France

l’un a démissionné, l’autre « veut toujours », deux professeurs décrivent leur travail

Lorsque Romain est apparu pour la première fois devant des étudiants il y a quatre ans, il était plein de bonnes intentions. “Je voulais transmettre des connaissances, transmettre des informations, éduquer les jeunes de demain”, se souvient-il. Mais peu à peu sa motivation disparaît.

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Affecté, comme beaucoup d’enseignants en début de carrière, par l’académie de Chrétée, il enseigne pendant trois ans dans un lycée de Saint-Saint-Denis. Le professeur de physique-chimie fait rapidement face au manque de fonds de l’établissement. Impossible d’obtenir le matériel qu’il souhaite pour la pratique. “Quand j’ai signalé un problème à ma hiérarchie, je n’ai pas été soutenu”, décrit-il, parlant d’un “mur” devant lui. C’est la première raison qui le pousse à partir.

Vient ensuite le tour de la récompense, “impensable pour une vie confortable en région parisienne”. Au début de sa carrière, un professeur de lycée gagne environ 1 800 euros nets par mois. Romain ne trouve pas cette rémunération “décente”, compte tenu du niveau de formation requis des professeurs, Bac+5, et de l’investissement horaire, devant les élèves et en dehors de l’école, “le soir relecture, préparation le week-end des cours”. Mais la goutte qui fait déborder le vase est la question de la mobilité.

“Je n’ai pas pu acheter d’appartement depuis dix ans. J’ai été loin de ma famille pendant dix ans. Je n’ai pas vécu dans mon quartier depuis dix ans”

Romain, 30 ans, professeur de physique-chimie

chez franceinfo

Un enseignant en début de carrière a le plus grand mal à quitter la région parisienne, en raison du nombre de points accumulés insuffisant pour passer dans les académies les plus populaires du sud et de l’ouest de la France. “Quand tu as 30 ans, tu ne veux pas du tout entendre qu’il faut attendre cinq à dix ans pour revenir ou aller dans les régions que tu veux.” En plus de « pacser avec un ami » pour désigner le rapprochement du conjoint. La pratique est loin d’être rare dans l’enseignement.

Je ne peux pas attendre aussi longtemps. Romain a démissionné de l’Education nationale en juin dernier. Il s’installe à Saint-Nazaire, où il enseigne dans une école privée d’ingénieurs. Son salaire a augmenté de 70 %.

Quittant l’Éducation nationale et ses lycéens, Cecil affirme n’y avoir jamais pensé. “Après 25 ans d’enseignement, j’en ai toujours envie”, dit-elle. “J’ai la chance de faire un métier que j’aime, je ne me donne pas le droit de le remettre en question.” Elle « a barré la possibilité de rejoindre [sa] famille dans le sud de la France”. L’enseignante a aussi construit sa vie en région parisienne, où elle a enseigné pendant quinze ans dans un lycée du quartier populaire des Hauts-de-Seine.

Les bonnes relations, la camaraderie avec les collègues, les professeurs de longue date de son école, “où l’on bricole, avec des moyens improvisés on répare”, aident beaucoup à se sentir bien, à se soutenir en cas de besoin. Mais les deux dernières années, marquées par la crise sanitaire, ont été très difficiles. Entre les restrictions, la fermeture des écoles au printemps 2020, les cours ponctués d’élèves malades ou de cas contacts absents et nécessitant une prise en charge, Cecil a dû “faire une pause scolaire, faire une pause” cet été. “Mon travail a trop pris le pas sur ma vie personnelle, décrit-elle. J’avais besoin d’une pause pour retrouver ma motivation, qui s’était un peu émoussée à la fin de l’année scolaire.”

Cecil remarque notamment la détérioration des relations avec les parents d’élèves. « Ça m’a affecté, je pensais que j’étais protégé par ça, mais ce n’était pas le cas. J’ai remis en question mes méthodes d’enseignement », confie-t-elle. Mais sa motivation, sa vocation, reste intacte.

“Je fais un travail qui a du sens. L’école doit rester fermement ancrée dans notre société.”

Cecil, professeur principal de section

chez franceinfo

“C’est concret. Je transmets des connaissances, je vois comment les enfants progressent, progressent, apprennent de leurs erreurs”, décrit l’enseignante toujours passionnée.

Elle a également souffert d’années de baisse du pouvoir d’achat, avec un indice gelé. De plus, depuis cinq ans son école n’est plus dans le réseau de l’éducation prioritaire. Cécile ne perçoit plus la prime de 145€ correspondante et sa classe n’est pas dédoublée contrairement à la plupart des classes de Grande Section, CP et CE1 en REP. L’enseignante attend de voir si les augmentations de salaire de +10% promises par le président de la République vont l’affecter. Elle espère qu’en cette année scolaire qui commence, elle aura des conditions normales pour étudier.

L’un a perdu la motivation, l’autre veut encore : Thomas Giraud a rencontré deux professeurs à la veille de la rentrée 2022.

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