France

“J’étais un compagnon de Cédric Jubilar”

Par notre envoyé spécial dans le Tarn Arnaud Bizot le 01/09/2022 à 06:55, Mis à jour le 01/09/2022 à 00:23

“L’Etoile du Tarn” est le surnom qu’il s’est choisi. Principal suspect dans l’affaire liée à la disparition de sa femme dans la nuit du 15 au 16 décembre 2020, Cédric Jubilar n’est pas proche de la provocation. Dans les semaines qui ont précédé l’inculpation, Séverin a partagé sa routine quotidienne. Malgré leur intimité, elle ne sait toujours pas si l’ancien plâtrier de 34 ans est “soit complètement con, soit extrêmement intelligent”. Portrait d’une énigme.

Ses fanfaronnades, son célibat, les monstruosités dont il se moquait de moi m’ont sérieusement choqué au début », raconte Séverin, 45 ans. Séverin a vécu deux mois dans l’intimité de Cédric Jubilard, de mi-avril à mi-juin 2021. Delphine n’avait disparu que quatre mois plus tôt ; mais Cédric Jubilar avait déjà eu deux autres aventures. “Je pensais qu’il avait oublié très vite”, poursuit-elle. Séverine rêverait d’être “psychologue ou mentaliste” comme dans la série télévisée. Mère de deux fils issus de syndicats différents, elle travaillait dans la lingerie du service psychiatrique de l’hôpital d’Albi. “J’aime le monde fou”, dit-elle de sa voix grave, blessée par la vie et par les hommes “décevants”.

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Drôle, friponne, transgressive, “comme Cédric”, la tête bien appuyée sur les épaules, elle embrasse son petit côté fou. « J’aime être utile. “Pendant ces deux mois de vie commune, elle s’est sans cesse remise en question, essayant d’analyser le personnage. Coupable, pas coupable ? « Je suis passé du doute à la certitude et vice versa. J’étais à l’aise avec lui sans l’être complètement. Parfois, je me demandais : « Et s’il me poignardait au milieu de la nuit ? Et si sa femme réapparaissait soudainement dans la maison ? Tout a commencé après la découverte de Séverine. En rémission d’un cancer du sein, elle chasse occasionnellement les indices avec son fils aîné qui, adolescent, n’avait que vaguement connu Cédric Jubilard. Tous deux le considèrent comme innocent.

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Quand je me suis présenté avec lui, j’en ai pris plein la face : un alcoolique, un drogué, un homme… Il faut avoir les nerfs.

En avril 2021, ils trouvent un pull enfoui sous terre. Des morceaux de vieux tissu avec des trous dépassent. Séverin prévient les gendarmes : « Ils se sont présentés à quatre heures. » Elle envoie ensuite la photo du pull à Cédric Jubillar, à qui elle a envoyé un message de sympathie et de soutien sur Messenger peu avant. Le pull ne lui disait rien. “Je l’ai invité à manger à la maison avec mon fils et des amis. Il est resté endormi à cause de la prison. Notre histoire a commencé à partir de là. Nous allions bien. »

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Séverin évitera de parler de Delphine Jubilar à son compagnon. “Mais un jour je lui ai dit : ‘Dis-moi ce que tu as fait de ta femme…’ Il m’a répondu œil pour œil, très sérieusement : ‘Je l’ai enterrée dans la maison qui a brûlé !’ [La grange d’un corps de ferme proche du domicile des époux Jubillar, à Cagnac-les-Mines, a pris feu le 15 avril 2021.] « Tu me mets en colère, Cédric ! Tu m’en fais douter. Et vous avez allumé le feu ? – Oui!” – répond-il avec assurance. “L’enquête l’a justifié en démontrant qu’il a été détenu ce jour-là sur un chantier trop éloigné…” Je lui ai également demandé pourquoi il avait appelé les gendarmes si rapidement, seulement vingt minutes après son disparition de sa femme : « Je me suis levé à 6 heures pour le travail, je m’en foutais. » Sa réponse était si naturelle… Un coupable dirait ça ? »

Farniente dans le parc, un jour du printemps 2021, quelques mois après la mystérieuse disparition de Dolphin. ©DR

Séverine commence à comprendre cet homme, décrit par un expert psychiatre comme “tonique en réponse, immature, régressif, aux expressions verbales très grossières”. “Il a construit une coquille pour se protéger du monde extérieur”, dit-elle. Son caractère le protège. Il ne cache rien. Il lui disait souvent, parlant notamment des gendarmes : « Ils me prennent pour un con, ils veulent jouer, alors on va jouer. “Elle pense que ‘la couverture médiatique de l’affaire lui est un peu montée à la tête’ et se souvient de ce selfie d’eux deux enlacés. Il a dit : « Mets-le sur ton profil ! “Elle suggère qu’il le mette sur le sien : ‘Si vous avez les couilles.’ Il le fait immédiatement. Ce selfie va provoquer un petit scandale à Cognac-les-Mines et mettre le feu aux réseaux. “J’ai pris tout son visage : malsain, alcoolique, drogué, mangeur d’hommes. La méchanceté des gens… Vous devez avoir du culot ! »

