France

Le gouvernement planche sur un panier anti-inflation dont l’efficacité semble déjà compromise

+30% sur le prix de la viande, +20% sur les pâtes ou l’huile, +16% sur les œufs… Comment alléger le budget des Français, mis à mal par une hausse des prix de plus de 6% en un an ? Pour le gouvernement, la réponse à ce problème apparaît sous la forme d’un “panier anti-inflation”. « Une des possibilités [pour amortir la hausse des prix]est d’avoir un panier […] d’une vingtaine de produits que la grande distribution s’engagerait à vendre à peu près au prix coûtant », a souligné dimanche dans le Parisien l’entourage de la ministre du Commerce Olivia Grégoire.

Un message reçu avec prudence par les professionnels du secteur. Dans les départements d’outre-mer, un dispositif plus ou moins similaire existe depuis une dizaine d’années : le Quality Price Shield (BQP), qui verrouille le prix de certains biens de première nécessité.

Vous avez une grande variété de produits à des prix avantageux

Pour l’heure, les chaînes de supermarchés proposent chacune leur propre système afin de ne pas répercuter les hausses de prix (excessives) sur les ménages. “Depuis cet été, nous avons lancé le ‘défi anti-inflation’ avec un resserrement des prix et un blocage des prix de certains produits de nos marques”, confiait ce lundi un représentant du groupe Carrefour à 20 Minutes. Il est clair que les ménages restent durement touchés par la flambée des prix jusqu’à présent.

“L’idée est d’avoir une base de biens de première nécessité dont les prix sont les plus bas possibles”, a expliqué dimanche à l’AFP le département du Commerce. “Ça va de l’hygiène bébé à l’hygiène adulte, les laitages, les produits frais, les pâtes…”, énumère l’entourage de la ministre du Commerce Olivia Grégoire. Ce panier est fortement inspiré des politiques anti-inflationnistes grecques. En quelques semaines, les prix grecs de certains produits ont chuté de 25 %.

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— Insee (@InseeFr) 13 janvier 2023

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Et le règlement du concours ?

Dans les DOM, un dispositif similaire existe depuis 2012 : le Bouclier Qualité/Prix (BQP) issu de la loi Lurel. Ce contrôle des prix a été instauré après de nombreux mouvements sociaux contre la vie chère menés aux Antilles par le LKP d’Elie Domota.

« La plupart des produits alimentaires vendus dans ces territoires proviennent de la métropole, explique Pascal Perry, économiste et rédacteur en chef de LCI, à 20 Minutes. “Avec le transport, la redevance à quai [une taxe sur les importations dans les Drom-Com] et l’inflation, les prix étaient de 15 à 30 % plus élevés qu’en métropole », poursuit-il. Ce bouclier tarifaire sur les produits de consommation dont les prix sont contrôlés par les autorités existe encore aujourd’hui. “Ce dispositif a permis aux familles à faible revenu d’avoir des produits à prix coûtant”, insiste l’économiste.

Or, si une version proche du BQP était initialement envisagée par le gouvernement, ce panier anti-inflation reposerait plus sur des “engagements volontaires des distributeurs” que sur des dispositions légales ou réglementaires. Un choix politique, relevant peut-être de la doctrine macroniste de l’exigence plutôt que de l’imposition. De plus, selon Pascal Perry, un tel dispositif non régulé serait contraire aux règles de la concurrence : « Un panier anti-inflationniste pourrait créer des abus de position dominante. Si les chaînes de supermarchés ne mettent que leurs propres marques dans ces paniers, cela revient à chasser les concurrents. »

Accueil mitigé des grandes enseignes

S’il voit le jour, ce dispositif s’appliquera à “une vingtaine des 20.000 à 30.000 références existantes en magasin”, ce qui ne devrait pas trop pénaliser les marges des distributeurs, a souligné le ministère. Un message qui inquiète les grandes marques.

Comme le confiait Michel-Édouard Leclerc à nos confrères du Parisien, avec ce dispositif conjugué à la proposition de loi du député de la Renaissance Frédéric Descrozaille sur les négociations entre distributeurs et fournisseurs, les grandes enseignes « non [pourront] ne fais pas tout ». « Nos prix fournisseurs vont augmenter en moyenne de 15 % en mars. Avec cette loi, on perd l’avantage des grosses promotions et la marge de 10% est préservée. Aucun distributeur ne peut s’engager à ajouter à cela un panier de produits vendus à bas prix”, explique au quotidien le dirigeant.

Selon Pascal Perry, en raison des conditions de son utilisation, ce futur bouclier tarifaire “ne réduira que de quelques centimes le prix des biens de première nécessité”. Ce qui serait « probablement une fausse bonne idée. »