Un écran d’une vidéo diffusée par la chaîne publique RTB montrant le porte-parole du coup d’État, le capitaine Kiswendsida Farouk Azaria Sorgo, lisant une déclaration à Ouagadougou, le 30 septembre 2022. AP
Le Burkina Faso a connu vendredi 30 septembre un deuxième coup d’État en huit mois : le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, arrivé au pouvoir par un coup d’État fin janvier, a été à son tour démis de ses fonctions par les militaires.
Après une journée marquée par des fusillades dans le quartier présidentiel de Ouagadougou, une quinzaine de militaires, vêtus d’uniformes et certains avec des cagoules, ont pris la parole sur le plateau de Radiodiffusion-Télévision du Burkina Faso, peu avant 22 heures. Le capitaine Ibrahim Traoré a lu un communiqué annonçant la destitution de Paul-Henri Sandaogo Damiba, la dissolution du gouvernement et la suspension de la constitution, ainsi que la fermeture des frontières du pays jusqu’à nouvel ordre. Un couvre-feu a également été instauré de 21h à 5h.
Ibrahim Traoré, le nouvel homme fort du pays
« L’élection risquée du lieutenant-colonel Damiba a progressivement affaibli notre système de sécurité. La bureaucratie qui caractérisait le régime déchu s’est détériorée pendant la transition, compromettant des opérations à caractère stratégique”, a déclaré à la télévision l’un des putschistes, rapporte Morgane Le Cam, journaliste au Monde Afrique.
Coup d’État au #Burkina – ce soir sur RTB : « Nous avons décidé ce jour 30/09/22 de disqualifier le Lt. Col. Damib… https://t.co/42A2A2VRDu
— MorganeLeCam (@MorganeLeCam)
Le nouvel homme fort du pays, nommé président du Mouvement patriotique pour la préservation et la restauration (MPSR, l’instance dirigeante de la junte), est désormais le capitaine Ibrahim Traoré, a-t-il ajouté. M. Traoré, 34 ans, était jusqu’à présent chef de l’unité des forces spéciales Cobra combattant les jihadistes dans la région de Kaya (nord).
Les putschistes ont promis de rassembler “immédiatement les forces vives de la nation” pour nommer “un nouveau président du Faso, civil ou militaire”. Le sort de M. Damiba restait inconnu vendredi soir.
Des militaires sont déployés dans les rues de Ouagadougou, avec plusieurs routes bloquées, le 30 septembre 2022. OLYMPIA DE MAISMONT / AFP
Ils ont également annoncé la fermeture des frontières terrestres et aériennes du pays à partir de minuit, ainsi que la suspension de la Constitution et la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée législative de transition. Un couvre-feu a également été instauré de 21h à 5h.
La condamnation de la CEDEAO
Dans un communiqué, la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) – dont le Burkina a été expulsé après le coup d’État de janvier – “a condamné dans les termes les plus fermes la prise du pouvoir par la force qui vient d’avoir lieu”. La CEDEAO juge « ce nouveau coup de force inapproprié à l’heure où des progrès ont été réalisés (…) pour revenir à l’ordre constitutionnel au plus tard le 1er juillet 2024 ».
L’Union européenne a également exprimé sa “préoccupation”, tout comme les États-Unis, qui ont exhorté ses citoyens à restreindre leurs déplacements. “Nous appelons à un retour au calme et à la retenue de toutes parts”, a déclaré un porte-parole du département d’Etat. Le ministère français des Affaires étrangères a demandé à ses citoyens de Ouagadougou, estimés entre 4 000 et 5 000, de rester chez eux.
Vendredi a été très tendu dans la capitale burkinabé, plusieurs témoins affirmant que des coups de feu ont été entendus avant l’aube dans la zone qui abrite le siège de la présidence et de la junte, puis à nouveau en début d’après-midi.
Plusieurs axes de la ville ont été bloqués tout au long de la journée par des militaires postés aux principaux carrefours de la ville, notamment devant le siège de la télévision nationale.
Drapeaux russes
Dans l’après-midi, plusieurs centaines de personnes, dont certaines brandissant des drapeaux russes, se sont rassemblées sur la grande place de la Nation à Ouagadougou pour réclamer une coopération militaire avec la Russie, rejeter la présence militaire française au Sahel et exiger le départ du lieutenant-colonel Damiba. , a relevé un journaliste de l’Agence France-Presse. Ces dernières années, l’influence de Moscou n’a cessé de croître dans plusieurs pays africains francophones.
Le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba a pris le pouvoir lors d’un coup d’État fin janvier, jurant de faire de la sécurité sa priorité dans un pays secoué par des années d’attentats djihadistes sanglants. Mais ils se sont multipliés ces derniers mois, notamment dans le nord.
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Depuis 2015, les attaques répétées de mouvements armés liés à Al-Qaïda et au groupe État islamique, principalement dans le nord et l’est du pays, ont fait des milliers de morts et déplacé quelque deux millions de personnes.
Le Monde avec AFP et Reuters
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