France

La France est dans une “phase critique” du réchauffement climatique

Publié le : 05/10/2022 – 18:54

La menace de la sécheresse plane sur la France. Avant même le début de l’été, quinze départements sont déjà soumis à des restrictions d’eau. Les agriculteurs assurent déjà que la période actuelle affectera la récolte. Décryptage.

Tout le monde refuse de parler de catastrophe à ce stade. Mais tous les signes d’une sécheresse record sont là. La FNSEA, syndicat agricole majoritaire, a publié mardi 10 mai un rapport alarmant : “Aucune région n’a été épargnée. Avec chaque jour qui passe, nous voyons la fissuration du sol. Hier j’étais chez un fermier du Puy de Dom, il arrosait son blé. Si cela continue, ceux qui ont la possibilité d’irriguer pourront faire face, les autres auront une chute dramatique des rendements”, a prévenu Christian Lambert, son président auprès de l’AFP. “D’octobre à novembre, il y a d’énormes sécheresses au Portugal et en Espagne, qui se multiplient en Occitanie et en Provence et dans la vallée du Rhône. Ce qui est inhabituel cette saison, c’est que la sécheresse touche les régions au nord de la Loire”, a-t-elle poursuivi.

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De nombreux secteurs sont touchés

La même demande d’urgence au ministère de l’Agriculture. “Les cultures d’hiver, comme le blé ou l’orge, qui sont aujourd’hui en phase de développement, commencent à connaître des situations qui vont affecter les rendements”, explique-t-on rue de Varenne. Le temps sec et chaud de fin avril et début mai peut également, s’il persiste, affecter les cultures de printemps comme le tournesol, la betterave et le maïs, ainsi que les aliments nécessaires à l’alimentation des animaux.

11:54 Élément Terre. ©France 24

Les risques encourus l’emportent sur les pertes agricoles. “En plus de l’agriculture, la sécheresse a un impact significatif sur de nombreux autres secteurs, tels que les bâtiments”, a déclaré Emma Haziza, hydrologue. Nous voyons que de plus en plus de maisons s’effondrent. C’est un phénomène nouveau en France. Ces dommages sont beaucoup plus coûteux que les inondations et auront de graves conséquences économiques à long terme. La sécheresse a également un impact sur la production d’énergie, car les centrales nucléaires ont besoin de grandes quantités d’eau pour refroidir les réacteurs. »

La sécheresse, première conséquence visible du changement climatique

En cause, la hausse des températures enregistrée au printemps et en avril “avec un déficit de 25% de précipitations”. Pour Météo-France, cet “épisode caniculaire” est “remarquable par sa maturité prématurée, son endurance et son étendue géographique”. Mais la sécheresse est surtout due aux très faibles précipitations de cet hiver. En soi, “ce nouvel épisode sur terre est exceptionnel, mais pas inédit”, estime Emma Haziza. En revanche, ce qui est nouveau, c’est le manque de pluie observé durant les quatre mois d’hiver. En plus des températures élevées pour la saison, les niveaux d’eau n’ont pas pu être remplis. Puis on se retrouve vite dans une phase critique, sachant qu’on n’est même pas proche de l’été. »

L’hydrologue est formel : « Le manque de pluie est directement lié au changement climatique, il n’y a plus de doute. La sécheresse est l’un des premiers effets visibles. Ça va de plus en plus vite chaque année. La France fait face à une “sécheresse brutale”, un phénomène observé jusqu’ici dans les pays chauds, qui assèche les sols et les cultures en seulement cinq jours.

Toutes les régions ne sont pas égales face à ce phénomène. “On voit que les niveaux souterrains de certaines zones sont très réactifs et se remplissent facilement quand d’autres ne se remplissent pas.” Ainsi, les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur, Méditerranée, Grand-Est et toute la région Poitou-Charentes sont particulièrement touchées par les pénuries d’eau. “Mais on voit bien qu’aujourd’hui, même des régions qui se croyaient épargnées par la sécheresse, comme le nord de la France, la Belgique ou encore le nord de l’Europe, commencent aussi à en subir les conséquences”, a-t-il dit.

Des mesures urgentes, mais surtout un besoin d’adaptation

Quinze départements ont déjà fait l’objet de restrictions pour faire face à l’urgence. Elles vont de l’encouragement aux économies d’eau (étape de vigilance) à l’interdiction d’arroser les jardins ou les champs à certaines heures (avertissement), ce qui peut conduire à une réduction de 50 % des prélèvements d’eau. l’eau à des fins agricoles ou l’interdiction totale des prélèvements d’eau pour laver les voitures ou arroser les espaces verts (avertissement renforcé).

Après des réunions avec des agences de l’eau et des experts agricoles, les ministères ont également annoncé que le guichet de la “troisième révolution agricole”, ouvert en avril pour aider les agriculteurs à faire face au changement climatique et initialement de 20 millions d’euros, devrait être complété par “20 millions supplémentaires”. million.”

Fin avril, le gouvernement a également annoncé que les agences de l’eau pourraient dépenser 100 millions d’euros supplémentaires pour aider les secteurs agricoles à s’adapter au changement climatique ou à construire des réservoirs d’eau.

Je ne suis pas sûr que ces mesures suffisent à enrayer le phénomène. “Aujourd’hui, tout le système est en concurrence, nous sommes pleinement impliqués dans le changement climatique”, a déclaré Emma Haziza.