Le commissaire aux Affaires économiques Paolo Gentiloni (à gauche) et le vice-président de la Commission européenne Valdis Dombrovskis à Bruxelles (Belgique), le 23 mai 2022 OLIVIER MATTHYS / AP
Reviendra-t-on un jour aux règles budgétaires qui doivent régir les finances des pays de la zone euro ? La crise pandémique du Covid-19 les a fait voler en éclats, poussant la Commission à suspendre en mars 2020 le pacte de stabilité et de croissance qui impose aux Européens de limiter respectivement leurs déficits publics et leur dette à 3 % et 60 % du produit intérieur brut (PIB). ). Cet état d’urgence, qui avait déjà été prolongé une fois en mars 2021, devait durer jusqu’à fin 2022. Lundi 23 mai, l’exécutif communautaire a encore repoussé le délai d’un an.
L’invasion de l’Ukraine par la Russie a mis un frein brutal à la reprise que connaît le Vieux Continent depuis la pandémie. Le 16 mai, la Commission a revu ses prévisions à la baisse. Elle parie désormais sur une hausse de 2,7 % du produit intérieur brut (PIB) en 2022 au sein de l’Union européenne (UE), alors qu’elle tablait sur une croissance de 4 % en février 2022. Mais « les trois quarts de cette croissance s’expliquent par la l’acquis communautaire pour la croissance en 2021 », indique Paolo Gentiloni, commissaire aux Affaires économiques, qui n’exclut pas un scénario plus sombre et estime possible de revenir à une « croissance négative ».
“Pas un chèque en blanc”
Les perspectives d’inflation ne sont pas meilleures. La Commission s’attend à une hausse des prix de 6,8 % dans l’UE en 2022. La guerre a provoqué une nouvelle flambée des prix de l’énergie, mis sous pression les marchés agroalimentaires et accru les perturbations des approvisionnements industriels. Par ailleurs, les contraintes qui se multiplient en Chine face à la reprise de la pandémie accentuent les tensions dans les chaînes de valeur et pèsent également sur les prix.
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Dans ce contexte, les Européens veulent à tout prix éviter le scénario qui a suivi la crise financière de 2008, lorsqu’ils ont resserré le déficit budgétaire trop tôt et stoppé la reprise à ses débuts. La pandémie a entraîné une augmentation de la dette du jeune de 27 ans – elle représentait en moyenne près de 90 % du PIB fin 2021 – et a creusé l’écart entre les pays. Ainsi, ce ratio atteint près de 200% pour la Grèce, 150% pour l’Italie, 110% pour la France et 70% pour l’Allemagne. Un retour aux critères de Maastricht semble donc irréalisable, comme l’a confirmé la décision de la Commission lundi.
“Ce n’est pas un chèque en blanc”, a prévenu Paolo Gentiloni, qui sait à quel point l’Europe reste divisée sur les questions budgétaires. La Commission recommande également que les pays les moins endettés se concentrent sur les investissements pour stimuler l’économie européenne, tandis que les pays les plus endettés devraient commencer à réduire leur dette. Il souhaite notamment que la France réduise ses dépenses publiques et entame une réforme des retraites. “La suspension du pacte de stabilité ne signifie pas que tous les pays peuvent faire ce qu’ils jugent bon”, a prévenu le vice-président de la Commission Valdis Dombrovskis, qui n’a pas souhaité suspendre un an plus le pacte de stabilité.
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