Sous son air grandiose, je l’ai vu pleurer pas mal. Il cherchait des explications

Mais rien ne semble arrêter Séverin. Elle rencontre, au cours d’une enquête approfondie, un homme considéré comme le principal suspect. “Le tueur parfait”, a-t-il dit de lui-même à l’époque. Le téléphone de Séverin est sur écoute. Les gendarmes surveillent ses déplacements et ceux qu’elle effectue avec son compagnon. Lui, tant qu’il ne leur bousille pas le nez. Un après-midi, ils firent une pause au bord du lac de Homps, à Cagnac. La voiture de Séverine est garée dans l’herbe alors que le parking est à 20 mètres. Le gendarme lui demande de le déplacer, puis le jette sur Cédric Jubilard qui, allongé au soleil, rigole : « Quand on t’attrapera, tu seras moins malin. » Au psychiatre habilité à l’évaluer, Cédric Jubilar évoquera aussi son côté enfantin, rappelant cette phrase de « madame », comme d’un ton amer devant l’expert il nomme sa femme : « Tu as encore 5 ans ou quoi? »

Spring Walk en 2021 L’expertise psychologique de Jubillar pointe vers une personne « égocentrique et jamais déstabilisée ». Sa prochaine audience est prévue le 23 septembre © DR

Chaque semaine, lorsqu’il n’a pas la garde de son fils cadet, Séverin s’installe à Cagnac. Cédric Jubillar a proposé d’aménager une chambre pour son fils. Elle refuse. Il se lève tôt pour aller travailler et rentre à la maison en fin d’après-midi. Enfin, il commença à ranger un peu le jardin, tâche indescriptible. « Il ne savait pas où aller », sourit Séverine, qui va faire beaucoup de ménage à l’intérieur de la maison : « Ah ! ça, je brique! Le matin, elle conduit la fille de Jubilaria, Elia, 18 mois, à la garderie, puis Louis, l’aîné, 7 ans, à l’école. Le soir, Cédric Jubilar joue avec eux et vérifie les devoirs de son fils. « Il peut être charmant avec lui, dit Séverin, et puis s’impatienter tout d’un coup, tout bouleversé, par exemple, d’un poème mal appris. Bloque l’enfant. Puis je l’ai emmené dans un coin à part, nous avons étudié ensemble, tranquillement, et en un rien de temps il a su sa poésie, l’a récitée fièrement à son père halluciné, “C’est bien, ma chérie.” J’ai répété à Cédric qu’il était inutile de crier dessus. Aux dires de tous, Cédric Jubilar est ainsi fait, charmant et soudain flippant. “En colère mais aussi vite séduisant”, écrit le psychiatre. Un sketch que Séverine résume en un mot : « doux ». Ces deux-là se sont trouvés, mais ils se battent aussi.

Photo de dauphin postée sur Facebook en septembre 2020 © DR

“Je sais, je suis un con”, avoue-t-il parfois, comme le rapporte Ronan Folgoas, grand reporter à la Parisienne, dans le livre qu’il a dédié à l’occasion, Le Mystère Jubillar, chez Studiofact. Le jour de son mariage, écrit-il, Cédric se faufile chez un membre de la famille de sa femme : « Maintenant que je suis marié, je vais avoir du temps à moi pour mes petites affaires… et un peu de plaisir ! Son interlocuteur le trouve assez “tordu”. Autre anecdote : en 2018, Jubillard était l’un des agents vendant des billets de tombola à l’école de Cagnac. Il détient le record de billets vendus, mais “son revers, son ton parfois agressif et menaçant” choquent. Tout comme ce jour de 2019 où il était cette fois affecté au stand saucisses-merguez-frites du vide-grenier champêtre. Il manipule la nourriture dans son bec, disant aux impatients et impatients d'”aller ailleurs”. Enfin, lors des élections municipales de mars 2020, il s’est présenté au bureau de vote de Cagnac portant un masque à gaz dans la combinaison rouge des braqueurs de la série “La casa de papel”. “Juste du délire”, a-t-il confié à Ronan Folgoas.

Parfois, je me demandais : « Et s’il me quittait au milieu de la nuit ?

La semaine où Séverin garde son fils cadet, Cédric Jubilar emménage avec elle,…