L’eau s’est retirée comme sous l’influence d’une marée dans le plus grand canyon d’Europe. Par conséquent, les activités nautiques seront interdites cette saison.
Les gorges du Verdon se sont asséchées faute de précipitations, un lac réduit à l’état d’eau : au début de l’été, les Alpes-de-Haute-Provence, très prisées des touristes européens, font face à des conditions climatiques particulièrement difficiles. En raison du manque d’eau, la baignade et le rafting y seront impossibles cet été.
Au bord de la plage du lac de Castillon, enclavé entre les montagnes alpines à 900 mètres d’altitude, il ne reste même pas 40 cm de profondeur. L’eau s’est retirée comme sous l’influence d’une marée. “Quand on voit ce spectacle, ça ne donne pas envie”, avoue tristement Serge Prato, maire de Saint-André-les-Alpes, village d’environ 980 habitants qui vit en partie du tourisme. Le maire est sur le point d’interdire la baignade, mais à contrecœur car le niveau d’eau du lac est de cinq mètres sous la normale. Le parc aquatique n’ouvrira pas. Et le ponton, où se louent des bateaux électriques et autres pédalos, s’est asséché.
Lire aussi Vacances d’été 2022 : rivières, gorges de l’Ardèche… Ces coins de France qui vont être saturés (et nos alternatives)
“Nous ne ferons même pas le quart de notre chiffre d’affaires. Les touristes sont déjà en colère et quand il y a beaucoup de monde, que peut-on leur proposer ? », se désespère Ines Flores, responsable de la base navale de Bike Beach. “En quelques décennies, nous sommes passés d’une sécheresse tous les cinq ans à trois sécheresses tous les cinq ans”, a déclaré Claude Rustan, président de la fédération départementale des pêcheurs du sud-est de la France.
Déjà comme la fin de l’été
Dans ce coin des Alpes françaises, l’hiver peu pluvieux et peu neigeux du Val d’Alos a créé une situation hydrologique “historique”, explique Olivier Savoie, délégué territorial d’EDF au Verdon. Au XXe siècle, des barrages et des lacs artificiels ont été construits sur cette rivière pour assurer la production d’électricité, mais aussi l’alimentation en eau de la Provence à Marseille et son irrigation.
Lire aussi Il n’y aura pas de ski à Val d’Isère cet été 2022
Avec leurs eaux émeraude, les cinq lacs et gorges qui composent le plus grand canyon d’Europe sont également devenus des lieux de sports nautiques de premier plan avec un million de touristes par an, dont de nombreux Néerlandais, Belges ou Allemands.
Mais cette année les activités seront réduites. EDF, qui maintient un débit minimum dans le Verdon pour préserver la faune, ne laissera pas entrer l’eau dans les gorges, compromettant pour la première fois toute une saison de rafting. En 2017, année très chaude, les éditions se sont arrêtées en milieu de saison, mais pas si tôt. Le célèbre lac de Sainte-Croix, l’un des plus grands de France, est à la fin de l’été. Pour l’instant, les activités maritimes sont maintenues, mais que va-t-il se passer en août ?
“Les habitants et les touristes doivent être conscients de cette situation exceptionnelle”, insiste la préfète des Alpes-de-Haute-Provence, Violaine Démaret, recommandant la prudence avec l’eau. Les autorités, de leur côté, veulent améliorer les plages encore accessibles pour éviter que les touristes ne se rassemblent dans les zones de baignade interdites et dangereuses.
Lire aussi Quotas, taxes, interdictions… Mesures de 12 destinations contre le surtourisme
Faire des remises
Il faudra aussi encourager les activités complémentaires (VTT, randonnées) dans ce pays de la lavande, même si l’incendie d’il y a quelques jours sur 1 800 hectares dans un camp militaire voisin nous a rappelé que la sécheresse fragilise aussi la végétation. « Est-ce qu’on pourra faire de l’électricité, de l’agriculture, du rafting et du kayak en même temps ? s’interroge Jacques Esptailer, vice-président du Parc naturel régional du Verdon.
VOIR LE DOSSIER – Tourisme : Le guide du Figaro
Chaque participant devra faire des concessions : EDF a coupé la production hydraulique pendant six mois pour maintenir d’autres applications, explique Violen Demare. “Nous sommes au pays des sources de Panyol Manon, mais ce n’est pas la source de chacun et sa propre eau”, a insisté Mme Demare lorsque certains quartiers ont vu que leurs sources s’assèchent et devaient être alimentées en eau potable.
Add Comment