Chère Mme Lévesque,
Alors que nous nous apprêtons à fêter les 100 ans de feu votre frère René, je souhaite que tout cela se fasse dans la plus belle des fraternités. Croyez-moi, cela m’attriste de savoir que vous êtes en colère, et si je peux le rassurer par ces quelques mots, je m’engage à mon tour à vous les écrire.
Dans votre lettre, vous m’invitiez à faire preuve de plus de rigueur et d’équilibre dans l’évaluation d’un élément central de l’héritage de votre frère, soit l’outil politique qu’il a créé, le Parti québécois. Dans l’intérêt de la vérité, personne ne peut contester le rôle fondamental que ce parti a joué dans notre histoire récente. C’est tellement important que c’est acquis.
Courtoisie photo
Alice Lévesque, soeur de René Lévesque
mots lourds
Oui, lors d’une récente entrevue, j’ai eu des mots durs à propos de plus d’une formation politique, dont le Parti québécois, mais j’en ai aussi eu des bons. J’ai mis en garde contre les prévisions trop rapides, disant “qui connaît l’avenir”, “riche de toutes les possibilités”. J’ai répété que l’indépendance était une “nécessité politique”, que “le rêve est toujours là”. J’ai précisé que “je ne m’attends pas à ce que PQ disparaisse”. C’est la somme de mes propos – dans une interview à l’écran de plus de vingt minutes – qui forment un ensemble bien plus nuancé que ce que quelques titres ont pu définir ou ce que voudront croire activement ceux qui le font encore, politique de guérilla.
grand démocrate
La mémoire du grand démocrate, comme ton frère, m’inspire quand je dis du véhicule, qui est le Parti québécois, que « si » – et j’insiste « si » – les gens n’en veulent pas plus, il faudra choisir une autre. On sait très bien que M. Lévesque est allé plus loin, en distinguant fortement les idées des partis et en appelant ces derniers « à insérer dans leurs statuts une clause prévoyant que[s] disparaît[ont] dans le temps » évoque même l’idée qu’il est court comme une génération. De cette façon, je l’avoue, le Parti libéral serait probablement mort et enterré depuis longtemps. À dix et seize ans d’existence, CAQ et QS approcheraient presque de la fin de leur vie utile.
La vérité est que ce n’est pas à moi ou à qui que ce soit d’autre d’ordonner la mort d’un parti, ni sa survie, mais les électeurs. C’est ce que j’ai dit. Pour le reste, nous aurons une petite partie de la réponse en octobre, mais encore une fois cela ne peut pas être définitif.
Quant à moi, compte tenu de vos commentaires, j’entends chercher à rendre hommage à votre frère en plus de sa mémoire, de son héritage et de ce qu’il mérite le plus. Tu le reconnais, je respecte et j’aime ton frère.
Avec, à mon tour, mes respectueuses salutations.
Lucien Bouchard,
Ancien premier ministre du Québec. Ancien chef du Parti du Québec. Ancien chef du bloc québécois
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