(Colombo) Le président sri-lankais Gotabaya Rajapaksa, hué par un fort mouvement populaire, a atterri mercredi aux Maldives après avoir quitté le pays à bord d’un avion militaire.
Mis à jour hier à 18h46
Amal JAYASINGHE Agence France-Presse
Le dirigeant de 73 ans, qui a juré de démissionner et a tenté en vain de quitter le pays mardi, a décollé tôt mercredi de l’aéroport international de Colombo avec sa femme et un garde du corps à bord de l’Antonov-32, ont indiqué à l’AFP des responsables de l’immigration.
“Leurs passeports ont été tamponnés et ils sont montés à bord de ce vol spécial de l’armée de l’air”, a déclaré à l’AFP un responsable de l’immigration.
Un responsable de l’aéroport de Malé, la capitale des Maldives, a indiqué vers 22h30 GMT que l’avion avait atterri et que les trois passagers avaient été emmenés sous escorte policière vers une destination inconnue à ce stade.
Selon des sources aéroportuaires au Sri Lanka, l’avion a été retenu plus d’une heure sur le tarmac de l’aéroport en attendant l’autorisation d’atterrir aux Maldives.
“Il y a eu des moments de tension, mais finalement tout s’est bien terminé”, a déclaré un responsable de l’aéroport sous couvert d’anonymat.
Le président a été refoulé mardi de manière humiliante de l’aéroport de Colombo par des agents de l’immigration et certains de ses conseillers pensaient que M. Rajapaksa et son entourage fuyaient à bord d’un patrouilleur, a déclaré une source de la défense.
Un navire de la marine a été utilisé pour transporter samedi le chef de l’État du palais présidentiel assiégé par les manifestants au port nord-est de Trincomalee.
Carré vip
M. Rajapaksa a ensuite rejoint l’aéroport international de Colombo en hélicoptère lundi.
Mais mardi, les agents de l’immigration lui ont refusé l’accès au salon VIP pour faire tamponner son passeport alors que le chef de l’Etat a voulu éviter l’aérogare publique, craignant une réaction violente du public.
N’ayant pas encore démissionné, ce qu’il avait promis de faire mercredi pour une “transition pacifique du pouvoir”, M. Rajapaksa bénéficie toujours de l’immunité présidentielle.
Le chef de l’Etat et son épouse ont passé la nuit de lundi à mardi dans une base militaire proche de l’aéroport international après avoir raté quatre vols qui auraient pu les emmener aux Emirats arabes unis.
Son jeune frère Basil, qui a démissionné de son poste de ministre des Finances en avril, a également raté son vol pour Dubaï après un affrontement similaire avec l’immigration.
Il a essayé d’utiliser un service de conciergerie payant pour les voyageurs d’affaires, mais le personnel de l’aéroport et les agents de l’immigration ont annoncé que le service express serait interrompu avec effet immédiat.
“Certains autres passagers ont protesté contre l’embarquement de Basil”, a déclaré à l’AFP un responsable de l’aéroport. “C’était une situation tendue, alors il a quitté l’aéroport en hâte.
En espèces
Basil, qui détient également la nationalité américaine, a dû demander un nouveau passeport après avoir laissé le sien au palais présidentiel lorsque la famille Rajapaksa a pris la fuite samedi face à des milliers de manifestants, selon une source diplomatique.
Dans cette fuite, le président sri-lankais a laissé derrière lui une valise pleine de documents et 17,85 millions de roupies (49 000 €) en espèces, désormais sous scellés.
Si le chef de l’État démissionne comme promis, le Premier ministre Ranil Wickremesinghe sera automatiquement nommé président par intérim jusqu’à ce que le parlement élise un député pour servir jusqu’à la fin du mandat en cours, c’est-à-dire novembre 2024
Cependant, M. Wickremesinghe a également été interpellé par des manifestants qui campent depuis plus de trois mois devant le secrétariat présidentiel pour exiger la démission du président en raison de la crise économique sans précédent que traverse le pays.
M. Rajapaksa a été accusé de mauvaise gestion de l’économie, ce qui a entraîné l’incapacité du pays en manque de devises à financer des importations vitales pour une population de 22 millions d’habitants.
Colombo a fait défaut sur sa dette extérieure de 51 milliards de dollars en avril et est en pourparlers avec le FMI sur un éventuel renflouement.
Le Sri Lanka a presque épuisé ses réserves de pétrole. Le gouvernement a ordonné la fermeture des bureaux et des écoles non essentiels pour réduire les déplacements et économiser le carburant.
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