France

Le dramaturge Michel Winaver, analyste attentif de l’évolution du capitalisme, est mort

Michel Winaver sur la scène du Théâtre Artistique des Athévains lors de la représentation de sa pièce “A la renverse”, Paris, le 31 mars 2006 PIERRE VERDY / AFP

Sa vie s’étend sur près d’un siècle d’histoire et il en fait l’une des œuvres les plus importantes du théâtre moderne. Michelle Winaver, le père de l’actrice Anouk Greenberg, est décédée dimanche 1er mai à l’âge de 95 ans. Auteur d’une vingtaine de pièces, il restera avant tout le grand dramaturge d’Homo ekonomickus, l’analyste minutieux de l’évolution du capitalisme au XXe siècle. Le capitalisme, qu’il a connu de l’intérieur, après avoir été PDG pendant trente ans, puis PDG de Gillette France.

Du renversement à la mer, des Travaux et les jours à La demande d’emploi, ses pièces, mises en scène par des metteurs en scène importants tels que Roger Planchon, Antoine Vitez, Alain François, Jacques Lassalle ou Christian Schiaretti, mettent l’homme dans le champ économique comme jamais avant. jusqu’ici. Mais aussi dans l’histoire, qu’il s’agisse de la guerre de Corée, de la guerre d’Algérie, du 11 septembre, ou plutôt de l’affaire Betancourt, considérée comme « l’histoire de France ».

Michel Winaver, de son vrai nom Michel Greenberg, est né le 13 janvier 1927 dans une famille d’immigrants juifs russes. Son père, antiquaire, tenait une boutique appelée A la vieille Russie, et la famille était plongée dans un exil russe, dont le grand-père maternel de Michel Winaver, Maxim Winaver, était l’une des figures : fondateur du KD, le Parti constitutionnel démocrate ., en Russie en 1905, il continua à travailler avec son chef Pavel Milyukov.

Michel Winaver a toujours dit que le judaïsme, en revanche, était totalement absent de sa famille, tant sur le plan religieux qu’identitaire. “C’est avec Vichy que j’ai appris que j’étais juif”, raconte-t-il dans une interview en janvier 2009. La famille fuit en 1941 grâce au roi Farouk, qui visite la boutique de son père. Michel Winaver finit au lycée de New York, puis s’engage comme volontaire dans l’armée française en 1944-1945.Il passe un an de caserne en caserne sans combattre, et signe son premier geste d’opposition à ce qu’il pense de l'”absurdité” de vie militaire.

Rencontre avec Camus

De retour aux États-Unis, il étudie la littérature anglaise et américaine, traduite par The Waste Land de TS Eliot. Ces humanités, qui étaient aussi très portées sur l’étude de la civilisation grecque antique, « l’ont marqué à vie ». C’est à New York qu’il rencontre Albert Camus qu’il « admire sans réserve ». Camus l’encourage à écrire et publiera le premier roman de Michel Winaver, Lataume, en 1950, et son second, L’Objecteur, en 1951 chez Gallimard.

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