France

La nomination du conseiller de Macron à la cour d’appel de Bastia est passionnante

L’Union de la magistrature (USM), largement majoritaire dans l’appareil judiciaire, a lancé une guerre contre la proposition de nommer Ellen Davo, l’actuelle conseillère justice au cabinet de la république, comme première présidente de la cour d’appel de Bastia. “Il s’agit d’une nomination politique, alors que les magistrats sont bien plus compétents qu’ils ne l’ont demandé”, a déclaré Céline Pariso, présidente du syndicat, qui a tenu son conseil national vendredi 10 juin.

Mme Davo a passé la majeure partie de ses vingt-cinq ans en tant que juge extrajudiciaire. L’USM lui reproche notamment de n’avoir jamais présidé de tribunal avant d’avoir accès, fût-ce modestement, au président d’une cour d’appel – il ne supervise que les juridictions de Bastia et d’Ajaccio. En termes d’expérience judiciaire, elle était la plus faible parmi les onze candidats, selon Le Point.

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Conseillère d’Emmanuel Macron depuis décembre 2019, elle a eu le dessus dans la nomination des procureurs aux postes stratégiques et suit les retours du président sur les enquêtes en cours sur les dossiers sensibles. Il arriverait aussi qu’elle s’oppose à Eric Dupont-Moretti sur certaines décisions relevant de la compétence du ministre. Elle a été convoquée à l’Elysée après deux ans et demi en tant que directrice adjointe du cabinet de Nicole Belube au ministère de la Justice. Auparavant, elle a notamment été magistrate de liaison à Madrid et a contribué à réduire les tensions entre la France et l’Espagne dans la poursuite du terrorisme basque.

Entretien CSM non publié

La controverse n’est pas rare sur les rappels de magistrats reçus par les ministres du cabinet ou l’administration centrale du ministère. Mais cela s’applique aux nominations au bureau du procureur. Le gouvernement exerce un contrôle sur la sélection des procureurs et des procureurs. Cela permet de suspecter des nominations faites ici et là sur des critères politiques, même si l’accord du Conseil supérieur de la magistrature (CJS) est systématiquement requis depuis dix ans.

Ici le cas est différent. C’est la fonction du magistrat du siège. Mme Davo ne doit donc pas cette nomination au ministre de la Justice, au Premier ministre ou au président de la République, qui voudraient la récompenser. L’auteur est le CSM, organe constitutionnel chargé d’assurer l’indépendance de la justice par son pouvoir de nomination des hauts magistrats. Légalement, le décret de nomination est bien signé par le président de la république, mais ce dernier est lié par l’élection du CSM.

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