PORTRAIT – Le chercheur de 36 ans a été récompensé pour ses travaux à la frontière entre mathématiques et physique.
Ce mardi matin, la fine fleur des mathématiques s’est réunie à Helsinki (Finlande) pour remettre, comme tous les quatre ans au Congrès international des mathématiciens, les prestigieuses médailles Fields. Et pour la treizième fois, un chercheur français est récompensé. Hugo Duminil-Kopen, 36 ans, a reçu l’une des quatre médailles de la récolte 2022, aux côtés de l’Ukrainienne Marina Vyazovska, de l’Américano-coréen Jun Hoo et du Britannique James Maynard.
“Si à un moment donné la communauté juge que la qualité de mon travail est suffisante pour que je sois l’un des nominés, tant mieux, mais ce sera un sous-produit de mes recherches plutôt qu’un objectif”, a-t-il déclaré à propos du célèbre Hugo Duminil Copen, en 2017, dans un portrait que lui consacre l’université Paris-Saclay. Il a été présélectionné pour le prix l’année suivante, mais n’avait pas atteint la table finale des gagnants à ce moment-là. C’est prêt. “Hugo est très connu et très apprécié dans le monde mathématique et son nom circule en effet depuis plusieurs années pour ce prix prestigieux. Je suis heureux de voir mes espoirs confirmés », se félicite le mathématicien Cédric Villani, médaille Fields 2010.
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Le parcours d’Hugo Duminil-Copen n’est pas différent de celui de son prédécesseur. « Hugo fait de la physique statistique, donc on partage cette pratique des mathématiques à la frontière de la physique, lui du côté des probabilités, moi de l’analyse. Nous avons tous les deux été élèves au lycée parisien Louis-le-Grand avant d’intégrer l’École Normale Supérieure : un parcours méritocratique à la française avant d’accéder à une carrière internationale », résume Cédric Villany.
Une approche esthétique
Mais, contrairement à son aîné, Hugo Duminil-Copen a choisi de quitter la France après son master, encadré par Wendelin Werner, un mathématicien qui vient de remporter la médaille Fields ! C’est à l’Université de Genève que le jeune chercheur a réalisé sa thèse de doctorat sous la direction de Stanislav Smirnov, autre grand nom des mathématiques… et lauréat de la médaille Fields la même année que Cédric Villani !
“L’approche très esthétique des mathématiques développée par Stanislav Smirnov a particulièrement intéressé Hugo”, rappelle Jean-Pierre Bourguignon, professeur émérite et ancien directeur de l’Institut d’études avancées (IHES) de Burre-sur-Yvette. “Les preuves les plus prometteuses sont souvent les plus frappantes. L’esthétique, c’est qu’on a saisi quelque chose de très important », poursuit Jean-Pierre Bourguignon avec une pointe de malice lorsqu’on lui fait remarquer qu’il est rare de voir l’esthétique et les mathématiques liées.
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L’IHES a très tôt perçu le potentiel d’Hugo Duminil-Copin, dont les recherches portent entre autres sur les transitions de phase de la matière et du magnétisme. En 2017, il s’est vu proposer l’une de ses rares chaires de professeur titulaire proposée par l’IHES. “Cet institut offre des conditions de recherche particulièrement fécondes et a toujours su attirer des esprits d’exception, comme Alexander Grothendieck, figure mathématique emblématique du XXe siècle, également récipiendaire de la médaille Fields”, note Cédric Villani, également sollicité par rejoint l’IHES, mais refuse de prendre la direction de l’Institut Henri Poincaré à Paris.
“Le tableau noir, c’est la liberté !”
“C’est un grand honneur pour moi de recevoir cette distinction, que je veux partager avec les nombreux collaborateurs avec qui j’ai eu le plaisir et l’honneur de travailler, ainsi qu’avec tous les membres de mon équipe”, a commenté Hugo Duminil-Copen dans un communiqué publié par l’IHES. Le scientifique n’oublie pas ses collègues de l’Université de Genève où, depuis la fin de ses études doctorales, il occupe un poste d’enseignement-chercheur dans la section de mathématiques de la Faculté des sciences naturelles. “Les mathématiques sont avant tout un processus collaboratif”, a précisé le chercheur dans un communiqué de presse de l’université suisse.
J’ai une relation hostile avec les ordinateurs ! Au contraire, je modélise dans ma tête
Hugo Duminil-Copen, médaillé Fields
Le partage est ancré dans le processus créatif d’Hugo Duminil-Copin. « J’aime être entouré. En fait, la moitié de mon temps est assis dans mon bureau avec des gens qui discutent de mathématiques. Chacun a sa propre voix, à la fois le jeune étudiant et le professeur invité. Des idées plus intelligentes émergent de toutes ces perspectives. Ensuite, tout le monde essaie de pousser un peu ces idées, d’aller plus loin, et le lendemain on recommence”, explique-t-il dans une vidéo avant de faire un aveu surprenant. « Je n’utilise pas du tout d’ordinateur. J’ai une relation hostile avec les ordinateurs ! Je préfère modéliser dans ma tête », craque-t-il, le regard posé sur le tableau noir derrière lui. « J’adore les images ! Le tableau noir, c’est la liberté ! Les gens s’approprient beaucoup plus facilement un tableau, il y a quelque chose de beaucoup plus interactif que les feuilles. C’est vraiment un objet qui permet d’être créatif ! » La créativité et l’esthétique comme moteurs d’un mathématicien d’exception, dont le prix cimente la place des mathématiques françaises au plus haut niveau international.
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