France

Les services d’urgence de votre département sont-ils difficiles avant l’été ?

Une “mission instantanée” d’un mois pour faire le point sur l’urgence, suivie d’une table ronde avec toutes les parties prenantes. C’est la réglementation annoncée mardi 31 mai par Emmanuel Macron dans le cadre d’un déplacement au centre hospitalier de Cherbourg (Manche).

Car les secours souffrent : 119 d’entre eux sont même en grande difficulté, selon une liste du Samu-Urgences de France (SUdF), consultée par franceinfo. C’est près de 20 % des 620 établissements – publics et privés – qui disposent de telles unités en France.

Conséquence : ils sont déjà contraints de limiter leurs activités ou de s’y préparer. “L’accès aux soins a été coupé”, a déclaré à franceinfo Patrick Pello, président de l’Association française des médecins urgentistes, vendredi 27 mai.

Lorsque les difficultés rencontrées par les établissements se présentent, le manque de ressources humaines s’impose comme le premier facteur explicatif : 89 % des hôpitaux sous pression ne disposent pas de personnel médical, et 47 % manquent de personnel non médical (infirmiers, infirmiers , personnel administratif). personnel, etc.), selon la liste SUdF. La raison : des conditions de travail difficiles et le manque d’attractivité du métier.

Une autre difficulté est le manque de lits dits « aval » pour les patients devant être hospitalisés à la sortie des urgences. Lits fermés, la plupart du temps, en raison du nombre insuffisant de soignants pour s’occuper d’eux. Ainsi, 30 % des hôpitaux répertoriés par le SUdF souffrent à la fois d’un manque de personnel et d’un manque de lits.

Pourtant, la liste des Samu-Urgences de France – non exhaustive, d’autant qu’elle n’inclut pas la Corse, la Guyane et les Antilles faute de données – montre que plus de 60 départements, dont Mayotte, sont préoccupés par ces difficultés de département d’urgence. La situation est particulièrement critique sur cette île de l’océan Indien, où le seul service d’urgence fait face à un manque de lits et de personnel. Le Val de Marne, la Gironde et l’Ile et Villeneuve sont également durement touchés, avec chacun cinq services d’urgence en détresse.

De plus, tous les hôpitaux, quelle que soit leur taille, sont concernés. Comme les établissements de Remiremont (Vosges), Redon (Ille-et-Vilaine) ou Manosque (Alpes-de-Haute-Provence), de nombreux petits hôpitaux connaissent des difficultés. Mais 14 des 32 plus grands hôpitaux – Centres Hospitaliers Universitaires (CHU) ou Centres Hospitaliers Régionaux (CHR) – figurent également sur cette liste. Parmi eux, les CHU de Dijon (Côte d’Or), d’Angers (Maine et Loire) ou de Lyon (Rhône).

Alors comment fournir un service minimum ? En conséquence, soixante-quatorze services d’urgence ont fermé, souvent en partie. Parfois des établissements sont contraints de fermer certaines nuits, comme à Voiron (Isère), quand d’autres retirent les équipes du Smur (service mobile d’urgence et de réanimation) – le CHU de Metz, par exemple. Les urgences de Senlis (Oise) ont été temporairement transférées à Creil.

Dans certains cas encore rares, les urgences sont simplement fermées. C’est le cas à Chinon (Indre et Loire), où les urgences ont cessé le 18 mai en raison d’un grand nombre d’arrêts de travail. Sur la trentaine d’ambulanciers paramédicaux, un seul infirmier a pu travailler, selon La Nouvelle République du Centre.

D’autres centres choisissent de réglementer l’arrivée des patients. A Cherbourg, par exemple, l’accès aux urgences est conditionné à 15h00 après un appel préalable au Samu, chargé d’orienter les patients en fonction de la gravité de leur situation. Autre solution : le déchargement. Ainsi, près de 10 % des services d’urgence en tension redirigent leurs patients vers d’autres hôpitaux. Pour pallier le manque d’effectifs, un quart des services d’urgence désignés par le SUdF passent également à l’intérim.

Signe de la gravité de la situation, quatre hôpitaux (Rennes, Roubaix, Tourcoing et Longumo) ont également déclenché le plan blanc. Ce dispositif permet d’assurer la prise en charge des patients en appelant le personnel en vacances ou en déprogrammant les opérations non urgentes. “Lorsqu’un plan blanc est déclenché, c’est généralement en cas d’urgence, comme un accident industriel majeur, une explosion d’usine et des blessés, ou lors des vagues les plus critiques de Covid”, a déclaré Jacques Adamski, secrétaire général du Rube Hospital Workers de la CGT, en France. 3 Hauts de France. Cependant, ce système peut aussi épuiser le personnel.

Un mois après les vacances, cette situation tendue inquiète les professionnels de santé. “Ce sera sans aucun doute l’été le plus difficile que nous ayons jamais connu. Il faut trouver des solutions rapidement”, a déclaré à franceinfo Frédéric Valletto, président de la Fédération hospitalière de France.

Certains établissements demandent au personnel d’annuler des congés ou de recourir à des heures supplémentaires. Ainsi, le CHU d’Amiens a réduit les congés de certains de ses salariés à trois semaines maximum voire deux semaines pour certains, quand celui de Saint-Brieuu accorde une prime de 350 euros à ceux qui déplacent leur congé.

Des décisions qui risquent, selon certains soignants et syndicats, de mettre en lumière un épuisement existant et de provoquer de nouveaux départs.