La directrice de la Banque centrale européenne (BCE), la Française Christine Lagarde le 9 juin 2022 à Amsterdam. JOHN CELA / AFP
La Banque centrale européenne (BCE) a décidé jeudi 9 juin de suspendre ses mesures de soutien en espèces en mettant fin à des années d’achats d’actifs et a annoncé qu’elle relèverait ses taux d’intérêt directeurs en juillet pour lutter contre l’inflation – ce qui ne s’était pas produit depuis plus de dix ans. Annoncées à l’issue d’une réunion du Conseil des gouverneurs déménagé à Amsterdam, ces décisions attendues marquent un tournant historique après des années d’une politique d’argent bon marché et abondant.
Alors que d’autres grandes banques centrales ont déjà commencé à durcir leur politique monétaire, les dépositaires de l’euro “ont l’intention de relever les taux directeurs de 25 points de base lors de la réunion de juillet”, avant “une nouvelle hausse en septembre”, selon le communiqué. Il s’agira de la première hausse des taux d’intérêt depuis mai 2011.
La dynamique de l’inflation s’accélère depuis la guerre en Ukraine
Depuis décembre, la BCE a été surprise par la dynamique de l’inflation, qui s’est encore accélérée en raison de la guerre en Ukraine. Il a atteint 8,1 % sur un an en mai, avec quatorze pays (sur dix-neuf de la zone euro) au-dessus de cette moyenne. Du jamais vu avec l’introduction de la monnaie unique et un niveau quatre fois supérieur à l’objectif de la BCE, fixé à 2%.
La baisse attendue des prix se faisait attendre depuis longtemps : la BCE a fortement relevé jeudi sa prévision d’inflation à 2024. L’institution table désormais sur une inflation de 6,8 % en 2022, qui devrait ensuite ralentir à 3,5 % en 2023, mais reste à 2,1 %, au-dessus. l’objectif de 2 %, même en 2024. Mais « si les perspectives d’inflation à moyen terme se maintiennent ou se dégradent », une remontée des taux d’intérêt plus élevés, au-dessus de 25 points de pourcentage, « sera de mise lors de la réunion de septembre », prévient la BCE.
Depuis plusieurs semaines, les “faucons” de l’institution, partisans d’une plus grande austérité monétaire, plaident pour des hausses de 50 points de base.
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D’autres banques centrales confrontées à une inflation élevée, telles que la Fed (réserve fédérale) et la Banque d’Angleterre, ont déjà entamé un cycle de hausse des taux d’intérêt.
Fin du rachat d’actifs
La BCE est coincée dans un calendrier très progressif de resserrement des fonds, et s’en retirer nuirait désormais à sa crédibilité. Ainsi, l’institution a confirmé jeudi qu’elle mettrait fin “au 1er juillet” à ses achats nets d’actifs, condition sine qua non avant de commencer à remonter les taux d’intérêt.
Menant, avec des taux directeurs négatifs, ses actions contre la déflation, ces programmes ont permis à la BCE d’acheter des obligations sur le marché en représailles pour réduire le coût de financement et relancer l’économie. La somme colossale d’environ 5 000 milliards d’euros d’obligations a été achetée par la BCE depuis 2015. Face à une inflation galopante, ce soutien n’est plus nécessaire.
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Il est difficile de sortir de la politique de taux négatifs lancée en 2014, qui a provoqué des vagues de critiques, notamment en Allemagne. Cette politique fait que les banques sont taxées – −0,5 % à ce jour – sur leurs dépôts confiés aux Banques Centrales en raison de l’absence de leur répartition sous forme de crédits.
La BCE doit veiller à ne pas perturber la croissance européenne, déjà fortement ébranlée par les effets de la guerre en Ukraine. Ainsi, l’institution a abaissé jeudi sa prévision de croissance annuelle : la hausse du produit intérieur brut (PIB) devrait se limiter à 2,8 % en 2022 dans la zone euro, avant 2,1 % en 2023, contre 3, 7 % et 2,8 % dans la zone euro. dernières prévisions pour mars.
La BCE doit également veiller à ce que la hausse des taux d’intérêt ne conduise pas à une fragmentation du marché de la dette souveraine de la zone euro, en d’autres termes, à ce que les pays européens n’empruntent pas à des niveaux très différents.
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Le monde avec l’AFP
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