Une ancienne salariée affirme avoir recueilli une dizaine de plaintes de ses collègues contre son patron. Il décrit un homme qui a choisi ses victimes parmi les salariés les plus jeunes et les plus fragiles économiquement.
Les langues sont déliées. Suite à l’inculpation et à l’incarcération de l’ancien patron d’Assu 2000 Jacques Butier pour “traite des êtres humains” et “viols sur mineurs”, suivi de sa démission, le témoignage de jeunes filles qui se disent victimes ou affirment avoir vu comment ses agissements se multiplient.
Parmi eux figure Gita, salariée et dirigeante d’Assu 2000 à Tanger de 2011 à 2016, dont BFMTV a réussi à recueillir le témoignage. Bien qu’elle n’ait pas été directement victime d’agression de la part de Jacques Butier, elle dit avoir reçu diverses plaintes de ses collègues pendant des années et avoir vu l’assureur de 75 ans profiter de sa position privilégiée pour abuser de certains jeunes employés.
Alors qu’elle travaille comme responsable de secteur et qu’elle a un groupe d’employés sous ses ordres, Gita dit qu’elle reçoit “rapidement” des plaintes de ses employés à propos de leur patron. “Peut-être une douzaine”, dit-elle.
Ils étaient comme, “Il a touché ma poitrine.” Il a posé sa main sur mes fesses.”(…) C’était problématique”, se souvient-elle.
Mais lorsque le chef de secteur rapporte le comportement de l’entrepreneur à ses supérieurs, la situation n’est pas prise au sérieux.
“On m’a dit:” Nous n’avons pas à faire grand-chose de cela. Il faut minimiser le drame…”, dénonce-t-elle.
Le “plus jeune” est concentré
Celui qui a désormais quitté Assu 2000 raconte que Jacques Butier se rendait régulièrement au Maroc, environ “une fois par trimestre”, et y séjournait une semaine, au cours de laquelle il organisait de nombreux événements et accueillait des jeunes filles. Il semblait y avoir un système en place pour s’assurer que ses actions ne soient pas signalées autant que possible.
“Il a choisi ses victimes. Il s’est surtout concentré sur le service standard, parce qu’il y a des filles plus jeunes, 19 à 26, 27, peut-être. Et moins éduquées. Celles qui peuvent dire au moins ‘non'”, a-t-elle dit.
En l’absence de réponse de l’entreprise, Ghita est contrainte de s’adapter à cette situation et choisit de rester vigilante pour protéger ses salariés.
“J’ai commencé à élaborer des stratégies. Je conseillerais aux filles d’aller aux toilettes ou de se reposer quand il vient sur le plateau », se souvient-elle.
“Il a fait comprendre qu’il avait de l’argent”
A propos de Jacques Butier, l’ancien employé a décrit un “vieux monsieur à l’hygiène imparfaite” et a adopté une attitude “néocoloniale” envers ses employés, signe d’un sentiment de toute-puissance.
“Il a clairement indiqué qu’il avait de l’argent et qu’il pouvait acheter tout ce qu’il voulait, y compris la police. Façon de dire qu’on ne peut pas lui dire non. Il se fichait du consentement”, explique-t-elle.
L’homme d’affaires, l’une des plus grandes richesses de France, a été mis en examen pour “viol sur mineur”, “trafic d’êtres humains” et “possession de pédopornographie”. Il est incarcéré à la prison de Fresnes.
Vincent Wantigem et Juliette Demonso
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