Du Figaro
Publié il y a 2 heures, Mis à jour il y a 2 heures
Une plage du Devon, dans le sud-ouest de l’Angleterre, le 23 juin. AFP
D’importants rejets d’eaux usées du Royaume-Uni dans les mers du Nord et la Manche inquiètent la partie française. Les eurodéputés se mobilisent.
Les médias britanniques tirent la sonnette d’alarme depuis une semaine : attention aux baigneurs profitant des plages du sud de l’Angleterre ! Ils pourraient nager dans le drain. Les fortes pluies de ces derniers jours ont submergé les systèmes d’égouts, provoquant l’écoulement d’eau sale dans la Manche et la mer du Nord. Au plus fort de l’été, des dizaines de plages en Angleterre, notamment dans le Sussex et le Devon ainsi qu’au Pays de Galles, ont été déclarées à risque par l’Agence pour l’environnement.
Côté français, les baigneurs de Normandie et de Bretagne sont-ils exposés aux eaux polluées de leurs voisins britanniques ? Trois eurodéputés ont exprimé leur inquiétude le 24 août, exigeant une réponse de la Commission européenne. “Nous craignons des conséquences négatives pour la qualité des eaux de mer que nous partageons avec ce pays et, entre autres, pour la biodiversité marine, mais aussi pour les activités des pêcheurs et producteurs de coquillages”, préviennent Stéphanie Yon-Courtin, Nathalie Loiseau et Pierre Carleskind, président de la commission de la pêche du Parlement européen, dans une lettre adressée au commissaire européen à l’environnement.
L’affaire a pris une dimension politico-diplomatique alors que Xavier Bertrand, président de la région Hauts-de-France, a dénoncé vendredi une “catastrophe écologique” exacerbée par le Brexit. Dans une lettre adressée au secrétaire d’Etat à la Mer, Hervé Berville, l’ancien candidat de droite à la présidentielle a reproché au Royaume-Uni de “s’affranchir des réglementations environnementales européennes”. Il s’agit d’une “norme législative britannique (…) qui exonère les sociétés de distribution d’eau de l’obligation de traiter les eaux usées avant de les rejeter à la mer”, souligne le président de la région.
Système d’évacuation victorien
D’où vient le problème ? Outre-Manche, plusieurs villes britanniques très anciennes, dont Londres, sont équipées d’un système spécial d’évacuation des eaux : les eaux sales destinées à l’épuration passent par le même tuyau que les eaux de pluie collectées, héritage des infrastructures victoriennes du XIXe siècle. Les intempéries, comme ce qui s’est passé en août, peuvent rapidement submerger ce système, qui prévoit en l’occurrence de déverser le surplus d’eau — contenant notamment des déchets humains — dans les rivières et la mer.
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Le problème des eaux usées est donc loin d’être nouveau au Royaume-Uni. Fin juin, le gouvernement britannique a publié sur son propre site Internet une tribune du professeur Chris Whitty, médecin-chef pour l’Angleterre, Johnson Cox, président du Water Regulator, et Emma Howard Boyd, présidente de l’Environment Agency. , alertant sur le fait que la pollution par les déversoirs lors d’intempéries n’est « plus exceptionnelle ». “Dans certains cas, jusqu’à 200 cessions ont lieu par an”, ont expliqué les experts. “Il s’agit d’un grave problème de santé publique pour le gouvernement et les régulateurs”, ont-ils dénoncé, pointant notamment l’inaction des compagnies des eaux.
“Ce n’est que la pointe de l’iceberg que nous voyons pour le moment”, a déclaré Hugo Tagholm, directeur de l’organisation environnementale Surfers Against Sewage. L’activiste alerte notamment sur les risques sanitaires accrus pour les baigneurs et les surfeurs. Le contact avec de l’eau contenant des matières fécales humaines peut vous exposer à des maladies gastro-intestinales, des infections respiratoires, cutanées, oculaires ou auriculaires, rappelle le site Bloomberg. Les déversements d’eaux usées peuvent également contenir des microplastiques, que l’on trouve de plus en plus dans la chaîne alimentaire marine.
“Si nous faisons un effort…”
Les trois eurodéputés français de la Renaissance accusent le Royaume-Uni de se soustraire à ses engagements environnementaux internationaux pendant des années. Ils rappellent que le pays est signataire de la convention des Nations unies sur le droit de la mer de 1997, ainsi que plus récemment de l’accord de commerce et de coopération créé en décembre 2020 en marge du Brexit, qui assure que “le gagne-pain des pêcheurs européens sera être protégés et les ressources naturelles conservées ». “Si on fait un effort de notre côté, ils doivent aussi faire un effort à domicile”, estime Pierre Carleskind.
La Commission européenne a indiqué jeudi qu’elle répondrait aux plaintes des trois élus européens. “Nous comptons sur le Royaume-Uni pour respecter toutes ses obligations légales (…) afin de prévenir tout dommage à la santé et à l’environnement”, a tweeté vendredi le commissaire à l’environnement Virginius Sinkevičius.
Le gouvernement britannique veut réduire à zéro les rejets en mer
Loin de nier, les autorités britanniques cherchent la solution. Samedi, le secrétaire à l’environnement George Eustice, interrogé par la BBC, a annoncé qu’un plan gouvernemental dévoilé vendredi obligeait les compagnies des eaux à investir environ 56 milliards de livres sterling (66 milliards d’euros) pour “révolutionner nos systèmes d’égouts”. Il a assuré que l’actuel gouvernement britannique, qui n’a plus que quelques jours d’existence à attendre que le Parti conservateur désigne un successeur à Boris Johnson d’ici le 5 septembre, est “le premier à prendre ce dossier au sérieux”.
“Si cette décision a été repoussée par les gouvernements successifs, tant travaillistes que conservateurs, pendant des décennies, c’est parce que nous voulions réduire les factures d’eau et nous pouvons le comprendre”, a déclaré le ministre.
Mais le plan du gouvernement a suscité beaucoup de critiques. L’opposition libérale démocrate a qualifié le plan de “blague cruelle”, d’autant plus qu’il affecterait directement les consommateurs. Fin juin, un rapport indépendant commandé par le gouvernement britannique a révélé que la séparation des systèmes d’égouts et d’eaux pluviales augmenterait les factures des ménages, allant de 569 £ à 999 £ supplémentaires par an, soit de 670 € à 1 180 €.
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