France

La Couronne a fait appel de l’affaire devant Jacques Delil

L’ancien juge Jacques Delil n’en a pas fini avec la justice. Le ministère public a fait appel de la suspension des poursuites contre l’homme de 86 ans, trois semaines après son acquittement des accusations de meurtre avec préméditation à son encontre.

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L’avis d’appel a été déposé jeudi en fin de matinée au greffe de la Cour de Québec.

La Couronne soutient notamment que la décision du juge Jean-François Emon « prive la société du bénéfice d’un nouveau procès dans lequel toutes les preuves recevables à l’appui de l’accusation de meurtre pourraient être présentées publiquement et évaluées par douze citoyens ».

Cela entraverait le processus fondamental de recherche de la vérité ; qui dans le contexte est susceptible de compromettre la confiance du public dans l’administration de la justice », ont poursuivi les procureurs au dossier, Me François Godin et Me Julien-Beauchamp-Laliberté.

Nous vous rappelons que le 8 avril, le juge de la Cour suprême Jean-François Emon a reporté la suspension des poursuites contre Jacques Delil, invoquant la “négligence inacceptable” d’un expert du ministère public dans le dossier.

La pathologiste du Laboratoire de sciences judiciaires et de médecine légale aurait omis, entre autres, de prélever, photographier et documenter des zones du cerveau de la défunte lors de son autopsie.

Cette “négligence grave” priverait la défense de preuves “très pertinentes”, car elle pourrait éclairer l’angle de tir et la trajectoire du projectile. Ces questions étaient importantes pour expliquer la thèse du meurtre ou du suicide.

Le ministère public considère que le juge Emon a commis une erreur en appliquant la loi à l’existence d’une culpabilité ou d’un abus d’État, concluant que le pathologiste a fait preuve d’une “négligence inacceptable” en l’espèce.

Il a également commis une erreur de droit en concluant que le procès serait “inévitablement inéquitable”, justifiant ainsi la suspension de la procédure avant même que l’ensemble des preuves n’ait été présenté au jury.

La Couronne affirme que le juge Emon s’est prononcé “prématurément sur des questions qui auraient dû être tranchées par le jury” et qu’il a accordé “une importance excessive” à l’expertise de l’accusation sur la question du tir angulaire.

Elle a confirmé que le meurtre restait un verdict possible pour les jurés, compte tenu de toutes les preuves en possession du parquet, et qu’aucun expert ne pouvait écarter cette possibilité jusqu’à présent.

Suite de la saga

Rappelons que Jacques Delil a été reconnu coupable du meurtre avec préméditation de sa femme et condamné à la réclusion à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle pendant 25 ans en 2012.

Après avoir épuisé tous ses moyens pour contester cette condamnation, Jacques Delil a saisi le ministre fédéral de la Justice d’un recours en révision judiciaire. Il a également présenté pour la première fois sa version des faits, dont il n’a pas témoigné lors du procès à son encontre.

Cette version des faits serait “incompatible avec des aspects importants de sa défense présentée lors du premier procès”, a déclaré la Couronne dans son avis d’appel.

Le 7 avril 2021, le garde des sceaux a ordonné un nouveau procès dans cette affaire, se disant convaincu qu’une erreur judiciaire avait probablement eu lieu. Après neuf ans derrière les barreaux, Jacques Delil a été libéré sous condition.

En août 2021, les avocats de l’ancien juge ont déposé une requête en suspension de la procédure, qui a été discutée en novembre. Le 8 avril, le juge Emon a accepté les arguments de la défense et a ordonné la suspension de la procédure.

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