A Frommel (Nord), près de Lille, en mai 2016 DENIS CHARLET / AFP
L’Europe est-elle enfin déterminée à s’attaquer à la dépendance qui affecte son système agricole, mine sa biodiversité et menace la santé de ses citoyens : les pesticides ?
La Commission européenne a publié mercredi 22 juin une proposition de révision de la réglementation sur les produits phytosanitaires. Très attendu, plusieurs fois repoussé, le texte fixe un objectif ambitieux : réduire de 50 % l’usage et les risques des pesticides d’ici 2030 le volet agricole du traité vert européen.
“Le temps des pesticides est révolu”, a déclaré la commissaire européenne à la santé et à la sécurité Stella Kyriakides dès la présentation du texte. Celle-ci devrait remplacer l’ancienne directive de 2009, qui réglementait jusqu’à présent l’utilisation des pesticides et ne parvenait pas à réduire leur dépendance. La nouvelle proposition législative fixe pour la première fois des objectifs juridiquement contraignants pour les États.
Lire aussi : Article réservé à nos abonnés “Le green deal agricole n’aura pas lieu”
Ils seront convenus au niveau national avec chaque gouvernement. L’objectif peut être porté à 60 % pour les pays qui consomment le plus de pesticides, mais aussi réduit à 35 %, en fonction des progrès déjà réalisés. Ainsi, un pays peut se fixer un objectif inférieur à 50 % si « l’intensité » de son utilisation de produits phytosanitaires est inférieure à 70 % de la moyenne de l’Union européenne (UE) sur la période 2015-2017, et si sa réduction les efforts entre 2011-2013 et 2015-2017 sont supérieurs à la moyenne européenne.
Les négociations s’annoncent tendues
Interrogé par Le Monde, le gouvernement n’est pas en mesure de préciser quel objectif la France entend se fixer. “Nous sommes au début du processus. La question de l’objectif sera au cœur du débat », a précisé le ministère de l’Agriculture.
La proposition de la Commission doit maintenant être présentée au Parlement européen et aux pays. Les négociations s’annoncent tendues. Lors du Conseil européen des ministres de l’agriculture du 13 juin, une dizaine de pays ont demandé que les objectifs de réduction soient revus à la baisse. Pendant la campagne présidentielle, Emmanuel Macron, qui assure la présidence de l’UE jusqu’au 1er juillet, a cité la crise agricole provoquée par la guerre en Ukraine pour appeler à une réduction des objectifs de la stratégie Fourchette. , estimant que l’Europe “ne peut pas se permettre de produire moins”.
Lire aussi Article réservé à nos abonnés Pesticides : les objectifs du traité vert européen sont menacés
Arguments avancés par la Fédération européenne des syndicats et coopératives agricoles (COPA-Cogeca), dirigée par Christian Lambert, patron de la Fédération nationale des syndicats d’agriculteurs (FNSEA) : elle soutient, sur la base d’études financées par des géants de l’agrochimie, que les pesticides peuvent conduire à une baisse pouvant aller jusqu’à 20 % pour certaines industries et rend ainsi l’agriculture européenne plus dépendante des importations.
Il vous reste 56,97% de cet article à lire. Ce qui suit est réservé aux abonnés.
Add Comment