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L’indépendance écossaise au menu du successeur de Boris Johnson

Début août, Liz Truss, favorite dans la course à la direction du Parti conservateur britannique, a été claire sur le type de relations qu’elle entendait entretenir avec le Premier ministre écossais.

Il n’est donc pas surprenant que deux semaines plus tard, lorsque Liz Truss et son adversaire Rishi Sunak se sont présentés à Perth, en Écosse, pour un événement de campagne, ils ont été accueillis par des manifestants.

Honte à vous, pouvons-nous entendre à plusieurs reprises de la bouche de ces partisans de l’indépendance, dont beaucoup arborent les drapeaux de l’Ecosse ou de l’Union européenne.

Au premier rang, devant la barrière de protection, se trouvent deux jeunes femmes : Ines, séparatiste de toujours, et son amie Laura, qui a récemment changé d’avis sur le sujet.

Nous devons prendre ce risque, c’est le seul moyen de se débarrasser de ce gouvernement conservateur, dit-elle, illustrant l’animosité que de nombreux militants indépendantistes ressentent envers le gouvernement de Londres et ses politiques conservatrices.

Ines et Laura pensent que l’indépendance écossaise est le meilleur moyen de rompre les liens avec le Parti conservateur britannique.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

Le Brexit, un tournant

En septembre 2014, le Non a remporté le référendum sur l’indépendance de l’Écosse avec 55,3 % des voix.

Huit ans plus tard, un sondage publié en août dans le Sunday Times montrait que la population écossaise est toujours très divisée, avec 49% d’électeurs aujourd’hui favorables à l’indépendance contre 51% qui seraient contre. Le même sondage montre que l’option de rester au Royaume-Uni tomberait à 48 % si Liz Truss remportait la course à la direction du Parti conservateur.

Christian Allard, ancien député du Parti national écossais (SNP) à Édimbourg et au Parlement européen, a déclaré que le vote sur le Brexit, tenu en 2016, deux ans après le référendum sur l’indépendance de l’Écosse, avait alimenté le sentiment nationaliste de nombreux Écossais.

Alors que le Royaume-Uni dans son ensemble était favorable à la sortie de l’Union européenne (UE), en Écosse, 62 % des électeurs souhaitaient rester membre.

Le conseiller d’Aberdeen, Christian Allard, était le député du SNP à Édimbourg lors du référendum de 2014. Il a également été élu au Parlement européen le jour où le Royaume-Uni a officiellement quitté l’Union européenne.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

«Nous avons eu une campagne pour le non qui parlait du statu quo, qui disait: ‘Mais les choses sont comme elles sont, elles vont rester comme ça.’ Deux ans plus tard, l’Ecosse quitte l’Union européenne contre son gré. Et alors? Nous assistons ici à des circonstances économiques, à un désastre économique, avec des gouvernements conservateurs plus populistes que conservateurs. »

— Citation de Christian Allard, conseiller d’Aberdeen et ancien membre du SNP au Parlement écossais.

Référendum ou pas ?

En juin, la première ministre écossaise Nicola Sturgeon a annoncé son désir d’organiser un deuxième référendum sur l’indépendance de l’Écosse. Date prévue : 19 octobre 2023

Cependant, elle devra faire face à un gros obstacle. Contrairement à 2014, Londres a refusé d’organiser un référendum, une position défendue par les candidats au poste de Premier ministre Liz Truss et Rishi Sunak.

Rishi Sunak et Liz Truss sont en compétition pour succéder à Boris Johnson à la tête du Parti conservateur, et donc du Royaume-Uni.

Photo : Reuters/HANNAH MCKAY

“Il est franchement insensé que les politiciens essaient de se concentrer sur un référendum constitutionnel inutile et qui divise à un moment où les gens s’inquiètent pour le chauffage de leurs maisons. »

— Citation de Rishi Sunak, candidat à la tête du parti conservateur britannique

Selon Michael Keating, professeur émérite de l’Université d’Aberdeen, dans ce contexte, la tenue d’un vote similaire à celui organisé il y a huit ans est peu probable.

En l’absence d’accord de Londres, le Premier ministre Nicola Sturgeon s’est d’abord tourné vers la justice et envisage même de transformer les prochaines élections législatives en référendum de facto.

Comment se déroulera l’exercice ? Nous sommes dans une période de grande incertitude, répond Michael Keating.

Et même si l’Ecosse reste au sein du Royaume-Uni, l’expert du nationalisme note que politiquement le gouffre qui sépare Londres d’Edimbourg continue de se creuser.

Tant au niveau régional que national, le Parti national écossais, qui bénéficie du soutien d’électeurs indépendantistes et nationalistes, reste la force politique dominante.

Représentation du Parti national écossais

  • A Édimbourg : 64 députés sur 129
  • A Londres : 48 des 59 députés écossais

Pendant ce temps, les deux principaux partis nationaux, les conservateurs et les travaillistes, peinent à gagner l’électorat écossais.

Le professeur Michael Keating estime qu’il y a beaucoup d’incertitude quant à la volonté du gouvernement écossais d’organiser un autre référendum sur l’indépendance.

Photo : Radio-Canada / Raphaël Bouvier-Auclair

« Il y a une perte de connaissances sur ce qui se passe. Sans présence en Ecosse, ils ne connaissent pas très bien le terrain et ne savent pas comment jouer le jeu politique en Ecosse. »

— Citation de Michael Keating, professeur émérite de sciences politiques à l’Université d’Aberdeen

Aussi, très peu d’Écossais sont appelés à élire le prochain Premier ministre du Royaume-Uni, dont l’identité sera révélée lundi.

Comme il s’agit d’une course à la direction du Parti conservateur, seuls les membres en règle peuvent voter.

Selon une étude du professeur Tim Bale de l’université Queen Mary de Londres, seulement 6 % des 160 000 membres du parti vivent en Écosse, contre 56 % qui vivent à Londres ou dans le sud-est.

Sans beaucoup de soutien en Ecosse, le prochain Premier ministre britannique devra donc affronter les ambitions d’indépendance du gouvernement d’Edimbourg tout en gérant une inflation et une crise énergétique d’une ampleur jamais vue depuis des décennies.