France

La visite du pape : un geste à saluer de tout cœur

Le pape est venu au Canada et a pratiquement ignoré les fidèles catholiques et les pratiquants du pays. L’homme de 85 ans a concentré ses messages et son attention sur un groupe : les locaux. Le programme de tout son voyage, comme chacun de ses discours, était centré sur la réconciliation souhaitée.

Des choses dégoûtantes et indescriptibles se sont produites dans les maisons. C’est pourquoi les excuses devaient venir du plus haut niveau. C’est aussi pourquoi le sujet occupe autant de place et les paroles de réconciliation doivent être accompagnées de compensations financières et d’actions concrètes.

A la pause, j’ai suivi d’un œil clair mais attentif les réactions aux discours de la main tendue du Pape François. Pas assez, pas les bons mots, pas assez émotionnel, pas assez loin, pas aussi fort à Québec qu’à Edmonton… Beaucoup de points négatifs. On se demande à quoi on s’attendait.

Rien à faire

J’ai entendu la réaction de plusieurs Québécois qui pensaient que les dés étaient pipés. Certaines Premières Nations donnaient l’impression que tout ce qui était dit ou fait serait toujours qualifié d’insuffisant.

C’était comme si nous voulions garder l’élastique tendu pour en avoir plus. C’était comme si on avait l’impression qu’accepter cette main tendue cloreait tout le dossier. Comme si s’engager positivement dans le processus de réconciliation aurait pour effet de soulager le processus de réparation de toute pression.

Ce raisonnement a atteint sa limite. Les efforts de réconciliation sont si énormes que nous sommes maintenant dans une autre phase. Les Premières Nations ont connu l’indifférence et la peur de revenir en arrière. Mais à ce stade, le plus grand risque est tout à fait différent.

Si des gestes forts de réconciliation restent sans réponse positive, les avocats de la réconciliation dans la société seront épuisés.

Le Pape arrive, ce n’est pas assez. Le gouvernement Trudeau a plus que doublé les budgets alloués aux Premières Nations : c’est trop peu. Il arrive un moment où même ceux qui sont les plus ouverts à ces efforts de réparation finiront par se dire que c’est une perte de temps, que l’effort ne sera jamais apprécié.

Cela ouvrirait la porte toute grande aux partis politiques pour proposer, au contraire, d’arrêter le processus. Ce qui ne serait dans l’intérêt de personne.

Un pas après l’autre

Réparer des dommages aussi graves demande du temps et des efforts. Un processus qui prend du temps est nécessairement un processus en plusieurs étapes. Celui qui gravit une haute montagne doit garder les yeux devant, mais il doit aussi regarder en arrière chaque étape réussie et se féliciter du chemin parcouru et des embûches surmontées. Ce sera une source d’encouragement à persévérer.

La même logique s’applique au processus de réconciliation. De grands progrès ont été réalisés ces dernières années.

Et le voyage du Pape est un geste très fort que nous devons saluer de tout cœur.