinn Fein après sa victoire aux élections locales du 5 mai.
Le chef du DUP, Jeffrey Donaldson, a salué cette “étape importante”, mais a déclaré qu’il souhaitait voir le projet de loi passer par le parlement avant de prendre une décision.
Dans une lettre commune, les élus des partis représentant la majorité à l’assemblée locale (dont le Sinn Fein) ont déclaré “rejeter fermement” la loi britannique. Pour eux, “sinon idéal, le protocole est la seule protection disponible” contre les effets du Brexit, mais aussi un “avantage économique” avec “l’accès à deux marchés principaux”.
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