France

Les infirmières de Joliet licenciées Cela semble faux dans le contexte

Sylvie Belmare a prononcé le nom de Joyce et la sanction est tombée : le renvoi. La peine de mort dans le droit du travail. Le CISSS de Lanaudière n’a rien à voir avec les intentions de l’infirmière ou son parcours irréprochable, bref, les circonstances dans lesquelles le nom de Joyce, récente martyre de la nation Atikamekw, a été prononcé. Le racisme était une tolérance zéro.

Posté à 17h00

Isabel Hachi La Presse

Le CISSS accuse son employé de racisme. En mars 2021, Sylvie Belemare a invité un patient, Jocelyn Ottawa, à chanter chez Atikamekw. Elle lui avait demandé s’il s’appelait Joyce dans sa communauté. Ça avait l’air mauvais. Toujours.

Alors tolérance zéro. Les efforts de Mme Belemare pour intégrer Mme Ottawa dans le traitement, pour montrer son intérêt, ses tentatives pour la faire rire, la formation qu’elle a suivie 12 jours plus tôt, qui mentionne des surnoms communs aux gens du coin… rien de tout cela n’avait d’importance.

Il fallait calmer les choses, il fallait calmer les médias et les politiciens. L’enquête interne a été précipitée, pour ne pas dire négligente. La sanction a été décidée avant même que Mme Belmare et sa collègue Julie Duchamp ne soient accueillies. L’ordre était clair : si les mots étaient prononcés, les infirmières devaient être licenciées immédiatement. Le contexte n’a pas d’importance.

Cependant, ce n’était qu’une maladresse. Grosse bourde de Sylvie Belmare. Cela est reconnu aujourd’hui même par le CISSS de Lanaudière.

Mais cela ne change rien, a déclaré l’avocat du CISSS François-Nicolas Florey devant un tribunal arbitral le 26 mai. Même sans avoir l’intention de se faire du mal, la culpabilité était sévère. Manque de jugement, abîme. Et le licenciement, justifié. “C’est trop gros pour s’excuser. C’est impardonnable. »

Dans l’absolu, on pourrait peut-être s’excuser auprès de l’infirmière pour sa maladresse. Mais selon le CISSS, il faudrait tenir compte… des circonstances. “Le contexte change complètement la donne”, a insisté Me Flory auprès de l’arbitre Dominique-Anne Roy, qui doit décider si le renvoi de Mme Belemare était un abus.

Le contexte en question, bien sûr, est la crise provoquée par la mort de Joyce Echaquan à l’hôpital Joliet six mois plus tôt. Le CISSS se remettait à peine de ce drame qui le faisait bien paraître. Il avait fait de grands efforts pour reconstruire des ponts avec la communauté atikamekw de Manavan.

Et puis un nouveau scandale a éclaté. Le restaurant est de nouveau en crise. Sa réputation est à nouveau ébranlée.

Il était donc parfaitement justifié pour le CISSS de congédier Sylvie Belmare en raison du contexte plus large dans lequel ses propos ont été prononcés.

Paradoxe : le même CISSS lors du congédiement a complètement ignoré les circonstances dans lesquelles l’infirmière a dit ce qu’elle a dit…

Il n’y a pas de tolérance zéro en droit du travail. Il n’existe pas non plus dans le code de déontologie des infirmières. Cela ne se retrouve nulle part dans la « Mission et Valeurs » du CISSS de Lanaudière. Cette intolérance vertueuse, qui ne tolère pas les nuances, est une formule, une réponse politique à un problème laissé pourrir.

“Je suis toujours étonnée du niveau de taille et de rectitude requis d’une infirmière. C’est à la limite de l’hypocrisie dans ce dossier », a déclaré Alexandre Grenier, avocat à la Fédération des infirmières et infirmiers du Québec.

Faut-il rappeler que l’ancien PDG du CISSS Daniel Castongway a été congédié après avoir affirmé qu’il ignorait complètement les problèmes de racisme à l’hôpital Joliette?

Comment le restaurant peut-il désormais exiger l’excellence absolue de ses employés, après avoir honteusement négligé ses obligations envers les locaux pendant des décennies ?

Comment ne pas conclure que le CISSS a sacrifié deux infirmières dans l’espoir de protéger sa réputation et d’oublier ses erreurs passées ?

Bien sûr, une alliance protège ses membres. C’est son travail. Mais dans le cas de Joyce Echakuan, l’union ne s’est pas intensifiée. Il n’avait pas à défendre les sans-défense.

Cette fois c’est différent. Le licenciement de Sylvie Belmare et Julie Ducheman a provoqué une onde de choc. À Joliette, médecins et infirmières se sont accrochés aux enclos pour souligner le professionnalisme et le dévouement de leurs collègues. Et s’inquiéter du fossé qui se creuse entre le personnel médical et les locaux.

Autre paradoxe : le CISSS a licencié précipitamment deux infirmières pour éviter le re-effondrement des ponts reconstruits après le décès de Joyce Echakuan. Cependant, ces licenciements ont fragilisé la structure. En raison de ces punitions extrêmes, de nombreuses infirmières ont peur du traitement des Atikamekw. Ils ont peur de perdre leur emploi à cause d’un mot mal prononcé.

Et last but not least : a-t-on vraiment écouté Jocelyn Ottawa dans cette affaire ? Elle a regretté à l’arbitre d’avoir écrit quatre ou cinq lignes sur Facebook. Indignée, elle a déclaré que son histoire avait été reprise par d’autres. La situation lui a complètement échappé.

Jocelyn Ottawa souhaite que les deux infirmières reprennent le travail. Le CISSS soutient qu’il ne lui appartient pas de décider quelle sanction est imposée à ses employés. Elle n’a rien à dire, rien à voir avec ça. Techniquement, le CISSS a raison. Mais comment dire…

Cela semble également faux dans le contexte.