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L’euro à moins d’un dollar, la chute qui “inquiète” sur fond de crise énergétique

Publié le : 13/07/2022 – 18:41

Un euro valait moins d’un dollar mercredi, un seuil jamais atteint depuis l’introduction de la monnaie unique européenne il y a vingt ans. Alors que les investisseurs parient sur le billet vert, le marché craint une crise énergétique majeure en Europe en raison des relations tendues avec la Russie.

Pendant plusieurs heures, le mercredi 13 juillet, l’euro s’est échangé à moins d’un dollar – la première fois depuis l’introduction de l’euro en janvier 2002. Pendant vingt ans, la monnaie unique européenne s’est maintenue au-dessus du billet vert, atteignant un sommet au-dessus de 1,60 dollar en juillet. 2008, lorsque la devise américaine a perdu de la valeur en raison de la crise des subprimes.

Désormais, la situation a changé : l’euro n’a pas dépassé 1,20 dollar en un an, selon les données de la Banque centrale européenne. Pire, il a continué à perdre de la valeur pendant un an malgré les fluctuations jusqu’à ce qu’il atteigne ce seuil symbolique mercredi.

  • Qu’est-ce qui a conduit à cette parité virtuelle euro-dollar ?

Cela s’explique d’abord par les prévisions de croissance, qui n’incitent pas à l’optimisme dans la zone euro. En mai, la Commission européenne a revu à la baisse ses prévisions de PIB européen : prévoyant une croissance de 2,7 % en 2022, contre 4 % initialement prévus. “Il y a un ralentissement économique, un risque de récession dans la zone euro et avec une croissance plus faible la valeur de l’euro a tendance à baisser”, a déclaré l’économiste Marc Tuati, également président du cabinet de conseil Acdefi.

La réaction divergente de la zone euro et des États-Unis face à la hausse de l’inflation a également contribué à l’essoufflement de la monnaie unique européenne. La Réserve fédérale américaine (Fed) a relevé plusieurs fois ses taux directeurs depuis mars, atteignant un niveau jamais vu depuis 1994, pour limiter l’inflation à 2% (contre 9,1% un an maintenant). La Banque centrale européenne a certes fait le même choix, mais plus tard, en juin, lorsque l’inflation a atteint 8,1 % dans la zone euro en mai.

La proximité géographique avec la guerre en Ukraine a joué un rôle majeur dans la dépréciation de l’euro face au dollar. “La zone euro se retrouve en première ligne et directement touchée par le conflit d’un point de vue énergétique, ce qui a un impact négatif sur sa balance commerciale”, explique Rémi Bourgeau, économiste et chercheur associé à l’Iris. Face à la forte dépendance de nombreuses économies européennes aux hydrocarbures russes, le dollar s’est au contraire bien comporté et a gagné près de 14% depuis le début de l’année.

La dernière raison, et non des moindres, a un impact négatif sur la monnaie unique européenne : « La zone euro est en crise de confiance, explique Marc Tuati. “Cela n’a vraiment de sens que s’il s’agit d’une ‘zone monétaire optimale’, c’est-à-dire surtout d’homogénéité budgétaire (une voie dont elle semble s’éloigner ces derniers mois, ndlr).” La situation actuelle crée des divisions entre les pays européens, notamment sur la question de la dette publique, que plusieurs pays, dont la France, ont augmenté plus que d’autres pendant la crise sanitaire du Covid-19.

  • Quelles sont les conséquences pour l’économie européenne ?

L’une des premières conséquences est immédiate : les biens européens vendus à l’étranger (exportations) afficheront un prix plus compétitif, alors qu’à l’inverse, les entreprises de la zone euro qui achètent à l’étranger (importations) verront leurs coûts augmenter. Plusieurs secteurs profitent de cet effet en zone euro : l’industrie manufacturière, le luxe, les compagnies aéronautiques… Mais il profitera aussi aux touristes américains qui devraient avoir plus de pouvoir d’achat s’ils viennent passer leurs vacances en zone euro cet été.

Ces quelques exceptions positives représentent un “avantage très limité” pour Marc Touati. L’économiste explique que la faiblesse actuelle de l’euro en général sera plutôt un « gros inconvénient » : « Cette baisse de l’euro va jeter de l’huile sur le feu, car elle va augmenter les prix des produits importés et donc alimenter l’inflation – qui est déjà très élevé.”

L’autre conséquence négative de la faiblesse de l’euro se fera également sentir sur le prix des matières premières comme le pétrole ou le gaz, payées en dollars sur les marchés internationaux. On peut alors s’attendre à une augmentation des factures énergétiques, notamment pour les entreprises européennes fortement dépendantes de ces énergies. L’impact de la chute de l’euro pourrait, par exemple, affecter les finances des compagnies aériennes – dont près d’un tiers (24%) des coûts annuels doivent être affectés à l’achat de carburant pour leurs avions.

“Avec cette crise de l’énergie et avec des marchés mondiaux où les prix montent, la chute de l’euro va entraîner une hausse des prix des matières premières et cela va encore alimenter la dynamique inflationniste”, explique Rémy Bourgeaut.

  • Quelles sont les perspectives à moyen terme ?

L’un des principaux leviers dont dispose la zone euro pour limiter la baisse de sa monnaie unique est entre les mains de la Banque centrale européenne qui relève ses taux directeurs. L’institution européenne entend l’utiliser en juillet, mais avec prudence : toute hausse trop brutale pourrait entraîner un ralentissement de la croissance européenne, dont les prévisions, sans ce levier, ont été revues à la baisse pour 2022 et 2023.

“On ne vise pas forcément un taux de change élevé, car la zone euro est hétérogène”, ajoute Rémi Bourgeaut, qui rappelle que les ambitions de chacun peuvent différer au sein des pays européens : “Quand l’euro était plus haut qu’il ne l’est aujourd’hui, par exemple, sa était déjà considéré comme trop bas par l’Allemagne, qui avait un énorme excédent commercial.”

Pour Marc Tuati “ça va être compliqué” de restaurer la force de la monnaie unique européenne. L’économiste se dit « inquiet » à ce sujet, car deux conditions devront être réunies pour tout espoir de reprise, précise-t-il : « La BCE devra retrouver de la cohérence, d’une part, et les pays européens devront maintenir leurs engagements à, d’autre part, notamment la réduction de la dette publique.

L’évolution de la valeur de la monnaie unique européenne dépendra finalement de deux conditions dans les mois à venir : la capacité de la zone euro à s’unir autour d’objectifs économiques communs et le dépassement de la crise énergétique. “Nous sortons d’une période de grande dépendance dans ce domaine”, conclut Rémi Bourgeaut. “Nous devons résoudre ce problème d’approvisionnement, cette crise pèse et met la pression sur l’euro.”