Elle a ainsi rejeté la qualification de “meurtre aggravé”, encore retenue par le parquet de Bayonne dans un réquisitoire définitif déposé fin avril, et renvoyé les deux agresseurs présumés à 24 ans…
Elle a ainsi rejeté la qualification de “meurtre aggravé”, toujours retenue par le parquet de Bayonne dans le réquisitoire définitif déposé fin avril, et renvoyé les deux agresseurs présumés, âgés de 24 ans, devant un tribunal correctionnel de magistrats professionnels. De cette manière, ils évitent la décision des jurés populaires de la cour d’appel. Lors du procès du 18 mai, le parquet de Bayonne a annoncé avoir fait appel de l’ordonnance de renvoi.
“Bannir le mot meurtre du débat facilite injustement le sort de ces criminels”, a déclaré Me Alexandre Novion, l’avocat de la veuve et des trois filles de Philip Mongio. C’est une gifle importante pour les victimes. « Saisir un tribunal correctionnel, et non un tribunal des condamnations, serait un ‘bénéfice acquis’, un ‘affaissement sans retour’ des faits et gestes des deux prévenus, comme si Philippe Monghió était “décédé pour des raisons indépendantes de leur volonté”.
Un coup sur la tête
“Nous allons argumenter qu’il s’agit d’une réaction désagréable de deux jeunes qui n’en seraient pas venus là si le conducteur n’avait pas réagi comme il l’a fait”, a-t-il déclaré. Dans cette rame Tram’bus, le 5 juillet 2020, un peu avant 19 heures, le ton est monté lors du contrôle des billets entre le conducteur et quatre hommes.
Bannir le mot meurtre du débat, c’est alléger injustement le sort de ces criminels
Philip Mongio frappe alors l’un des quatre personnages principaux avec sa tête. La bataille éclate, continue hors du bus. Le conducteur tombe au sol. Les coups de pied pleuvent avant que Philippe Monguillot ne se lève enfin, la tête ensanglantée. Il reçoit un dernier coup au visage, celui qui le fait tomber durement. Le crâne du conducteur s’est brisé lorsqu’il a heurté le sol, provoquant une hémorragie.
En état de mort cérébrale, Philip Mongio décédera cinq jours plus tard à l’hôpital. “Il y a des arguments juridiques et techniques qui justifient le licenciement des deux pour meurtre”, a insisté l’avocat bordelais.
“Fichier renvoyé à l’emplacement”
“Le juge a remis l’affaire du bon côté”, a déclaré Thierry Sagardoito, avocat de l’un des deux accusés. Pendant des mois, associé à Me Irigoin-Karikaburu, il a oeuvré pour saper la violence. “Tout indique que la malheureuse victime est morte d’un coma à la suite de sa chute au sol, qui a été la conséquence d’un coup de poing au visage de notre client”, a-t-il expliqué.
Il a exclu tout “passage à tabac” et s’est félicité de l’examen du dossier par des magistrats professionnels, “loin de l’émotion populaire et de l’irrationalité qui alimentaient les discussions dans la ville et sur les réseaux sociaux”.
C’est plus rassurant d’avoir des avocats
Il est rejoint par Frédérick Dutin, avocat du second agresseur, qui a participé aux violences mais n’a pas porté le “dernier” coup, “nous avons avancé, mais nous sommes toujours au milieu du gué”. Son client a également été licencié pour “violences ayant entraîné sa mort sans intention d’y renoncer”. Cependant, il soutient que “le dernier coup fatal doit être séparé” des autres violences, et donc que son client “n’a rien à voir avec la mort”.
S’il se dit ardent défenseur de la cour, il veut rester “figé dans le débat judiciaire”, à l’écart des passions. “C’est plus rassurant d’avoir des avocats” dans ce type de dossier, ajoute Me Dutin.
Nouveaux débats
Un troisième homme, qui a abrité après coup les deux agresseurs présumés, a également été déféré devant ce tribunal correctionnel pour assistance, permettant à ses partisans d’échapper provisoirement à l’arrestation. Enfin, le quatrième personnage, qui était accusé de ne pas avoir aidé une personne en danger, a été licencié. Il était présent sur les lieux mais n’a pas participé aux violences.
L’appel du procureur de Bayonne ouvre la porte à de nouveaux débats devant l’enquête de la cour d’appel de Pau sur la qualification des faits dans les prochains jours. Devant le tribunal correctionnel des Pyrénées atlantiques, les deux hommes ont écopé jusqu’à 20 ans de prison, avec la circonstance aggravante que Philippe Mongio était chargé d’une mission de service public.
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