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Le tabou de la santé personnelle est un mythe

Toutes les élections, y compris celle-ci, les sondages le confirment. Pour la majorité des Québécois, la préoccupation numéro un est la santé. Deux raisons expliquent cela.

1) Notre population vieillit plus rapidement que partout ailleurs au pays. 2) Bien avant la pandémie, en raison de coupes à répétition depuis les années 1990 et de réformes mal conçues, notre système de santé craquait déjà partout.

Près de 20 % des Québécois attendent même encore le miracle d’être pris en charge par un médecin de famille ou un groupe de médecine de famille (GMF). Dois-je consulter un spécialiste ? Je pourrais aussi bien sortir le chapelet.

Bref, c’est la tempête parfaite. En vue du vote du 3 octobre, la CAQ de François Legault et le Parti conservateur du Québec (PCQ) d’Éric Duhaime proposent donc « plus de soins de santé personnels ».

La CAQ, dont la victoire est assurée, propose, entre autres, de permettre la construction de mini-hôpitaux privés – un précédent – dont les frais pour les patients seront couverts par l’assurance-maladie.

Aux prises avec un réseau brisé de services de santé et de services sociaux, y compris les urgences du tiers monde, il n’est pas surprenant que les sirènes du secteur privé soient si attirantes. Et si ce n’était qu’un mirage ?

Loin d’être tabou au Québec, le fait est que les frais de santé privés, payés directement par les patients ou leurs assurances privées, représentent déjà 20 à 25 % des frais de santé totaux. C’est beaucoup.

royalement tort

C’est pourquoi Eric Duhaime se trompe profondément lorsqu’il parle du “mot-P” pour “privé” comme s’il s’agissait d’un tabou à briser. Au Québec, le soi-disant tabou des soins de santé privés est un mythe.

Alors pourquoi voulez-vous “plus” ? Car cette volonté est avant tout le reflet brutal de l’affaiblissement continu du réseau public de la santé et des services sociaux.

Depuis plus de 30 ans, nos gouvernements, rouges ou bleus, ont en effet opté pour un transfert croissant des soins et des services sociaux vers le secteur privé.

Ce « privé » se présente sous la forme d’entrepreneurs et d’entreprises qui sont en réalité subventionnés à 100 % par des fonds publics : médecins, GMF, CHSLD privés, ressources intermédiaires d’hébergement pour personnes âgées ou handicapées, etc.

Les urgences sont toujours pleines

Cependant, ce même “partenariat” privé-public de longue date n’a pas empêché les débordements chroniques d’urgence. Cela n’a pas réglé la pénurie criante de soins à domicile ou de soins de longue durée.

Fenêtre d’accès ou pas, elle n’a pas non plus réussi à renforcer la fameuse « première ligne » que les Québécois espèrent depuis des décennies. etc.

Cependant, nous continuons à soutenir que le secteur privé subventionné allège le fardeau du secteur public. Qu’il lui soit même “supplémentaire”.

Au Québec, cependant, parce qu’il est impossible de cloner des médecins, des infirmières et des préposés aux bénéficiaires, le secteur privé vampirise de plus en plus la société en attirant une partie de son personnel épuisé.

De plus en plus dans le besoin, le public se tourne de plus en plus vers l’achat de services auprès du secteur privé pour compenser ses propres lacunes. Ce qui permet au secteur privé de continuer à se développer.

Alors que le public s’atrophie au profit du privé subventionné et du privé-privé, cette même « formule » ne produit toujours pas les résultats escomptés. C’est ce qu’on appelle un cercle vicieux.