France

la politique agricole commune et ses dérives

La France est loin d’être l’État membre de l’UE qui bénéficie le plus de la PAC. LIGNES DE FRONT

FRANCE 2 – MARDI 7 JUIN À 21H10 – MAGAZINE

La PAC a 60 ans : l’âge d’une politique agricole commune de gros travaux ! Bien que créée en 1962 pour soutenir la production agricole et permettre à l’Union européenne (UE) de retrouver son indépendance alimentaire, Bruxelles a opté au fil des décennies pour une politique conjuguée à l’ouverture des marchés, incitant le secteur à s’industrialiser de plus en plus. . Jusqu’à ce que la crise environnementale remette en cause ce modèle productif, polluant et rare qui valorise les grandes fermes infusées d’aides européennes.

Lire la chronique de Gilles Luneau : Un article réservé à nos abonnés “L’heure est venue de restructurer la PAC dans les valeurs du Pacte Vert Européen”

Doit-on rire ou pleurer ? Elise Lucet et la documentariste Veronica Blanc ont choisi l’humour. Il en faut beaucoup pour essayer d’y voir clair la répartition des 9 milliards d’euros reçus de la France – pour un total de 55 milliards d’euros distribués annuellement par l’UE à l’ensemble des vingt-sept, ce qui en fait le premier bénéficiaire.

Introduction audacieuse, Cash Investigation pose les bases de cette redistribution sous la forme d’un véritable gâteau PAC. L’occasion de voir Elise Lucet manier à la fois la pelle à tarte et le micro pour interviewer Pierre Bascu, directeur général de l’agriculture et du développement rural à la Commission européenne.

Trois témoignages éloquents

Derrière la forme bénigne, l’enquête est ahurissante. S’il n’est pas anormal que la France reçoive le plus de subventions – elle compte le plus d’agriculteurs et de terres cultivées – il est pour le moins curieux que la moitié du gâteau PAC revienne à 20% des bénéficiaires, et que certains n’aient rien du tout. C’est le cas de Guenael Floch, un producteur bio qui n’a pas touché un sou en douze ans de fonctionnement. Lui aussi préfère sourire, tant les explications administratives de cette violation rappellent le sketch de l’humoriste Roman Freisine sur le paiement d’une amende.

Véronique Blanc, pour sa part, peint en trois reportages éloquents une autre PAC : avec P pour Green Pay, le nom du financement créé en 2015 pour conserver la biodiversité et lutter contre la pollution dans l’agriculture, qui a depuis absorbé 96 millions d’euros pour les changements de pratiques sur seulement 5% des terres agricoles – ; un A comme Andrei Babiš (ce milliardaire tchèque, propriétaire d’Agrofert, le plus grand bénéficiaire de la PAC, utilise l’argent des contribuables pour s’approprier des terres et des subventions) ; et C pour la Corse.

En 2015, sur l’Ile de Beauté, Stefan Le Fol, alors ministre de l’Agriculture, décide de pallier la sous-estimation de l’agriculture extensive – en Corse on dit que les vaches « errent » – pour augmenter la diffusion de la PAC, tout en créant l’effet de profits imprévus, dont la population locale a su profiter avec ingéniosité.

Les exemples de cet opportunisme présentés ici ressemblent à des blagues, entre un bénéficiaire insoumis qui appelle effrontément au départ des deux journalistes et un agent immobilier qui toucherait illégalement plus de 115 000 euros en trois ans…

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Elise Lucet renouvelle son sérieux : après tout, c’est l’argent des contribuables. Le nouveau système d’allocation de la PAC devrait entrer en vigueur en 2023. Possibilité d’un deuxième tome pour “Investigation des fonds” ?

Enquête monétaire. Agriculture : où sont passés les milliards de l’Europe ?, une enquête de Veronica Blanc, présentée par Elise Lucet. Selon France.tv du 1er juin.

Catherine Pacari