Le patriarche Cyrille, à Moscou, le 23 avril 2022 ALEXANDER NEMENOV / AFP
A l’issue d’une réunion des chefs d’Etat et de gouvernement européens à Bruxelles les lundi 30 et mardi 31 mai, les 27 ont décidé de trouver un compromis sur le sixième paquet de sanctions contre Moscou. C’était sans tenir compte de Victor Orban, le Premier ministre hongrois, qui, mercredi 1er juin, a fait une nouvelle demande et a reçu une dernière concession : jeudi, les Européens ont décidé de retirer de la liste sanctionnée le patriarche de l’Église orthodoxe russe Kirill Kirill, qui soutient sans équivoque l’invasion russe de l’Ukraine.
C’est un euphémisme de dire que dans cette séquence Budapest n’a pas suivi la grammaire des affaires communautaires : si les négociations menées lors du Conseil européen peuvent être difficiles, un accord politique, une fois signé, ne peut être annulé. Budapest avait certes évoqué le cas du patriarche Kirill avant la rencontre, mais à aucun moment M. Orban, connu pour sa proximité avec Vladimir Poutine, n’en a ensuite partagé avec ses collègues, préférant se concentrer sur les questions énergétiques, qui sont bien complexes.
Sur ce dossier, les 27 ont convenu d’exclure temporairement la Hongrie, la Slovaquie, la République tchèque et la Bulgarie de leur décision d’embargo sur le pétrole russe, tenant ainsi compte des spécificités de ces pays et de leur forte dépendance à l’or noir russe. Pour le reste – mesures restrictives contre les banques, les chaînes de télévision et les nouveaux oligarques proches du Kremlin – les derniers ajustements ont été faits avant le Conseil européen et le dossier a été clos. C’est du moins ce que nous pensions à Bruxelles.
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“Nous regrettons tous cette décision de retirer Kiril de la liste sanctionnée. Mais nous ne sacrifierions pas un paquet important de sanctions sur l’autel du patriarche orthodoxe », a déclaré un diplomate. Pourquoi Victor Orban a-t-il tant voulu épargner l’ecclésiastique russe ? “Cela affecterait la liberté religieuse des communautés en Hongrie, qui est sacrée”, a-t-il déclaré dans une interview à la radio le 6 mai, après avoir reçu une lettre de la communauté orthodoxe hongroise leur demandant de faire tout leur possible pour s’y opposer. Une communauté qui ne représente que 0,1 % de la population hongroise, selon le dernier recensement de 2011. Mais M. Orbán, lui-même calviniste peu pratiquant, s’est fait fort depuis la crise des réfugiés de 2015 pour protéger l’identité chrétienne en Europe. Il partage également avec l’Église russe une manie contre la communauté LGBT.
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