Le sarcophage du prêtre Nedjemanh lors de sa restitution au Caire, le 1er octobre 2019. KHALED DESOUKI / AFP
Dans l’enquête sur le trafic d’antiquités égyptiennes, qui a conduit le 25 mai à des poursuites contre Jean-Luc Martinez, ancien président du Louvre d’Abu Dhabi, une famille au rôle important, celui de fournisseur, a comparu. Les Simonians, des marchands d’art opérant dans un somptueux immeuble de l’Oberstrasse, une rue calme et bordée d’arbres dans un quartier résidentiel de Hambourg, en Allemagne. Ce seraient eux qui auraient déclenché le scandale, selon les éléments – notes de synthèse et procès-verbal d’audience – recueillis par les enquêteurs français et consultés par Le Monde. La police travaille dans le cadre d’une enquête ouverte en 2018 et dirigée par le juge Jean-Michel Gentil. Sans les Simoniens, il n’y a pas de pièces à disperser. Sans eux, il n’y a pas de vente.
Aucun des membres de cette famille n’a encore été entendu par le tribunal. Cependant, des mandats d’arrêt européens ont été émis en septembre 2020 contre trois membres de la famille vivant en Allemagne, et leurs domiciles ont été perquisitionnés en août de la même année. “Nous ne les avons pas extradés pour deux raisons, dont l’une était familiale, car certains ont des enfants en bas âge. L’autre selon le principe Non bis in idem, qui ne permet pas d’être jugé deux fois pour la même chose. Il faut terminer les investigations en Allemagne, ce qui serait impossible s’ils étaient envoyés en France”, a déclaré un porte-parole du parquet de Hambourg, rappelant que ces trois personnes n’ont pas encore été entendues par la justice allemande.
Lire aussi : Article réservé à nos abonnés. Le service des musées français est “désarmé” pour détecter les trafics
Simon Simonyan, Hagop et Serop, ses deux frères, gardent une grande part de leur mystère aux yeux des policiers de la Direction centrale de lutte contre le trafic des biens culturels (OCBC). Pourtant, ces derniers, croisant leurs informations à travers des auditions et des gardes à vue, ainsi que des e-mails utilisés par leurs confrères américains, ont commencé à identifier, en l’absence d’individus, encore flous, la méthode. Il en faut pour acheter de grandes œuvres des musées les plus prestigieux du monde.
Déjà le métropolite de New York (Met) a dû accepter que le sarcophage du prêtre Nedjemanh, acheté en 2017, ne quitte pas l’Égypte et le restitue au Caire en 2019. Cinq autres œuvres de même provenance ont été saisies le 1er juin. Le Louvre d’Abu Dhabi, qui a acquis sept œuvres sur la même chaîne, pourrait également devoir s’en séparer.
Sur le radar depuis 2013
Décédé en 2020 aux Etats-Unis, Simon Simonyan serait, selon St. Matthew Bogdanos, procureur adjoint à Manhattan, le “cerveau” de l’affaire. Son frère Serop, né au Caire en 1942, et naturalisé allemand, qui dirige officiellement une société de numismatique, Dionysos Coins and Antiquities – injoignable pour son numéro de téléphone – aura la prédominance sur le marché européen après enquêteurs. Le marchand, qui aime se faire donner le Herr Doctor, détient pas moins de 25 000 antiquités entreposées en Europe et au Moyen-Orient. Le 28 juillet 2020, l’OCBC soulignait, comme on peut le lire dans la procédure, “l’importance de sa position dans le trafic international des antiquités, préservé depuis de nombreuses années” et suggérait que toutes les données y afférentes soient réexaminées. Mis en relation par mail depuis Le Monde, Serop Simonyan n’a pas répondu à notre demande d’interview.
Il vous reste 72,31% de cet article à lire. Ce qui suit est réservé aux abonnés.
Add Comment