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Les retardateurs de flamme, un vrai danger pour la faune

Des retardateurs de flamme sont ajoutés à divers produits pour ralentir la propagation des flammes en cas d’incendie. On les trouve, par exemple, dans les matériaux de construction, les plastiques, la mousse de polyuréthane dans les meubles, les textiles, les pièces automobiles et les équipements électroniques (votre iPhone !) et électriques.

Malheureusement, ces normes sont souvent de mauvais prédicteurs des risques d’incendie et conduisent trop souvent à l’utilisation injustifiée de ces composés chimiques toxiques. Mais c’est un autre débat…

Lire la suite : Des polluants qui perturbent nos hormones

Lorsque les gens jettent des produits de consommation contenant des retardateurs de flamme, ces composés chimiques pénètrent dans l’environnement et contaminent la faune du fleuve Saint-Laurent et de son estuaire. Ils peuvent également parcourir de grandes distances dans les airs vers des régions éloignées, même l’Arctique. En conséquence, ces composés ignifuges se retrouvent maintenant dans presque toutes les espèces étudiées dans le Saint-Laurent. Laurent.

À l’aide d’une arbalète, une flèche munie d’une flèche à biopsie est tirée dans l’un des flancs du petit rorqual pour prélever un échantillon de peau et de graisse. (mériscope) fourni par l’auteur

Cependant, l’exposition à certains retardateurs de flamme chez les animaux a été associée à des troubles du développement et de la reproduction et à des perturbations hormonales. Les retardateurs de flamme halogénés (ceux qui contiennent des atomes de brome ou de chlore) sont parmi les plus largement utilisés et les plus problématiques pour l’environnement. Beaucoup sont désormais interdits, comme les polybromodiphényléthers (PBDE), mais une nouvelle génération de retardateurs de flamme qui les remplacent n’a pas été suffisamment testée et est susceptible de provoquer des effets similaires.

Doit-on s’inquiéter de leur impact sur la santé de la faune ?

En tant que chercheur en écotoxicologie, je consacre une partie de mes travaux aux retardateurs de flamme dans l’environnement et à leurs effets sur la faune. Je vous présente ici un bref portrait de la situation entourant trois espèces emblématiques pour notre région : le grand brochet, la baleine noire et le béluga.

La faune de St. Laurent fortement exposé

Lorsqu’ils sont ingérés ou inhalés, les PBDE s’accumulent dans les tissus animaux au fil du temps. Leurs concentrations augmentent également chez les espèces qui occupent les unités supérieures de la chaîne alimentaire, en particulier dans les régions densément peuplées et fortement polluées.

Les concentrations hépatiques de PBDE étaient quatre fois plus élevées chez un poisson prédateur, le grand brochet, exposé aux effluents de la station d’épuration de la Ville de Montréal comparativement à un site en amont. Ces résultats mettent en évidence l’importance des rejets municipaux des grands centres urbains en tant que source d’exposition aux retardateurs de flamme pour les organismes fluviaux. De nouveaux retardateurs de flamme qui ont remplacé les PBDE, tels que des composés chimiques chlorés apparentés aux déchloranes utilisés principalement dans le gainage des fils et câbles électriques, ont également été mesurés dans ces mêmes brochets.

L’équipe de recherche retire la biopsie du dard. (mériscope) fourni par l’auteur

Une étude menée en aval des grands centres urbains de bélugas de l’estuaire du Saint-Laurent, une population actuellement considérée comme en voie de disparition, a révélé des concentrations de PBDE dans leur graisse parmi les plus élevées de tous les mammifères marins au monde. Malgré une interdiction d’utilisation des PBDE depuis près de 15 ans, ces concentrations ne semblent pas diminuer.

En comparaison, les PBDE dans la graisse de béluga ont été mesurés à des concentrations environ quatre fois plus élevées que celles du petit rorqual, la baleine à fanons, un visiteur saisonnier de l’estuaire du Saint-Laurent. Un certain nombre de retardateurs de flamme de nouvelle génération ont également été mesurés dans la graisse des bélugas et des petits rorquals de l’estuaire. L’histoire semble se répéter…

Effets possibles sur la santé animale ?

Les PBDE sont toxiques pour les animaux qui y sont exposés. Sans confirmer les relations de cause à effet, cependant, des études en pleine nature montrent que les retardateurs de flamme peuvent provoquer un certain nombre d’effets néfastes dans l’organisme sur ses fonctions hormonales, immunitaires et métaboliques, et donc sur sa croissance, sa reproduction et son développement. Ceci est appuyé, du moins en partie, par des études sur les effets des retardateurs de flamme sur les brochets, les bélugas et les petits rorquals du Saint-Laurent.

Après avoir séparé la peau de la graisse de la biopsie réalisée sur la baleine, l’équipe de recherche a traité les échantillons rapidement pour éviter qu’ils ne se dégradent. (mériscope) fourni par l’auteur

Chez le brochet, l’exposition aux retardateurs de flamme contenus dans les eaux usées de la ville de Montréal aurait un effet sur la régulation des hormones thyroïdiennes et de certains gènes du foie impliqués dans le métabolisme des lipides, sources d’énergie importantes pour plusieurs fonctions biologiques.

Chez les bélugas et les petits rorquals, l’exposition aux retardateurs de flamme, y compris certains composés émergents, a également été associée à des effets sur les hormones. Des corrélations ont été trouvées entre les concentrations de certains retardateurs de flamme comme les PBDE chez ces deux cétacés et les taux d’hormones thyroïdiennes et l’expression de certains gènes qui jouent un rôle clé dans la régulation des hormones stéroïdiennes et thyroïdiennes impliquées dans la reproduction et le métabolisme.

Cependant, la pollution chimique chez ces espèces va bien au-delà des retardateurs de flamme, car un cocktail complexe de polluants, dont le nombre augmente chaque année, s’accumule dans les tissus de ces espèces, ce qui peut créer des effets additifs, voire synergiques. Malheureusement, le cycle constant de substitutions malheureuses – remplacer un composé toxique par un autre qui peut finir par être toxique – semble se répéter.

Et ce n’est pas une bonne nouvelle pour la santé de notre majestueux fleuve Saint-Laurent et de sa précieuse faune.