France

Legault aurait grand besoin d’un Gérald Godin

Plus François Legault parle d’immigration en lien avec la « survie » du français au Québec, plus la confusion s’installe. Le premier ministre ratisse en effet très large.

Il parle de louisianisation, de transferts linguistiques, de langue d’usage, de langue maternelle, de langue parlée à la maison, etc. Bref, il jongle avec des concepts complexes qui, dans les faits, relèvent d’une sous-discipline de la démographie que l’on appelle la démolinguistique.

Or, M. Legault, de toute évidence, ne maîtrise pas vraiment cette matière. C’est attendu puisque seuls les experts le peuvent. Il a néanmoins lancé lui-même le débat.

Il l’a fait, question d’exprimer une inquiétude sur l’avenir du français, mais aussi, comme à l’habitude, de confirmer toujours plus son image de « chef de la nation ».

Sur un enjeu aussi sensible, la confusion qui en découle nourrit d’autant plus les tirs nourris contre la nouvelle loi 96 visant à moderniser la loi 101.

Aux nouveaux arrivants et à ceux qui l’ont déjà été, cette confusion donne aussi l’impression qu’ils doivent porter le fardeau d’avoir à « sauver » le français au Québec. Alors que, dans les faits, cette responsabilité incombe à tous les gouvernements québécois, dont maintenant, le sien.

Les antennes du premier ministre

C’est là qu’une grande lacune saute aux yeux. Il manque un joueur majeur au gouvernement. Il lui manque un Gérald Godin. Pour les plus jeunes ou les amnésiques, rappelons ceci.

Poète d’avant-garde, journaliste, écrivain et professeur, Gérald Godin, décédé en 1994 d’un cancer, fut élu en 1976 lors de la première victoire électorale du Parti Québécois.

En 1980, René Lévesque le nommerait ministre de l’Immigration et en 1981, ministre des Communautés culturelles et de l’Immigration.

Eh oui. La responsabilité de l’immigration irait de pair avec celle des relations avec les communautés culturelles. Ou, si vous préférez, ce que l’on nommerait aujourd’hui les Québécois « issus de la diversité ».

Homme de culture et indépendantiste convaincu, Gérald Godin avait une sensibilité marquée envers la diversité, sous toutes ses formes.

Au-delà des désaccords sur la question nationale, ses rapports avec les communautés culturelles étaient excellents et mutuellement respectueux. L’homme y était même aimé.

La perle rare

Député de Mercier, en plein cœur de Montréal, Gérald Godin connaissait la ville comme le fond de sa poche. Il savait tout ce qui la distinguait du reste du Québec et en était fasciné.

Comme ministre, il était devenu les très précieuses « antennes » de René Lévesque au sein même des communautés culturelles. Il lui donnait l’heure juste sur ce qui s’y exprimait, toutes langues et origines confondues.

Pour élaborer des politiques publiques capables de répondre à la diversité québécoise croissante, l’apport de Gérald Godin n’avait pas de prix.

Il savait comment lui porter une attention particulière. Il savait comment écouter et relayer les préoccupations, les inquiétudes et les aspirations des communautés culturelles comme partie pleinement prenante du Québec.

Or, au gouvernement Legault, les élus dans la région métropolitaine sont rarissimes. Conséquemment, il n’y a aucun ministre dont le mandat spécifique ressemblerait le moindrement, ni de près ou de loin, à celui, sous René Lévesque, d’un Gérald Godin.

À quatre mois des élections, il est trop tard pour trouver et nommer cette perle rare. Pour son deuxième mandat, M. Legault serait toutefois sage d’y voir.