France

la délocalisation comme moyen de faire face aux pénuries

AFP Publié le samedi 10 septembre 2022 à 09h45

« Des étagères à approvisionner en octobre » : pour pallier la pénurie actuelle de moutarde, les producteurs bourguignons des graines utilisées pour fabriquer l’épice vont plus que doubler la production, jusqu’ici largement supplantée par la concurrence canadienne.

Dans les supermarchés, hypermarchés et épiceries en France, les pots de moutarde de Dijon sont rares, voire absents. “Un pot par foyer”, limitez le nombre d’affiches placardées sur les étagères vides.

La pénurie, qui est largement antérieure à la guerre en Ukraine, est en fait due à une vague de chaleur qui a réduit de moitié la récolte de graines de moutarde du Canada en 2021. Premier producteur mondial, ce pays fournit environ 80 % des graines, les 20 % restants étant presque entièrement produits en Bourgogne.

“Il est donc très important d’augmenter ce taux pour faire face aux aléas climatiques, qui sont différents selon les pays”, a déclaré à l’AFP Luc Vandermasen, président de l’Association de la moutarde de Bourgogne (AMB), qui regroupe les oléiculteurs et producteurs de moutarde. graine de moutarde.

Autrefois très répandue, la culture locale de graines a fait la réputation de la région dijonnaise dès le Moyen-Âge, mais la multiplication des attaques d’insectes, que la filière ne peut plus combattre avec des produits chimiques déjà interdits, a divisé la production en trois en quatre ans, de 12 000 tonnes en 2017 à 4 000 tonnes en 2021, alors que les moutardiers en voulaient 16 000.

Mais “les problèmes canadiens ont ravivé l’importance de la filière en Bourgogne”, explique Fabrice Genin, président de l’Association des producteurs de graines de moutarde de Bourgogne (APGMB).

« Oui, il y a des problèmes de relocalisation. Nous ne pouvons pas mettre tous nos œufs dans le même panier », a déclaré M. Vandermeisen, également directeur général de Reine de Dijon, troisième producteur français de moutarde.

Par conséquent, en juin, une invitation a été lancée aux producteurs locaux dans le but de multiplier par 2,5 la superficie ensemencée en graines, c’est-à-dire 10 000 hectares contre 4 000 en 2022.

– Prix plus du double –

Pour les motiver, les moutardiers ont mis la main à la pâte : “Nous avons plus que doublé le prix” proposé pour le grain de Bourgogne entre les récoltes 2021 et 2023, avoue M. Vandermasen.

De 900 € en 2021, les prix sont passés à 1 300 € en 2022, ce qui a déjà divisé par deux la production. Pour 2023, les producteurs de moutarde proposent 2 000 euros la tonne.

Les candidats ont afflué à ce prix. “L’appel a été entendu : nous avons un peu plus que les 10 000 hectares souhaités et le nombre de producteurs est passé de 160 à plus de 500. C’est plus que prévu”, explique Jérôme Gervais, expert moutardier à la Chambre de Côte d’Or. de l’Agriculture.

Parce que le prix alléchant a fait revenir la brebis perdue à la moutarde. Comme François Detin, agriculteur à Agencourt (Côte d’Or) : “le prix qu’on nous propose nous permet de rentrer dans nos griffes”, même avec le bond des engrais dû à la guerre en Ukraine, explique-t-il.

François Détain a abandonné cette culture en 2019 en raison d’un “rendement désastreux avec un printemps très sec et des insectes”. Mais aujourd’hui “la graine est bien plantée” par rapport aux céréales, colza ou tournesol. “Surtout après la chute des prix des céréales et des oléagineux.

“Pour nous, c’est une sorte de revanche de pouvoir restaurer la culture locale”, dit-il.

Le coût du fret, qui a augmenté depuis 2021, relativise également le coût plus élevé de la semence bourguignonne par rapport à la semence canadienne, de « 15-20 % », selon M. Gervais.

Résultat, « il faut produire 15 000 tonnes en 2023 », soit 40 % des besoins en moutarde. “Nous serons le deuxième semencier desservant Dijon”, après le Canada, a salué l’expert.

“Les rayons seront donc réapprovisionnés en octobre” grâce à la récolte bourguignonne 2022 déjà plus importante, après quoi “la pénurie disparaîtra complètement début 2023”, a prédit M. Vandermaesen. “Nous sommes très confiants pour Noël”, dit-il.