France

Les avocats d’Abdeslam exhortent le tribunal à abolir “la peine de mort sociale”

Devant la Cour d’Appel spécialement composée de Paris,

Pendant ces neuf mois d’épreuves, l’exercice a parfois semblé impossible, audacieux, vain, nécessaire. Ce vendredi, après 146 jours d’audiences, les deux avocats de Salah Abdeslam, seul rescapé des commandos du 13 novembre, ont été contraints d’obtempérer.

Dans une dispute à double sens, Olivia Ronen et Martin Vets ont torpillé le “raz-de-marée aveugle” contenu dans l’acte d’accusation du Parquet national antiterroriste (PNAT). Sans surprise, quelques semaines plus tôt, les avocats généraux avaient réclamé la peine maximale infligée à Abdeslam en France : une peine perpétuelle non compressible. Peine « excessive » fondée, selon la défense, sur une « grossière fiction juridique ».

Ni “sociopathe” ni “éclairé”

Se déplaçant en premier devant le tribunal, Me Martin Vettes a prévenu : “Notre travail, c’est de bousculer la sécurité. Mais avant cela, les deux avocats de Salah Abdeslam ont tenu à clarifier le rôle et les responsabilités pleinement endossées par leur client dans les attentats de Paris et de Saint-Denis. “J’entends les critiques d’ici : ‘La défense est surprise par une condamnation sévère !’ Bien sûr, on s’attend à une sanction sévère pour Salah Abdeslam. Celui-ci, et il l’avoue, a apporté son aide à l’État islamique. Il a accepté de rejoindre les commandos et a laissé trois hommes en gilets explosifs devant le Stade de France, a rappelé Olivia Ronen.

Pour tenter de faire toute la lumière sur les motivations de cet accusé, le parquet a hésité, selon les deux avocats, entre deux lectures : “Soit Salah Abdeslam est un barbare assoiffé de sang, soit c’est un fanatique qui viole nos valeurs”. ​(() ne rentre dans aucune de ces deux cases”, insiste Martin Vets. Chargés depuis 2018 de la défense de l’homme de 30 ans, les deux avocats pénalistes ont présenté une toute autre analyse pour expliquer le “glissement” de ce “petit homme de Molenbeek” dans le “Daech provisoire”. Ni “sociopathe” ni “éclairé par les profondeurs du Moyen-Âge”, Salah Abdeslam était en 2015 un “jeune homme, tout à fait dans son temps”. “Sensible”, selon sa soeur au tribunal, l’ex-employé d’une société de transport bruxelloise est “indigné” par les photos de la guerre en Syrie. “L’État islamique a su capter cette indignation et la cultiver”, a poursuivi Martin Watts.

La thèse du refus

Avec aplomb, Olivia Ronen a défendu la thèse du recrutement tardif de son client au sein des commandos jihadistes. Une simple comparaison avec les autres membres de la cellule indiquerait cette différence. Salah Abdeslam est le seul à ne pas avoir de martre – le surnom arabe donné aux recrues de l’Etat islamique – il n’apparaît pas dans la vidéo de protestation publiée par Daech, et est le seul à ne pas être allé en Syrie.

Plus important encore, dit-elle, Salah Abdeslam a été le seul des dix terroristes du 13 novembre à renoncer cette nuit-là à activer sa ceinture explosive. Une “morsure de conscience” accréditée par les déclarations de l’accusé à l’un de ses amis, venu le chercher le soir des attentats et à qui Abdeslam avait fait confiance avant de battre en retraite. “Il y a des consignes données par l’Etat islamique : si la ceinture ne marche pas, il faut utiliser un briquet (…) on ne peut qu’être convaincu que Salah Abdeslam s’est retiré et cette donnée de base ne peut pas être pesée dans votre décision”, écrit un avocat.

Punition “terrible” et “cruelle”

Regrettant que la parole de leur client “ne coûte rien” aux yeux du PNAT, Olivia Ronen et Martin Vets ont écrasé l’accusation des trois principaux avocats. Décrit comme un “co-auteur” des attentats du 13 novembre, Salah Abdeslam fait désormais face à la vraie vie sur la base de cette qualification pour les tirs des policiers de la BRI lors de l’attentat du Bataklan. L’accusation estime qu’il existe une “interchangeabilité” entre tous les membres des commandos, qui peuvent tous deux être envoyés sur n’importe quelle scène de crime.

“Mais Salah Abdeslam n’était pas sur place, il ne tenait pas l’arme et il n’était pas au courant que cet endroit était visé ! Olivia Ronen, forgée de rage. Cette phrase est « ce que nous voudrions exiger contre les auteurs du Bataclan. Mais force est de constater qu’ils n’existent pas. A quelques jours du verdict, Martin Vets a appelé le tribunal à faire preuve de “courage”, à ne pas succomber à “la colère de l’opinion publique” et à “s’écarter” de “cette condamnation à mort sociale”, “terrible et cruelle”. Son collègue a demandé aux magistrats de “faire respecter la loi” et de l’abandonner “la mort blanche vécue dans l’indifférence” : “Si vous suivez l’accusation, le terrorisme l’emporte. Le verdict sera rendu le 29 juin.